Hervé Kempf

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Bonne chance, Nicolas Hulot

À force de tourner autour du pouvoir politique, il a fini par tomber dedans. Habitué depuis 2002 des palais présidentiel et ministériels, en visiteur ou en conseiller, Nicolas Hulot a donc choisi, à 62 ans, de devenir ministre, sous la présidence d’Emmanuel Macron, qui se prétend « ni de droite ni de gauche », dans un gouvernement dirigé par un nucléariste.

C’est un choix de conscience : le désir d’agir, de peser, d’être utile. Le sentiment, sans doute, d’être arrivé au bout d’un chemin : il restait à Hulot le magistère moral, une position de commentateur-prédicateur. Elle ne pouvait que désespérer un homme à un âge où l’énergie est encore là et où la sagesse advient.

Reste que le choix individuel croise une situation générale : en apportant son poids à Emmanuel Macron, Nicolas Hulot conforte un camp dont l’orientation est globalement néolibérale et à peu près opposée à ce qu’il pense, si l’on en croit le film qu’il a réalisé en 2009, Le Syndrôme du Titanic, et son récent Appel aux solidarités.

Le paradoxe est que la marge de manœuvre du nouveau ministre ne dépendra pas tant de sa force de conviction que du poids qu’aura à l’Assemblée nationale le groupe de députés de… La France insoumise, dont le programme est bien plus en accord avec les idées de Nicolas Hulot que ceux d’En Marche !, de Les Républicains, ou du Modem.

Et que, comme pour tout ministre de l’Écologie, son principal allié sera « la société civile », c’est-à-dire toutes celles et ceux qui se battent sur le terrain pour empêcher la destruction du monde. Nicolas Hulot n’est pas à l’aise avec ces luttes et ces expérimentations concrètes. Mais c’est sur elles qu’il devra s’appuyer s’il veut vraiment agir.

Hulot est sincère, profondément écologiste, animé par le sentiment de la gravité du moment. Ses succès seront, nous le croyons, ceux de l’écologie.

Il aura à supporter les chocs, violences et tourments du pouvoir, ainsi que ses douloureux compromis. Mais il y a deux points sur lesquels il ne devra en aucun cas céder, parce qu’ils engagent l’essentiel :

  • Notre-Dame-des-Landes : il n’est simplement pas envisageable d’accepter le lancement du projet d’aéroport ni l’occupation policière de la Zone à défendre où se développe une alternative passionnante d’agriculture et de biodiversité. L’enjeu que représente Notre-Dame-des-Landes, c’est celui de la lutte contre le gaspillage des terres, de l’arrêt des infrastructures stimulant les émissions de gaz à effet de serre, du renouveau d’une agriculture paysanne et écologique, créatrice d’emplois ;
  • le nucléaire : fermeture de Fessenheim, engagement réel de la fermeture d’autres réacteurs, soutien inflexible à l’indépendance de l’Autorité de sûreté nucléaire, lancement d’une vraie politique d’économies d’énergie — avec une attention particulière aux ménages les plus pauvres. Voilà quels sont les volets de cette bataille énergétique qui concerne un des verrous les plus bloqués de la société française.

Ne cédez pas sur cela, Nicolas Hulot, et pour le reste, faites au mieux. On vous souhaite bonne chance.


Source : Reporterre









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