Greta Thunberg : « Nous devons lutter simultanément contre la crise climatique et contre la pandémie »

Durée de lecture : 5 minutes

3 avril 2020 / Adam Vaughan (News Scientist)



« Nous devons traiter ces deux crises en même temps, car la crise climatique ne disparaîtra pas », a dit Greta Thunberg. L’activiste s’inquiète que les politiques « utilisent cette urgence comme une excuse pour ne pas agir ».

Cet article est paru à l’origine dans New Scientist. Il est republié ici dans le cadre de Covering Climate Now, une collaboration mondiale de plus de 250 médias pour renforcer la couverture du changement climatique.


Le monde doit s’attaquer simultanément à la pandémie de coronavirus et au changement climatique, et se prémunir contre les personnes qui tentent de profiter de la crise actuelle pour retarder les mesures de réduction des émissions de carbone, a insisté Greta Thunberg.

La militante suédoise pour le climat a déclaré que la réaction à la pandémie avait révélé des lacunes sociétales mais avait également prouvé que nous étions capables d’agir rapidement. « Si un seul virus peut anéantir toute l’économie en quelques semaines et mettre à plat des sociétés, c’est la preuve que nos sociétés ne sont pas très résistantes. Cela montre également qu’une fois que nous sommes dans une situation d’urgence, nous pouvons agir et changer rapidement notre comportement », a-t-elle déclaré lors d’une interview donné au podcast Big Interview du média New Scientist.

Certains politiques ont demandé que les actions en faveur du climat soient suspendues pendant que les gouvernements sont aux prises avec le coronavirus. Le premier ministre tchèque, Andrej Babiš, a ainsi déclaré que l’Union européenne devrait « oublier le Green Deal maintenant ».

Selon Greta Thunberg, « les gens vont essayer d’utiliser cette urgence comme une excuse pour ne pas agir sur la crise climatique, nous devons être très prudents face à cela ». Elle a dit qu’elle comprenait l’urgence à laquelle le monde était confronté, mais que ce n’était pas une excuse pour mettre en veilleuse les mesures prises pour limiter les émissions :

On ne veut pas entendre parler de la crise climatique [en ce moment]. Je comprends parfaitement cela, mais nous devons nous assurer qu’elle n’est pas oubliée. Nous devons traiter ces deux crises en même temps, car la crise climatique ne disparaîtra pas. »

Le mouvement Fridays for Future, qu’elle a lancé avec sa première grève des écoles en 2018, a appelé à des manifestations hebdomadaires virtuelles pendant la pandémie. Les étudiants ont respecté les consignes du confinement et bien que les plus jeunes aient tendance à présenter des symptômes plus légers de la maladie, « nous sommes toujours solidaires avec les personnes appartenant aux groupes à risque et je pense que c’est une très belle chose ».

Les grèves du vendredi pour le climat sont désormais virtuelles.

L’activiste aurait d’ailleurs elle-même eu le Covid-19 — elle a déclaré de légers symptômes : de la fatigue et de la toux — tandis que son père a, lui, eu des symptômes plus sévères, correspondant exactement à ceux du coronavirus. Aucun des deux n’a été testé, car la Suède ne teste que les cas les plus graves.

« Nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur les victoires parce qu’on ferme les yeux sur la crise actuelle »

L’année 2019 a été incroyable pour l’adolescente : elle a été nominée pour le prix Nobel de la paix, a fait un aller-retour en bateau entre l’Europe et les États-Unis et s’est adressée aux dirigeants mondiaux aux Nations unies à New York. La jeune femme de 17 ans a affirmé qu’elle s’appuyait toujours, dans ses discours, sur des faits scientifiques au sujet du changement climatique car ces derniers ne pouvaient pas être contestés : « Ce n’est pas quelque chose sur lequel on peut avoir des opinions différentes, c’est juste de la science pure. »

Elle s’est concentrée sur les « budgets carbone » proposés par le groupe scientifique des Nations unies sur le climat en 2018, qui définissent la limite des émissions de carbone à ne pas dépasser pour ne pas atteindre une hausse de température de 1,5 °C et 2 °C par rapport à l’ère pré-industrielle. Ces budgets sont insuffisants, selon elle, car ils ne tiennent pas compte des « points de bascule », tels que l’effondrement des calottes glaciaires dans l’ouest de l’Antarctique, mais ils restent les « feuilles de route les plus fiables » dont dispose l’humanité.

Si Greta Thunberg a déclaré qu’elle se réjouissait de petites victoires, comme le rejet de l’agrandissement d’un aéroport à Bristol, au Royaume-Uni, ou les projets de réensauvagement, elle a noté que le tableau d’ensemble — une hausse constante des émissions mondiales de CO2 — était négatif : « Oui, nous devons voir les victoires, mais nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur ces victoires parce qu’on ferme les yeux sur la crise actuelle. »

Elle a ajouté que les critiques que lui ont adressées les hommes et les femmes politiques, comme Donald Trump, ont été un « jalon » : « Nous devons voir cela comme une victoire, quand ils nous critiquent comme ça. C’est aussi tellement hilarant quand des adultes de ce type se sentent autant menacés par des enfants. »

Après ses études, Greta Thunberg espère que le monde aura pris des mesures sérieuses sur les émissions de carbone afin qu’elle puisse avoir un travail autre que celui de militante pour le climat. « Tout ce que je sais, c’est que je veux faire quelque chose, je veux être quelque part où je peux faire la différence, où je peux essayer de faire en sorte que le monde soit meilleur, mais je ne sais pas où ce sera. »


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Source : Article transmis amicalement à Reporterre par New Scientist, initialement publié le 30 mars 2020.

Photos :
. Greta Thunberg. Anthony Quintano / Flickr
. Page Facebook de Greta Thunberg
. Marche pour le climat le 15 mars 2019 (© Nnoman Cadoret / Reporterre)

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