Hervé Kempf

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Entretien avec Barbara Romagnan : « Nous avons à recomposer la gauche »

Barbara Romagnan est députée socialiste du Doubs. Rangée parmi les "Frondeurs", elle n’a pas voté l’état d’urgence et a récemment porté un rapport sur le démantèlement des centrales nucléaires. Soutien de Benoît Hamon, elle participe à son équipe et à l’élaboration de son programme.


Reporterre - Où est-on des accords possibles entre les Verts et l’équipe d’Hamon ?

Barbara Romagnan - Sur le fond, on n’a pas de désaccord. À la fois sur les propositions et sur ce qu’on veut comme gauche à reconstruire. Mais dans beaucoup d’endroits, la culture n’est pas encore commune. Parce que chez les socialistes, la prise de conscience de la finitude des ressources et de la primauté de la question climatique est récente. De ce point de vue, la façon dont Benoît Hamon l’a amenée est particulièrement bienvenue. Il entre dans l’écologie en posant que la question écologique est une question sociale. C’est une bonne façon pour en parler aux socialistes et à ceux qui en sont proches. Alors qu’avant, on la voyait comme une question de ‘bobo’, qu’on traiterait une fois qu’on se serait occupé des vrais sujets.

« Benoît Hamon entre dans l’écologie en posant que la question écologique est une question sociale »

Benoît Hamon a bien porté la question structurante du rapport à la croissance et en même temps, il a montré par divers exemples, comme le diesel, que ce sont les plus pauvres qui sont touchés. Parce que ce sont eux qui habitent dans des endroits où ils respirent le diesel, ce sont eux qui ont des logements mal isolés, ce sont eux qui ont le moins de moyens de soigner leurs enfants. C’est normal qu’un socialiste rentre dans ces questions par là.

Quels sont les objectifs communs entre EELV et la campagne de Benoît Hamon ?

Ils portent sur la transition écologique, et sur l’Europe. Avec une vision critique de la façon dont l’Europe se construit mais l’idée que c’est notre horizon nécessaire et souhaitable. C’est ce dont a parlé Benoît Hamon pendant la campagne, et dans quoi se reconnaissent les écologistes, avec l’idée de lancer des coopérations entre les pays qui sont d’accord pour aller plus loin, avec l’idée aussi que plusieurs membres des parlements nationaux soient réunis dans un autre collectif que le Parlement européen.

La discussion porte aussi sur la Constituante et sur la question d’un vrai changement sur le fonctionnement démocratique. Beaucoup des changements peuvent se faire sans changer la Constitution.

Où en sont les discussions avec La France insoumise ?

Elles sont moins avancées qu’avec les écologistes. Mais on sait tous, quoi qu’on pense les uns des autres, que les discussions et les rapprochements sont indispensables. Reste qu’après, il faut avancer sur « qui y va ? ».

Peut-on imaginer que Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon se désiste en faveur de l’autre ?

La dynamique est plutôt du côté de Benoît Hamon. Mais je peux me tromper. Ce qu’on veut est qu’il puisse y avoir une candidature commune. Mais il y a de vraies difficultés sur la question du rapport avec la Russie. Sur l’Europe, le débat ne porte pas sur le fond. Il y a aussi un sujet sur les migrants : Jean-Luc Mélenchon le porte moins que Benoît Hamon. Il a eu la maladresse de ne pas voter au Parlement européen la proposition sur le regroupement familial qui a été votée par toute la gauche. Ceux qui ne veulent pas d’accord peuvent pointer ces points, mais en fait, il y a surtout des accords. Sur le fond, il n’y a pas de raison que cela ne puisse pas se faire.

« Jean-Luc Mélenchon porte moins le sujet des migrants »

Jean Luc Mélenchon critique la relation ambigüe de Benoît Hamon avec la partie du Parti socialiste qui est, disons, néo-libérale. Qu’en pensez-vous ?

Il est possible que certains parlementaires aient voté des choses avec lesquelles ils n’étaient pas pleinement d’accord. Il y a des parlementaires qui se retrouvent parfaitement dans la candidature de Benoît. Les gens ont aussi le droit d’évoluer. Ensuite, on n’est pas juste pour ou contre. C’est quand même des gens qui jusqu’en juin 2012 étaient d’accord sur l’essentiel des propositions. Et si Benoît a gagné cette primaire, c’est bien parce que sur le fond, il n’a rien lâché.

Mélenchon et ceux qui le soutiennent disent que la question porte aussi sur les législatives, pour que la majorité qui ne soit pas encombrée par des députés PS en désaccord avec la politique d’un rassemblement Hamon-Mélenchon.

Oui c’est vrai. Mais on fait le pari que dans la campagne qu’on va mener, des députés qui n’étaient pas pleinement convaincus vont s’en rapprocher.
Et puis, évidemment, il va falloir rediscuter avec ceux qui vont porter ces idées pendant les élections. Il faut que chacun ait sa place.

Cela implique-t-il des candidatures communes aux législatives, un label commun comme le propose Yannick Jadot ?

Ce serait souhaitable. Il le faut parce qu’il y a un enjeu à la fois des élections et de reconstruction de la gauche. Je milite pour un label commun. Ca peut être aussi avec des gens hors parti. Parce que des débats majeurs traversent les partis politiques, par exemple à propos du nucléaire au Parti communiste. Et parce que la question écologique est aujourd’hui prioritairement portée par des gens qui ne font pas de la politique au sens strict et qui ne sont pas dans les partis. Nous avons, de fait, à recomposer la gauche.

Comment, concrètement ?

On discute. La volonté, l’envie et la conscience de la nécessité de transformer la gauche passent par ces discussions. Si on veut pouvoir remporter les élections – quand bien même on ne serait motivé que par cela -, cela passe forcément par un rassemblement. Autrement, il y aura une déception très grande de la part de la grande majorité des gens de gauche.

Si Hamon et Mélenchon vont tous les deux à l’élection, est-il possible qu’aucun ne parvienne au deuxième tour ?

On augmente énormément les risques qu’il n’y en ait aucun. Si l’on remonte dans le passé, il y avait des désaccords très grands entre les chevènementistes et les écolos, mais on est arrivé à faire en 1997 la gauche plurielle…. On a réussi à mettre les gens ensemble à ce moment là. Et, aujourd’hui on n’y arriverait pas ?

- Propos recueillis par Hervé Kempf


Source : Reporterre









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