EN BÉDÉ - L’effondrement versions Mad Max et Bisounours

Durée de lecture : 4 minutes

10 février 2020 / Pascale Solana (Reporterre)



Dans son essai graphique « Les collapsonautes », Bruno Chaplot traite de l’effondrement de la société industrielle. Des pages drôles et mordantes qui font réfléchir sur le non-sens de l’organisation de notre monde.

Et vous ? Préférez-vous « la version Bisounours ou la version Mad Max » pour parler de l’effondrement de la société industrielle ? Dès la couverture de son essai graphique, le ton est donné par Bruno Chaplot, qui traite du sujet grave et lourd de la collapsologie en 144 pages drôles, légères, mordantes, interpellantes, parfois pédagogiques.

Graphiste indépendant vivant dans la région de Limoges, Bruno Chaplot a pris conscience de la possibilité de l’effondrement en 2018. Il a décidé de la partager avec ses outils, son ressenti et son interprétation très personnelle sur la transition écologique et sur ce qui nous attend demain à travers un blog, dont résulte ce livre.

Les collapsonautes est construit en deux parties — le présent et le futur de 2050 —, deux temporalités dans lesquelles évoluent Manu et Paco, deux voisins préquarantenaires. L’un optimiste, l’autre cynique, les petits personnages au trait sobre sont en proie à des interrogations, des doutes et des peurs. On les suit dans leur démarche et leur quotidien pour s’adapter à une vie frugale et à la résilience. Au début, les questionnements répétés de Manu révèlent l’absurdité de la situation actuelle auxquels répondent les « bah » dépités de Paco, qui renforcent la dérision et provoquent le sourire. Manu interroge : « Tu t’es déjà demandé ce que deviennent tes déchets ? » Paco répond : « Bah, à la décharge ? » « Tu t’es déjà demandé s’il était possible que chaque habitant sur Terre vive comme nous avec l’équivalent de trois planètes par an ? » « Bah non, c’est pas possible ! » Et Manu, très logique, de s’exclamer pour finir « Alors, pourquoi on le fait ? »

Le non-sens de l’organisation de ce monde

Beaucoup se reconnaîtront et vont revivre des scènes de leur vie quotidienne et, forcément, vont rire, réconfortés de ne plus se sentir seuls : « Tu vois, le problème quand t’es en face d’une personne qui fait l’autruche, qui est dans le déni et ne veut pas croire au réchauffement climatique d’origine anthropique… ». « C’est qu’on voit un trou du cul ? » rétorque Paco dans un dessin qu’on vous laisse imaginer. Mais rien n’est culpabilisant, au contraire. On peut se sentir tantôt Manu, malheureux d’avoir failli à ses engagements pour une friandise bourrée d’huile de palme ou un gros steak de bœuf, tantôt Paco, admiratif de Manu parce que lui, il a avalé la boîte et se sent bien loin du Graal végétarien !

Au fil des planches colorées, le non-sens de l’organisation de ce monde éclate. Comme dans les quatre doubles pages qui décrivent le cycle de vie des pailles et des couverts jetables en matière organique qui remplacent ceux en plastique issu du pétrole. Est-il plus écolo, ce maïs cultivé intensivement ou ce bambou d’on ne sait où, récoltés ou coupés, transportés, transformés, retransportés, transposés, distribués pour finir incinérés, le tout suremballé dans un discours marketing vert qui ne résoudra par l’affaire mais fait perdurer le système ? La révision profonde du modèle, « la fin d’un monde » et non pas « la fin du monde », précise Manu, s’impose en nécessité. La résilience choisie aussi.

Pour finir, moqueurs à notre tour, on pourrait titiller le papa de Paco et Manu à propos des fonds colorés de tous les dessins, sans doute gourmands d’encre à l’imprimerie… Mais l’éditeur nous signale au début du livre qu’il porte une attention particulière au circuit d’impression. Et puis, tel est le style – réussi — de notre graphiste. Alors quoi ? Cela illustre la difficulté de bien faire et les prises de tête qui en découlent. « Bah… » dirait Paco. À quand la suite ?


  • Les collapsonautes, vivre l’effondrement, de Bruno Chaplot, éditions Laplage, moisannée, 144 p., 15,95 €.




Source : Pascale Solana pour Reporterre

Illustration : © Bruno Chaplot

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