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Nature

Jour du dépassement : la France vit aux crochets de la nature

Des coupes rases en Auvergne, en 2013.

Le 5 mai 2022, la France a consommé l’ensemble des ressources que la Terre peut lui fournir en un an. Ce « jour du dépassement » n’est jamais arrivé aussi tôt. Pour le faire reculer, le WWF propose certaines mesures, toutefois peu radicales.

Nous vivons désormais à crédit. Le 5 mai 2022 marque le « jour du dépassement » de la France, soit « la date à laquelle notre pays a émis plus de gaz à effet de serre, pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres, cultivé et bétonné plus de terres que ce que les écosystèmes sont capables de lui fournir ou d’absorber », selon Isabelle Autissier, présidente du WWF. En clair, à partir de ce jour, « nous surexploitons toutes les ressources, précise-t-elle. Nous surpêchons, nous coupons trop d’arbres, nous artificialisons plus d’espaces que nous en restaurons ». À l’inverse, dans un monde écologiquement parfait, ce jour du dépassement devrait survenir… le 31 décembre.

Pour calculer cette date fatidique, l’ONG s’est fondée sur notre empreinte écologique, qui mesure la superficie de terres nécessaires afin d’assurer la production des ressources énergétiques et alimentaires pour une population donnée et pour absorber les déchets générés [1]. Émissions de gaz à effet de serre, espaces naturels bétonnés, surfaces cultivées pour l’alimentation et les vêtements, forêts coupées pour la construction ou les meubles, poissons pêchés… Sur tous ces aspects, la France vit au-dessus des moyens des écosystèmes. Ainsi, si la population mondiale vivait comme nous, il faudrait l’équivalent de 2,9 Terres par an pour soutenir ce niveau de consommation ; la moyenne planétaire se situant actuellement à 1,7 Terre.

Cette empreinte écologique peut donc être rapportée sur une année : si le monde entier vivait comme les Français, nous aurions dépensé en quatre mois l’ensemble des ressources que la Terre peut générer en un an. D’où ce fameux jour du dépassement, le 5 mai 2022. « Ce jour n’est jamais arrivé si tôt dans l’année, indique Isabelle Autissier. En 1961, il survenait en France le 26 septembre. » Les rares périodes où l’écart ne s’est pas creusé correspondent aux récessions économiques : dans les années 1970, à la suite du choc pétrolier, puis après 2008 et la crise des subprimes.

Au jardin de l’Engrenage, une zad à Dijon (Côte-d’or), en 2020. © Roxanne Gauthier/Reporterre

Des mesures pas assez radicales ?

De là à dire que seule la décroissance peut nous sauver, il n’y a qu’un pas… que le WWF ne franchit pas. L’association préfère parler de planification écologique, terminologie à la mode. « On a regardé ce qui se passerait si le prochain gouvernement menait une politique environnementale réellement ambitieuse », explique Pierre Canet, directeur du plaidoyer du WWF.

Baisse de 20 % de la consommation de viande, augmentation de 25 % des cultures en bio, développement du vélo et des véhicules électriques, division par deux du rythme d’artificialisation… Le résultat — résumé dans un rapport publié jeudi 5 mai — s’avère mi-figue mi-raisin : « Si toutes nos propositions étaient mises en œuvre, le jour du dépassement arriverait, en 2027, le 30 mai, observe Pierre Canet. C’est certes insuffisant pour répondre à la crise écologique, mais ce serait une première avancée notable dans la réduction de notre empreinte. »

En 2019, les ingénieurs du cabinet BL évolution avaient mené un travail similaire, « pour rester sous la barre des 1,5 °C ». Eux aboutissaient à des mesures bien plus audacieuses, telle l’interdiction de la construction de maisons individuelles, un espace par habitant limité à 32 m², ou un couvre-feu thermique pour que la température intérieure n’excède pas 17 °C la nuit. Pas assez radical, le WWF ? « On aurait pu préconiser l’arrêt de la consommation de viande, l’interdiction immédiate des véhicules thermiques, mais ce ne serait pas réalisable, se défend le militant écologique. L’important, c’est de commencer à inverser la tendance. »

L’ONG met aussi en avant d’autres bénéfices : d’après ses calculs, son projet de planification permettrait d’éviter la mort prématurée de 28 000 personnes, à cause de la pollution de l’air, de créer ou de pérenniser 1,2 million d’emplois, ou encore de stopper le déclin de certaines espèces menacées, tels le thon rouge, l’hirondelle rustique ou le lynx boréal.

Le WWF a également chiffré le coût de l’inaction écologique : ainsi, si le prochain gouvernement ne fait rien de plus, ou s’il se contente de mettre en œuvre les engagements déjà pris par la France (stratégie nationale bas carbone, loi antigaspi, loi Climat et Résilience), le jour du dépassement restera, en 2027, dramatiquement proche du 5 mai.

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