Hervé Kempf

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La langue de la glaise et des étoiles

  • Éco-enluminures - Cris de la Terre est conçu comme un livre « manifeste » qui montre « l’art en résistance ». Il présente 25 enluminures de Sergio Bello accompagnées de textes rédigés par 25 personnalités issues d’horizons très divers — arts, sciences, lettres, botanique, écologie et développement durable. Parmi eux, Edgar Morin, Hubert Reeves, Danielle Mitterrand, Francis Hallé. Ou encore Hervé Kempf, dont voici la contribution.

Marcher. Marcher parmi les bois et les rochers. Marcher l’oreille au vent, saisir l’odeur de la menthe sauvage, éprouver la fatigue de l’ascension et du soleil, suivre les moutons qui clochent et qui bêlent, parler avec les compagnons de route et de joie — et soudain, dans le ciel limpide, apercevoir un circaète jean-le-blanc, trait serein sur fond d’azur, planer, flotter, avant qu’il glisse et se fonde derrière la colline, comme le témoin souverain d’un autre monde que celui des hommes.

Rien de plus banal que de cheminer dans la campagne et dans la montagne, d’inscrire ses pas dans les sentiers séculaires qu’ont parcourus paysans et bergers dans leur lutte quotidienne, tenace et pénible mais souvent émerveillée, pour tirer de la terre leur pitance et leur avenir. Rien de plus extraordinaire, pourtant, dans ce monde où vrombissent les moteurs, où se multiplient les constructions, où se manufacturent les objets de l’infini désir, ce monde ivre de son propre vacarme.

L’écologie s’assèche. Elle oublie la beauté et le sentiment d’être, parce qu’engagée sans relâche dans les combats nécessaires autour des gaz à effet de serre, des statistiques de disparitions d’espèces, des procédures contre les destructions absurdes, dans la machinerie toujours plus complexe où elle oppose le souci du bien commun à la frénétique libido possidendi, au désir de posséder, qui est le moteur de l’époque.

« Marée noire »

L’infinité des lieux où la planète manifeste sa beauté et parle à ceux qui veulent l’entendre.

Mais ce qui anime l’écologie depuis l’origine, et qui se dissipe dans les batailles urbaines, c’est le souci de l’art perdu de la conversation entre les hommes et les êtres de fleur et de poil par lequel on se liait au cosmos. Dans une « Ode à nos amis les arbres », Jacques Lacarrière, grand marcheur et ami de la Grèce éternelle, écrit :

Les bruissements, frémissements, frissonnements de vos feuillages, c’est votre façon à vous de parler, ce sont vos voix d’air et de souffles, vos rumeurs de ramures, vos chuchotis de cimes ou même, jadis, la voix des esprits ou des dieux qui vous avaient choisi pour demeure. (...) Oui, il fut un temps où vous parliez, avec la terre, avec le ciel, avec ceux qui savaient vous entendre et surtout vous comprendre. (...) J’aurais tant de choses à vous dire. Mais il faudrait, pour les dire avec toute la précision et toute la poésie souhaitables, que je réapprenne à bruisser, comme chêne sous le vent, à grelotter comme feuille de tremble, à frissonner comme cyprès sous la brise. »
(in revue Questions de, no 127, avril 2002)

« Cris des quatre coins du monde »

L’écologie ? C’est aussi retrouver la langue des chênes et des scarabées, des bruyères et des genêts, des papillons et des brebis, de la glaise et des étoiles.

Le texte ci-dessus émane d’une marche dans les montagnes cévenoles. Mais il aurait pu jaillir des forêts amazoniennes, des sables sahariens, des prairies américaines, des taïgas nordiques, de l’infinité des lieux où la planète manifeste sa beauté et parle à ceux qui veulent l’entendre. Les images de Sérgio Bello nous racontent cette beauté du monde, elles parlent la langue de la glaise et des étoiles, elles nous aident à retrouver la parole universelle du cosmos, par laquelle l’homme célèbre ses noces avec la matière et avec l’esprit.





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