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Reportage — Habitat et urbanisme

Avec la canicule, les habitants des HLM suffoquent

À Bagnols-sur-Cèze, le 3 août 2022.

Dans le Gard, les habitants des quartiers populaires souffrent de la chaleur. Seule une rénovation de leurs immeubles mal isolés pourrait améliorer leur sort, lorsque partir ou s’y rafraîchir efficacement sont au-delà de leurs moyens.

Bagnols-sur-Cèze (Gard), reportage

Dans le noir, fenêtres et volets fermés, André vit calfeutrée chez elle. Depuis juin, rares ont été les journées en dessous de 35 °C à Bagnols-sur-Cèze. Ce mercredi 3 août, le thermomètre affiche 33 °C dans son appartement situé dans le quartier populaire des Escanaux. Le ventilateur brasse de l’air chaud, pas de quoi soulager la retraitée de 69 ans, devenue aveugle à la suite d’un traitement contre le cancer.

Elle accuse le bailleur social, Habitat du Gard, qui détient la plupart des logements du quartier, de mépriser les habitants : « Nos logements sont des passoires, ils n’ont pas été isolés de l’extérieur. L’hiver, on utilise du chauffage alors que les prix de l’énergie augmentent. Et l’été, il fait extrêmement chaud et on n’a pas les moyens d’avoir une clim’ », décrit-elle. « Beaucoup de personnes âgées aimeraient partir. Imaginez vivre ici quand on est en chimiothérapie. Avec nos petits moyens, on n’a pas d’autre choix que de subir. »

André, malvoyante, suffoque dans son appartement où elle reste calfeutrée depuis le mois de juin. © Estelle Pereira / Reporterre

Dehors, il fait 39 °C. Les rayons de soleil s’écrasent sur les murs des immeubles. Sur certains, les fenêtres sont recouvertes par des formes rectangulaires de béton, comme si elles étaient condamnées. Des "œuvres" des architectes qui ont conçu ces logements dans les années 60. Une autre époque. Aujourd’hui, ces obstructions empêchent les courants d’air qui pourraient rafraîchir les appartements. Beaucoup de bâtiments sont délabrés : les locataires utilisent des rideaux pour remplacer les volets défaillants.

Au cœur de la cité, le jardin Marcel Pagnol offre un peu de répit. Mourad, 26 ans, assis sur un banc à l’ombre d’un chêne, attend patiemment que le soleil soit plus clément. « Il fait moins chaud ici que dans mon appartement », relate-t-il. Il vit dans la tour « nuage » reconnaissable à sa couleur bleue et à ses nuages dessinés sur sa façade.

Les marques de manque d’entretien de la tour nuage sont nombreuses. © Estelle Pereira / Reporterre

« Plus vous montez les étages, plus il fait chaud », confirme une infirmière croisée dans le hall d’entrée. « Il est vrai que j’ai des personnes sous traitement qui seraient mieux dans un environnement plus tempéré », concède-t-elle, avant de filer à vive allure dans les escaliers étroits.

De nombreuses études documentent les liens entre la surmortalité pendant les canicules et les inégalités sociales. Et la qualité du logement joue un rôle important. Selon un rapport parlementaire sur les conséquences de la canicule de 2003, de nombreuses victimes étaient des personnes âgées vivant dans des logements exigus, avec une seule fenêtre et sous les toits.

Des appartements d’un autre temps

Au 11ᵉ étage de cette même tour, on retrouve Bernard, cuisinier, qui enchaîne les contrats précaires. Lui aime bien son logement au loyer modéré avec vue sur les collines avoisinant la ville. Mais une petite rénovation ne serait pas de trop. Son appartement comprend une loggia, une sorte de véranda intégrée à son salon.

Le matin, le soleil tape sur ses vitres qui n’ont pas de volets. Une sorte de chauffage en marche forcé en pleine canicule. « Je pourrais faire pousser des tomates », ironise-t-il.

Avec l’intensification des canicules, les loggias du quartier des Escanaux deviennent de véritables fournaises. © Estelle Pereira / Reporterre

La précarité énergétique, dans un contexte de hausse du prix de l’énergie, est vécue comme une double peine pour les foyers les plus pauvres qui n’ont pas toujours les moyens de se chauffer, d’avoir une climatisation ou encore d’effectuer des travaux de rénovation. Elle concerne 7 millions de personnes en France selon l’étude du Médiateur national de l’énergie..

Les habitants des quartiers populaires revendiquent une meilleure isolation des logements sociaux, alors que des centaines de millions d’euros sont investis dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain. Le quartier des Escanaux est concerné à hauteur de 36 millions d’euros. « Quand on regarde en détail le projet, on constate que le budget va entièrement aux démolitions, alors qu’on manque cruellement de logements. Nous, on demande que cet argent serve au bien-être des habitants et donc à la réhabilitation et à la rénovation thermique des logements », plaide Omana, habitante d’un quartier voisin des Escanaux et référente du Comité Droit au logement HLM en cours de constitution à Bagnols-sur-Cèze.



Notre reportage en images :


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