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Climat

Les champions de trail montrent l’exemple face au changement climatique

Andy Symonds à Cholonge, en Auvergne-Rhône-Alpes, le 20 mai 2022.

Afin de ne pas alourdir son bilan carbone, le champion de trail Andy Symonds a renoncé aux mondiaux en Thaïlande. Une démarche qui fait écho à l’engagement de deux autres champions de cette discipline.

C’est un choix fort et symbolique. Alors que début septembre, le footballeur Kylian MBappé et son entraîneur, Christophe Galtier, ironisaient sur leurs bilans carbone, le champion de trail Andy Symonds a annoncé mardi 13 septembre qu’il ne se rendrait pas aux Mondiaux de trail, qui se dérouleront du 1er au 7 novembre en Thaïlande. « Mon empreinte carbone pour 2022 sera d’environ 6,3 tonnes d’équivalents CO2, ce qui est déjà trop », a-t-il expliqué sur les réseaux sociaux. Sélectionné pour représenter la Grande-Bretagne lors de l’évènement, le Franco-Britannique a souligné que ce seul déplacement grèverait son bilan de 4 tonnes d’équivalents de CO2 supplémentaires quand « nous devons viser 2 tonnes chacun » par an pour contenir l’augmentation de la température mondiale pour conserver une planète vivable.

À 41 ans, Andy Symonds a un palmarès bien garni : il a notamment remporté le Lavaredo Ultra Trail (Italie) en 2016, la Ubaye Snow Trail Salomon en 2013, le Trail du Ventoux, celui de la Sainte-Victoire et l’Ardéchois en 2012 et Le Grand Trail des Templiers en 2011. À l’occasion du dernier Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), la course référence de la discipline, le champion a atteint la onzième place cette année. Il était même cinquième en 2019. Le sportif, qui habite en Provence, indique qu’il privilégiera à l’avenir les courses les plus proches de chez lui, auxquelles il pourra se rendre en train.

Mesurer son empreinte carbone

Soulignant le rôle majeur des pays les plus riches sur les émissions mondiales de gaz à effets de serre, le champion a enfin invité chacun à mesurer son bilan carbone pour essayer de le limiter au maximum. « Et il y a tellement de choses que nous pouvons faire, dont certaines sont difficiles et ont un effet sur nos vies, d’autres sont faciles. Nous pouvons au moins faire les “faciles”, puis nous mettre au défi de cumuler également ces “gains marginaux” ». Graphique à l’appui, l’athlète souligne que ses déplacements en avion comptent déjà pour le tiers de son bilan et son régime carné pour un quart.

Un message déjà porté par des champions de la discipline, le Français Xavier Thévenard et l’Espagnol Kilian Jornet. À l’occasion de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc fin août, les deux champions ainsi que le kinésithérapeute Mathias Bieber Vagneux ont réalisé plusieurs interventions de sensibilisation au dérèglement climatique et à ses enjeux, notamment avec le support La fresque du climat. Il y a deux ans, le triple vainqueur de l’UTMB Xavier Thevenard avait également annoncé renoncer à prendre l’avion « par conviction écologique ».

Pour ce Jurassien, la crise du Covid semble avoir été révélatrice. Lors d’une interview donnée au magazine de trail Distance +, il avait expliqué être « choqué par la crise écologique dans laquelle nous sommes » et de notre inertie. « Notre faune et notre flore, notre biodiversité, sont en train de péricliter. Les scientifiques du monde entier alertent les dirigeants, mais pourtant, ils ne bougent pas. »

Autre champion emblématique de la discipline et vainqueur pour la quatrième fois de l’UTMB, lors de la dernière édition, l’espagnol Kilian Jornet se présente lui aussi comme engagé pour le climat. En 2018, le sportif a créé une fondation à son nom dédiée à la protection de la Nature. Il souhaite notamment contribuer à sauvegarder, protéger et préserver le milieu montagneux. Il s’est aussi engagé à ne plus prendre l’avion.

Les conséquences écologiques des compétitions en question

Sport nature par excellence, le trail attire un nombre toujours plus important d’adeptes. Au point que la discipline s’interroge sur les conséquences des courses sur l’environnement. Ainsi, la plus emblématique d’entre elles, l’UTMB, qui attire près de 10 000 coureurs chaque année, et 6 fois plus de spectateurs, avait annoncé dès 2019 souhaiter réaliser un bilan carbone de l’épreuve. Si l’enquête a été faite, les résultats n’ont pas été rendus publics, explique-t-on à Reporterre au sein de l’organisation. Un travail a été mené notamment sur les transports, précise l’organisation : « L’accès au site a été durci. Des routes ont été fermées et le réseau de transports en commun renforcé. » De longue date, l’organisation demande aussi aux participants d’apporter gobelets, bols et couverts et elle a mis fin aux goodies en plastique cette année. Pour les jeunes, un stand de sensibilisation à l’environnement a été installé. Reste que l’épreuve attire : si près de la moitié des concurrents sont Français, une part non négligeable des sportifs étrangers n’habitent pas en Europe. Très désireux de participer à cette épreuve majeure, il n’est pas sûr qu’ils prêtent une oreille attentive aux messages de leurs champions.

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