Hervé Kempf

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Le sortilège oligarchique

On n’avait pas vu un tel hold-up sur l’Etat depuis que de Gaulle a pris le pouvoir en 1958 : Emmanuel Macron, sorti de l’inconnu, a réussi en moins de deux ans à créer un mouvement politique qui, après l’avoir porté à la présidence de la République, s’apprête à rafler la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale.

M. Macron est un pur produit de l’oligarchie : s’il est personnellement doté de qualités remarquables, elles n’ont cependant pu s’exprimer que parce qu’un réseau de cadors économiques et politiques l’a soutenu sans barguigner, parce que l’argent d’opulents donateurs a abondé dans ses caisses, parce que les médias dominés par les puissances financières l’ont popularisé sans recul - sans oublier la chance de voir un rival de ligne politique proche, François Fillon, se couler lui-même par sa médiocre corruption.

Et les Français, qui paraissaient dégoûtés de M. Hollande, ont désigné son continuateur, qui ne cache pas qu’il va approfondir la politique néo-libérale que tente d’imposer sans discontinuer, depuis plusieurs quinquennats, la classe dirigeante à une société toujours rétive. Anesthésiés, enjôlés par la jeunesse et l’aisance souriante du président inattendu, ou déçus des divisions de l’opposition de gauche, les électeurs sont restés majoritairement chez eux, donnant pour cinq ans les clés de tous les pouvoirs au gang de M. Macron - le mot "gang" désigne l’équipe d’efficaces compères de M. Macron qui a réalisé cet étonnant hold-up politique.

L’oligarchie parvient donc à se continuer, brillamment, envoûtant la France d’un sortilège qui lui fait croire qu’enfin, les problèmes vont s’évaporer. On voit assez, entre refonte du code du travail, normalisation des dispositions de l’état d’urgence, allègement des impôts sur les capitaux et recherche de la croissance, ce qui se dessine. N’empêche : la classe dirigeante paraît avoir les mains libres.

Mais la légitimité du nouveau pouvoir est discutable. « Quand 31 % des voix donnent à un parti 71 % des députés, est-on encore dans une ’démocratie représentative’ ? », interroge le journaliste Pascal Riché. La réponse est simple : non. On est passé dans un système oligarchique.

L’abstention a dépassé 51 % en ce premier tour des législatives, le 11 juin 2017, du jamais vu depuis... 1958. Et si l’on représente l’état des forces politiques en intégrant ce phénomène, on constate, comme l’a fait Yoann Ferret, que La République en marche, le mouvement de M. Macron, aura la majorité absolue avec... 13,4 % des électeurs inscrits.

Deuxième remarque : le couplage de l’élection présidentielle et de l’élection législative donne presque mécaniquement tous les pouvoirs au gagnant de la première, puisque ses candidats députés sont portés par la dynamique de sa victoire. Ce couplage, qui n’existait pas au début de la Ve République, en accroît les vices, puisqu’elle empêche que, pendant cinq ans, on remette en cause la politique choisie. Cela donne un pouvoir bien trop grand à l’exécutif.

La tentation sera grande, si la société n’adhère pas à la politique menée par ce pouvoir peu légitime, de dériver encore davantage vers l’autoritarisme. Après le sortilège viendra le temps des maléfices.


Source : Reporterre









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