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Pollutions

En plein brouillard de pollution, New Delhi se confine

La capitale New Delhi, en Inde, plongée dans un brouillard de pollution le 12 novembre 2021.

Feux de paille pour fertiliser les sols, fête des lumières et son lot de pétards, air sec et froid... La pollution de l’air franchit des seuils catastrophiques à New Dehli. Les écoles sont fermées et la capitale indienne pourrait être confinée.

Bangalore (Inde), correspondance

La « capitale mondiale de la pollution » est en passe d’ajouter un nouveau record à son palmarès toxique. Celui d’organiser le premier confinement du monde lié, non pas au Covid-19, mais à la qualité de l’air. Il pourrait avoir lieu ce weekend selon l’évolution du taux de particules fines à New Delhi et des discussions avec la Cour suprême indienne.

Tout a commencé, comme chaque année depuis dix ans maintenant, après la célébration de Diwali. Durant cette fête hindoue des lumières, les trente millions d’habitants de la région-capitale tirent à la chaîne pétards et feux d’artifice.

Paradoxe : c’est dans le noir qu’ils se retrouvent le lendemain tant le ciel est envahi de particules fines et de métaux lourds tels que le baryum. Des campagnes ont beau être lancées pour promouvoir des « pétards écologiques », remplacer leur emploi par des bougies, le scénario se répète.

La pollution de Diwali vient s’ajouter à d’autres. Celles, bien sûr, des nombreux véhicules, chantiers et usines de la capitale. Mais aussi celle des feux de paille déclenchés par les agriculteurs des États voisins pour fertiliser les terres au même moment. L’arrivée de l’air sec et des températures hivernales empire le tout.

La fête des lumières Diwali à Jaipur, capitale de l’État du Rajasthan. Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 / Ishan Khosla

En ce mois de novembre, la pollution est particulièrement sévère. Les particules fines explosent. Les plus petites, les PM2,5 [1], ont atteint les 999 microgrammes par mètre cube d’air (μg/m3) la semaine dernière, la plus haute valeur possible. L’Organisation mondiale de la santé recommande, elle, une valeur de 10 μg/m3. La situation est déjà considérée comme toxique au delà de 150 et très dangereuse à partir de 300. À Delhi, cette semaine, le seuil flottait autour de 400.

La municipalité de New Delhi se dit désarmée face à cette pollution multifactorielle et renvoie souvent la faute sur les fermiers alentour. Mais cette année, la Cour suprême, saisie par des citoyens inquiets, a demandé des comptes pour cette pollution chronique qui condamne la santé de toute une génération.

« La clameur autour des feux de paille est exagérée, ils ne pèsent que pour 10 % dans la pollution », a estimé la Haute Cour indienne. Lundi 15 novembre, elle a exigé le télétravail partout où cela était possible, l’immobilisation de tous les véhicules non essentiels, l’arrêt des industries et une limitation des feux agricoles.

Deux millions d’enfants auraient déjà subi des dommages irréversibles

Le gouvernement de Delhi a ajouté à ces mesures la fermeture des écoles pour une semaine. Une décision qui divise alors qu’elles venaient tout juste de rouvrir après la pandémie. Mais les parents sont très inquiets pour les problèmes pulmonaires ponctuels et chroniques développés par leurs enfants. Deux millions d’entre eux auraient déjà subi des dommages irréversibles.

Alors que beaucoup d’habitants portent des masques, le fléau de la pollution semble prolonger celui du Covid. Les deux, rappellent les experts, peuvent se transformer en cocktail explosif en s’attaquant aux voies respiratoires. Le nombre de cas de Covid à New Delhi est heureusement très bas pour l’instant.

Le cocktail explosif du Covid et de la pollution de l’air

Au-delà des mesures d’urgence, quelles solutions durables ? « Il y a des paramètres météorologiques, mais on ne peut pas les contrôler », explique à Reporterre Sunil Dahiya, analyste au Center for research on energy and clean air (CREA), basé à New Delhi. « Il faut donc s’attaquer aux émissions à la source que sont les centrales au charbon, le transport, à la combustion des déchets et à la combustion de la biomasse agricole. »

Selon le chercheur, en s’approvisionnant en énergie à longue distance, davantage de centrales à charbon entourant la capitale pourraient être fermées. Mais avec la croissance de la ville et les attentes divergentes de Delhi et des États voisins, c’est l’impuissance qui domine. La perspective d’un confinement généralisé est l’aveu de cet échec.

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