Le journaliste Gaspard Glanz enfin libre, mais empêché de travailler à Paris

Durée de lecture : 6 minutes

22 avril 2019 / Hervé Kempf (Reporterre)

Le journaliste Gaspard Glanz interpellé samedi 20 avril lors de la manifestation des Giles jaunes à Paris, a été retenu par la police et la justice plus de 48 h. Il est sorti lundi au soir, avec une interdiction de travailler à Paris les samedi et le 1e mai. Une atteinte à la liberté d’informer.

Lundi 22 avril 2019, 20h40 — Gaspard Glanz est sorti du tribunal vers 20h40. Il a raconté aux quelques journalistes présents les circonstances de son arrestation et ses intentions. Reporterre était là et a enregistré ses propos, à voir et à lire ici : « Je couvrirai les manifestations malgré les interdictions, parce que je suis journaliste ».

20h06 — Gaspard Glanz est interdit de paraître à Paris tous les samedis et le 1er mai. Cette décision revient à lui interdire de couvrir les manifestations des Gilets jaunes et d’autres ayant lieu ces jours-là. Autrement dit, d’exercer son travail de journaliste. C’est une atteinte à la liberté d’informer.

Un de ses avocats, Me Raphaël Kempf a expliqué au sortir du tribunal la situation (transcription des propos captés par le journaliste Charles Baudry) :

« Après avoir décidé de son placement en garde à vue pendant tout un week-end, l’empêchant ainsi de diffuser les images de son travail lors de cette manifestation, le procureur a requis l’interdiction à Gaspard Glanz de paraître à Paris d’ici son procès qui aura lieu le 18 octobre. Le juge des libertés et des détentions a décidé de faire droit à ces réquisitions en interdisant à Gaspard Glanz de se présenter à Paris tous les samedis et le 1e mai. Cette mesure l’empêche de travailler, nuit à la liberté d’informer, à la liberté d’expression, à la liberté de travailler, et pourrait aboutir pour Gaspard Glanz à une espèce de mort professionnelle. Nous contesterons par les voies de droit cette décision. Il lui est reproché uniquement une infraction d’outrage à des policiers, prévue par le Code de procédure pénale, au cours d’une manifestation, policiers avec lesquels il cherchait à discuter après avoir reçu dans le genou une grenade.

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, un grand nombre de manifestants étaient toutes les semaines interdits de se rendre à Paris, les empêchant d’exercer leur liberté fondamentale de manifester. Aujourd’hui, l’institution judiciaire veut en plus interdire à un journaliste de faire son travail.

Ce n’est pas une peine, c’est un contrôle judiciaire. Ce qui le justifie, je ne sais pas, parce que cette décision n’est pas motivée. »

18h19 —Gaspard Glanz est toujours retenu au Palais de justice. Il devrait être convoqué à une audience - un procès - en octobre prochain. Le procureur demanderait l’interdiction de paraître à Paris, ce qui équivaut à une interdiction d’exercer son travail de journaliste dans cette ville où se déroulent de nombreuses manifestations. Gaspard Glanz serait en ce moment même dans le bureau du juge d’application des peines.

16h40 — Durant l’après-midi, Gaspard Glanz a été emmené par la police vers le Palais de justice de Paris, porte de Clichy. Il devait s’y faire remettre une convocation pour une audience ultérieure, selon le Parquet de Paris.

À partir de 10h, une cinquantaine de personnes étaient rassemblées devant le commissariat 80 avenue Daumesnil, à Paris, où le journaliste était incarcéré depuis samedi soir. Déployant une banderole, "Bon anniversaire, Gaspard" - M. Glanz est né le 22 avril 1987 -, ils criaient lorsque des policiers sortaient ou entraient dans le commissariat, "Libérez Gaspard !".

Parmi les personnes rassemblées, on reconnaissait Thomas Porcher, Bruno Gaccio, le philosophe Geoffroy de Lagasnerie, la représentante du Syndicat national des journalistes, Dominique Pradalié, le comédien Yvan Le Bolloc’h, l’avocat Arié Alimi, etc.

Un avocat de Gaspard Glanz, Raphaël Kempf, a déclaré : « La garde à vue est une mesure de contrainte et de privation de liberté qui doit être absolument nécessaire à la réalisation d’une enquête. Dans ce cas, cette mesure n’était pas absolument indispensable. Si l’on voulait entendre Gaspard Glanz, on pouvait le convoquer à une date ultérieure et on n’avait pas besoin de l’enfermer dans une cellule crasseuse pendant quasiment 48 heures ».

Me Raphaël Kempf : « Si l’on voulait entendre Gaspard Glanz, on pouvait le convoquer à une date ultérieure et on n’avait pas besoin de l’enfermer dans une cellule crasseuse pendant 48 heures »

Soulignant que « le procureur n’est pas un magistrat indépendant », Me Kempf a déploré que « le procureur n’ait pas daigné prendre la parole pour s’expliquer sur cette mesure ».

Une pétition demandant la libération du journaliste a recueilli plus de 16.000 signatures.

Dans une note d’analyse juridique, l’avocat Vincent Ollivier démontre en se référant à l’article 62-2 du Code de procédure pénale que, même si le délit « d’outrage » était constitué, « il n’existait aucun motif justifiant le placement en garde à vue de l’auteur de l’irréparable outrage ».


LE POUVOIR INCARCÈRE LE JOURNALISTE GASPARD GLANZ

  • Lundi 22 avril, 9h44

Depuis samedi après-midi 20 avril, le journaliste Gaspard Glanz est incarcéré en garde à vue.

Que s’est-il passé ? Samedi 21 avril, Gaspard Glanz couvrait la manifestation des Gilets jaunes, qui avait été nassée - c’est-à-dire bloquée et empêchée de sortir - place de la République. Rappelons que cette méthode est interdite et a été condamnée par la justice.

Durant l’après-midi, M. Glanz a indiqué au photographe NnoMan, qui était présent et rapporte à Reporterre ses propos, « qu’il avait été touché par une grenade et que son pantalon avait légèrement brûlé à l’endroit de l’impact ».

Plus tard, M. Glanz a cherché à parler au commissaire pour se plaindre d’avoir été visé par une grenade. Comme le montre la vidéo ci-dessous, le journaliste ne peut pas parler au commissaire, il se fait violemment pousser par un policier, et dans un réflexe de colère, fait un doigt d’honneur. Des policiers se précipitent alors vers lui et l’emmènent.



Gaspard Glanz est depuis samedi soir incarcéré au commissariat du 80 avenue Daumesnil, dans le 12e arrondissement de Paris, et sa garde à vue a dépassé 24 h. Il était toujours incarcéré lundi 22 avril à 9 h 40 au moment où nous écrivons.

Selon le parquet de Paris, interrogé par Reporterre, M. Glanz a été placé en garde à vue « du chef de participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et d’outrage à personne dépositaire de l’autorité publique ».

La « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations » est une qualification attentatoire à la liberté de la presse. Gaspard Glanz, directeur de l’agence Taranis News et qui a plusieurs fois collaboré à Reporterre, est un vidéo-reporter reconnu dans la profession journalistique. Il témoigne et informe de longue date sur les manifestations, les agissements de la police ou encore sur « la jungle de Calais ». Il a plusieurs fois été poursuivi par les autorités, la vraie raison de cet acharnement étant la qualité de ses informations, qui a beaucoup contribué à faire prendre conscience au public de la multiplication des violences policières.

Un rassemblement de soutien est organisé lundi matin devant le commissariat. Reporterre y sera présent, et condamne cette atteinte à la liberté de la presse. Condamnation également exprimée par le SNJ (Syndicat national des journalistes), Reporters sans frontières et le Barreau de Paris, l’organisation professionnelle des avocats.

Samedi 20 avril, le journaliste photographe Alexis Kraland a également été placé en garde à vue pendant huit heures. Par ailleurs, le même jour, le journaliste Tristan Goldbronn a été brutalisé par la police.


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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos :
. Gaspard Glanz le 21 avril 2019 (capture d’écran de la vidéo de Hors Zone Press)
. © NnoMan/Reporterre

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