Garder la Terre habitable à l’ère de la « post-vérité »

21 décembre 2016 / LaRevueDurable



  • Éditorial du numéro 58 :

par Susana Jourdan et Jacques Mirenowicz

L’heure n’est plus simplement à l’éthique, aux comportements responsables des individus et des entreprises, ou à la défense des droits de l’homme, elle est à la préservation d’une planète tout bonnement habitable : alors que 2015 avait pulvérisé tous les records de chaleur, 2016 sera plus chaud encore (page 6) : on atteint 1,2 °C de hausse moyenne de la température depuis l’époque préindustrielle, la concentration en CO2 s’est durablement installée à 400 parties par million (ppm) partout dans l’atmosphère, les coraux meurent dans toutes les mers du monde, etc.

Il ne reste que 0,3 °C de marge de réchauffement avant d’atteindre la limite basse de l’objectif de l’accord de Paris. Autant dire que le temps manque. Mais que font les démocraties des pays riches et industrialisés qui sont à l’origine du problème ? Elles élisent des hommes — et des femmes — qui détournent le regard du climat et de l’écologie en général. Les habitants de la première puissance économique et militaire mondiale, les États-Unis, viennent d’élire, en la personne de Donald Trump, un climatosceptique notoire, représentant type d’un monde à la Orwell, dans lequel mentir, c’est dire la vérité, se contredire est aussi naturel que respirer.

Le gouvernement « post-vérité » que cet homme est en train de former rend plus utile, plus pertinent et plus gage d’espoir que jamais la campagne internationale de désinvestissement de l’industrie fossile. Les Artisans de la transition apportent dans ce numéro une pièce à son édifice avec une étude sur les pertes de la Banque nationale suisse (BNS) à la Bourse de New York dans l’industrie fossile (page 60). En trois ans, du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, cet établissement, qui gère la plus grande fortune publique de Suisse, a perdu 4 milliards de francs par sa stratégie d’investissement aveugle à la menace climatique.

Les choix d’investissement de la BNS comme de tant d’autres institutions sont erronés à double titre : ils détruisent le climat et ils ignorent la bulle carbone. Exiger du politique — villes, cantons, régions, État — qu’il demande aux institutions publiques de désinvestir des pires entreprises de la planète du point de vue du climat, c’est exercer son pouvoir avec tous ceux qui, partout dans le monde, veulent empêcher la sphère industrielle qui cherche, avec l’appui de Trump, à extraire trop de combustibles fossiles au regard du budget carbone disponible.

En parallèle, les initiatives politiques pour mettre la finance sur les rails de la préservation du climat se bousculent. Mais il ne suffit pas d’essayer de brider l’extraction du poison qui asphyxie peu à peu le monde en amont du système, au niveau de la sphère financière, il faut aussi travailler en aval, au niveau des modes de vie. C’est ce que fait ce cinquante-huitième dossier de LaRe- vueDurable : il donne à voir une mobilité soutenable qui gagne des points et pourrait en gagner bien plus encore (page 15).

En revanche, le numérique, industrie insoutenable s’il en fut, tisse partout sa toile, y compris dans les murs de l’école. Philippe Bihouix lance ici un cri d’alarme pour préserver les lieux d’enseignement de son emprise (page 10). Cet ingénieur préconise d’éduquer au numérique plutôt que par le numérique.

Quant à Tera, cette utopie d’un monde en miniature qui opère sa métamorphose, elle poursuit son aventure que LaRevueDurable couvre avec un très grand plaisir et intérêt depuis bientôt deux ans (page 68).


  • LaRevueDurable, no 58, hiver 2016-printemps 2017, 12,25 €.

Source : LaRevueDurable




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