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Climat

En Allemagne, les inondations obligent les politiques à prendre le climat « plus au sérieux »

Une femme dans une rue dévastée après les inondations à Bad Neuenahr-Ahrweiler, dans l'ouest de l'Allemagne, le 16 juillet 2021.

Après les violentes pluies et inondations en Allemagne, qui ont causé la mort d’une centaine de personnes, la question du changement climatique est au centre des débats et entre dans les élections législatives.

Berlin (Allemagne), correspondance

Les destructions causées par les pluies et inondations monstres qui se sont abattues sur l’Allemagne du sud-ouest, essentiellement dans les Länder de Rhénanie-Palatinat et de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, auraient-elles pu être limitées ? Et à quel point vont-elles influencer la campagne électorale pour les législatives, le 26 septembre, qui démarre outre-Rhin ? Si l’heure n’est pas encore aux réponses, ces deux questions émergent du débat naissant qui accompagne le drame des inondations.

Pour l’instant, la retenue est encore de mise, car en dépit de la décrue des eaux, la catastrophe n’est pas achevée. Vendredi 16 juillet, à la mi-journée, la police de Coblence, dans le centre du pays, faisait état de 108 morts pour les deux Länder concernés. Mais ce décompte macabre ne cesse d’augmenter : près de 1 300 avis de recherche ont été déposés pour des personnes portées disparues au cours de la nuit fatidique. Évidemment, l’effondrement des réseaux téléphoniques dans plusieurs arrondissements ne facilite pas le travail des sauveteurs.

« La souffrance ne fait qu’augmenter », a ainsi déploré sur la chaîne allemande ZDF la ministre-présidente sociale-démocrate de Rhénanie-Palatinat, Malu Dreyer, en décomptant plus de cinquante morts dans le Land qu’elle dirige et des destructions considérables, de nombreuses infrastructures ayant été emportées par les crues. Dans certains endroits, les crues soudaines ont fait monter le niveau de l’eau de quatre mètres en moins de deux heures, emportant et balayant hommes, voitures et bâtiments sur leur passage. Vendredi encore, un glissement de terrain meurtrier dans la commune de Erftstadt-Blessem, près de Cologne, a emporté plusieurs maisons et leurs habitants.

« Tout faire pour arrêter le réchauffement climatique »

« Ce que nous avons vu ici était un événement extrême, avec des précipitations continues qui ont duré 48 heures », explique Andreas Friedrich, du service météorologique allemand, qui précise qu’une pluie considérée comme « extrême » peut atteindre 40 litres par mètre carré et par heure. Or, dans les régions touchées par les orages dans la Ruhr, il est tombé plus de 160 litres de pluie par mètre carré entre mardi et jeudi matin, tandis que dans la région de l’Eifel, au sud de Cologne, ce chiffre était de 140 à 160 litres.

Pour Dirk Jansen, directeur régional du Bund, l’une des principales associations allemandes de protection de l’environnement, le changement climatique est clairement en action, mais pas seulement : « Les dégâts humains et matériels causés par les flots sont aussi dus à l’impossibilité des sols d’absorber le trop-plein d’eau. Non seulement les sols étaient déjà détrempés, mais la densité de bâtiments, de routes et de champs agricoles que nos lois ont permis empêche tout simplement le trop-plein d’eau de s’écouler dans le sol. Le résultat, ce sont des crues violentes comme dans la vallée de l’Ahrtal, où les dégâts sont majeurs. »

L’événement a aussi pris une dimension politique dès jeudi. « Nous allons être confrontés à de tels événements encore et encore. Cela signifie que nous devons accélérer les mesures de protection du climat », a déclaré face à une brigade de pompiers de Hagen le candidat Armin Laschet (CDU-CSU), qui se pose en héritier naturel de la chancelière Angela Merkel. Pendant ce temps, le ministre des Finances Olaf Scholz, tête de liste des sociaux-démocrates, rendait une visite de soutien à sa camarade de parti Malu Dreyer, promettant un paquet d’aides financières dès la semaine prochaine : « Nous devons aussi tout faire pour arrêter le réchauffement climatique », a-t-il également assuré.

Pour le politologue berlinois Gero Neugebauer, ces postures ne sont guère étonnantes ; mais la catastrophe peut être à double tranchant pour les partis de la coalition gouvernementale : « Conservateurs et sociaux-démocrates parlent depuis des semaines de protection de l’environnement et du climat, mais leurs actions sont limitées et leurs programmes sont confus. Le retour du sujet climatique va donc effectivement les obliger à préciser leurs intentions. Cela devrait aussi permettre aux écologistes de remonter après un début de campagne un peu amateur. Dans tous les cas, ces inondations pourraient bien obliger le prochain gouvernement à prendre ses engagements climatiques plus au sérieux. »

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