Le Rassemblement des écologistes pour le vivant s’invite en politique

6 mars 2018 / Benjamin Joyeux

Les partis écologistes traditionnels ont échoué à représenter la « lame de fond » antispéciste, explique l’auteur de cette tribune. C’est pourquoi il a cofondé le REV, Rassemblement des écologistes pour le vivant.

Benjamin Joyeux est cofondateur du REV (Rassemblement des écologistes pour le vivant).

Benjamin Joyeux.

Le jour viendra où les personnes comme moi regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent aujourd’hui le meurtre des êtres humains. » Léonard de Vinci

On le sait, des scientifiques, des associations, des ONG, des chefs d’entreprises, des artistes et même parfois des chefs d’État ne cessent de le marteler : notre planète est en danger. Changement climatique, pollutions multiples, disparition de la biodiversité, la liste des calamités qui s’abattent sur l’humanité et la planète entière ne cesse de s’allonger tandis que le calendrier ne fait qu’accélérer : quatre degrés de plus d’ici la fin du siècle, des océans sans plus aucun poisson d’ici 2030, 6.300 espèces animales menacées à très court terme, etc. Le 13 novembre dernier, ils étaient plus de 15.000 scientifiques en provenance de 184 pays à lancer un nouveau cri d’alarme sur « la trajectoire actuelle d’un changement climatique potentiellement catastrophique ».

N’en jetons plus ! À part quelques esprits inconscients et égarés, notamment à la Maison Blanche, la majorité des gens prennent conscience de tout cela et ressentent au plus profond d’eux-mêmes cette impression d’être impuissants sur le pont du Titanic, angoissant particulièrement pour leurs enfants et petits-enfants. On le sait et pourtant ça ne suffit pas ! L’humanité semble toujours continuer tranquillement sa course vers l’abîme, l’effondrement de notre civilisation devenant notre horizon commun de plus en plus vraisemblable et indépassable.

Nos plus proches compagnons sur cette planète, l’ensemble des animaux non humains, payent sans doute le plus lourd tribut à notre mode de vie de plus en plus morbide : 60 milliards d’animaux terrestres (sans compter les 1.000 milliards d’animaux marins) sont tués chaque année pour fournir de la viande à l’humanité, selon la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), soit plus de 1.090 animaux par seconde. Comment croire qu’une telle quantité de morts pour fournir une machine agro-industrielle mondiale insatiable ne puisse pas avoir un impact direct sur notre rapport au monde vivant et à notre planète ? Comment croire que leurs millions de cris émanant chaque jour du tréfonds des abattoirs, lieux pourtant dissimulés à dessein loin des regards du public, ne finissent par atteindre nos oreilles et notre cœur, plus ou moins consciemment ? Gandhi avait à cœur de répéter que l’on pouvait « juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités ». Alors nos nations sont donc bien petites. Sans oublier que l’élevage à destination de l’alimentation humaine est responsable d’environ 15 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle du Globe, soit plus que l’ensemble des transports !

Heureusement, comme l’écrivait le poète Hölderlin, « là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ». Ainsi des milliers de gens, les chiffres ne cessent de croître, choisissent aujourd’hui de changer leur mode d’alimentation, devenant végétariens, voire végétaliens (refusant de consommer tout produit d’origine animale) pour ne plus être un maillon impuissant de cette chaîne d’abattage mortifère. Et ce choix radical mérite bien mieux que l’indifférence, les moqueries ou les dénonciations qu’il suscite encore trop souvent aujourd’hui. Ce n’est pas une lubie de « bobos des villes » mais un acte politique au sens noble du terme, une irruption du vivant dans le champ politique, une clef d’entrée fondamentale pour l’écologie politique. Et il est grand temps d’organiser politiquement ce profond mouvement émanant de la société.

Encore trop souvent atterrés mais plus que jamais déterminés et toujours enthousiastes

Les partis politiques écologistes, dont le premier d’entre eux, Europe Écologie Les Verts en France, ont échoué jusqu’à aujourd’hui à représenter efficacement cette lame de fond. Égarés dans leurs batailles d’appareil et leurs querelles d’égo, ils ont trop souvent fait primer l’accessoire sur l’essentiel, le pouvoir sur leurs devoirs, leurs carrières sur leurs idées. Il est temps aujourd’hui d’en revenir à une écologie essentielle, une écologie appelant à en finir clairement avec toutes les formes d’exploitation de l’ensemble des êtres vivants ; une écologie assumant clairement la décroissance de notre consommation matérielle au profit de la croissance de notre bien-être, en commençant à mettre d’abord soi-même en pratique ce que l’on prône pour l’ensemble de la société ; une écologie de la non-violence, de la sobriété, de l’exemplarité et de la solidarité ; une écologie voulant porter la voix et les solutions des millions de citoyennes et citoyens qui partout s’organisent sur les territoires pour dessiner à leur niveau le monde vivable de demain, n’attendant plus grand-chose des pouvoirs publics ; une écologie qui refuse les frontières actuelles qu’on nous impose, entre les femmes et les hommes, entre les humains en fonction de leurs origines ethniques et géographiques, entre les humains et les animaux non humains, entre l’ensemble des êtres vivants engagés dans une course à la survie de plus en plus périlleuse à l’heure de l’anthropocène ; une écologie ayant l’Europe comme horizon politique et le bien-être du monde comme unique frontière à l’heure de la crise des exilés et de l’accélération du changement climatique.

C’est pourquoi, humblement mais sûrement, encore trop souvent atterrés mais plus que jamais déterminés et toujours enthousiastes, nous avons lancé à quelques-uns (dont le journaliste Aymeric Caron, auteur des best-sellers No Steak et Antispéciste) il y a quelques jours notre REV, un Rassemblement des écologistes pour le vivant, pour que celui-ci fasse enfin pleinement irruption en politique, en commençant par les prochaines élections européennes de 2019. Il ne s’agit pas de construire une énième chapelle écologiste, participant ainsi à l’émiettement d’une force politique pourtant plus que jamais nécessaire. Il s’agit d’organiser un courant de pensée d’écologie essentielle et radicale, au sens étymologique du terme de retour aux « racines » de l’écologie, la protection inconditionnelle du vivant. Ce mouvement a vocation à devenir le noyau autour duquel toutes les forces de l’écologie politique ont vocation à se rassembler, sur des bases saines et des idées claires, non sur des projets personnels, un mouvement antispéciste et non violent ouvert à toutes celles et ceux ayant à cœur de défendre les droits des humains, des non humains et des écosystèmes. Étant donné l’écho enthousiaste qu’il suscite déjà parmi plusieurs milliers de personnes, ce REV est en très bonne voie de réalisation. À très bientôt pour notre première réunion publique.




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Lire aussi : Les défenseurs des animaux lancent un Manifeste pour peser dans le débat présidentiel

Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : Pxhere (CC0)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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