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En bref — Pêche

L’Europe laisse les chalutiers racler les fonds marins

Chalutier.

Une bataille de perdue contre la pêche au chalut. Mardi 3 mai, à l’issue de vifs débats, le Parlement européen a raté l’occasion d’interdire cette pratique, qui consiste à racler les fonds marins avec des engins tractés.

Les eurodéputés ont voté, à 319 voix contre 280, un amendement pour « interdire le recours aux techniques néfastes », mais seulement « dans les zones marines strictement protégées », qui ne concernent que 1 % des eaux européennes et sont déjà, en théorie, exemptes d’activités dites « néfastes » comme la pêche au chalut.

Principalement adopté avec les voix d’extrême droite, de droite et du groupe centriste et libéral Renew (celui des eurodéputés de La République en marche), cet amendement a suscité l’ire des eurodéputés de gauche, qui souhaitaient l’interdire de toutes les « aires maritimes protégées », une catégorie plus large, puisqu’elle concerne près de 10 % des eaux européennes. Or, selon l’ONG Oceana, la pêche au chalut est pratiquée dans 86 % d’entre elles. Pour l’ONG Bloom, ce vote « a méthodiquement saboté l’ambition européenne de protection de l’océan et de la biodiversité ».

« Votre “nation écologique” est une imposture »

L’amendement a été déposé par le Français Pierre Karleskind (Renew Europe, libéral membre de La République en marche), qui a été président du syndicat du port de Keroman, à Lorient (Morbihan), premier port de pêche industriel français. Observant que « le chalut de fond représente 80 % des apports de poissons dans les ports français », il s’est déclaré opposé à toute interdiction indiscriminée, rapporte l’AFP.

Le président de la commission environnement du Parlement européen, Pascal Canfin (La République en marche), avait pourtant publiquement assuré, le 29 avril, que la délégation Renew travaillait « à trouver une majorité la semaine prochaine sur la base d’un nouvel amendement qui intègre bien toutes les aires marines protégées ». « Pas de panique », avait-il ajouté. Or, les députés Renew ont finalement voté en ordre dispersé, et seule une trentaine d’entre eux s’est opposée à l’amendement, dont Pascal Canfin. Celui-ci a expliqué sur LinkedIn avoir envisagé de déposer un amendement de compromis, mais s’être rétracté « face à une double opposition, celle du lobby de la pêche industrielle d’un côté […] ; et de l’autre d’écologistes qui se drapent dans une radicalité ».

« Emmanuel Macron : votre “nation écologique” est une imposture », a réagi la fondatrice de Bloom Claire Nouvian, faisant référence au discours du président lors de sa réélection. Les députés européens français membres de Renew font, en effet, partie de La République en marche, le parti fondé en 2016 par Emmanuel Macron. « L’Histoire et les générations futures vous jugeront pour votre inaction climatique », a poursuivi la militante, que Reporterre avait interviewée avant le vote.

D’autres amendements ont été adoptés, visant à « s’attaquer d’urgence aux effets néfastes sur le climat, l’intégrité des fonds marins, les populations piscicoles […] de moyens de pêche tels que les engins de fond, les filets dérivants […] en limitant leur utilisation », ou encore pour réclamer l’interdiction des « activités industrielles d’extraction, telles que l’exploitation minière, dans les zones marines protégées ». Mais ces amendements ne sont pas contraignants.

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