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Les néo-paysans

Un livre écrit par Gaspard d'Allens et Lucile Leclair

Les néo-paysans

Gaspard D'Allens et Lucile Leclair sont partis un an sur les routes de France à la rencontre des néo-paysans. Ces hommes et femmes ont décidé de cultiver leur rêve ailleurs que sur le bitume, en changeant de vie pour devenir maraîcher, éleveur, apiculteur, arboriculteur...

- Les néo-paysans, Gaspard d'Allens, Lucile Leclair, ed. Seuil-Reporterre, 144p, 12 euros

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Je m’appelle Nicolas, j’étais directeur d’une entreprise de produits phytosanitaires avant d’exploser à quarante ans. Je veux vivre autre chose, devenir paysan-boulanger.

Moi c’est Alice, j’ai grandi au sixième étage d’un HLM, ma nature c'était le bac à sable et les cheveux au vent sur la balançoire. Rien ne me prédestinait à être maraîchère.

Je suis Sonia, j’ai toujours rêvé d’être bergère même si mes parents étaient chocolatiers. J’ai vécu mon premier agnelage à 25 ans dans les Cévennes, je m’en souviendrai toute ma vie.

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On ne naît plus paysan, on le devient. Après avoir été informaticien, ouvrier, juriste ou fonctionnaire, des femmes et des hommes plaquent tout pour oser le grand bond en avant. Embrasser le vert clair des bocages, le grand air des alpages. Ces citadins ne connaissent presque rien à l'agriculture, qu'importe, ils y voient leur avenir.

Changer de vie, on y avait pensé à la sortie du bureau, au retour des vacances comme une petite musique entraînante. Chez certains, le refrain est devenu entêtant. Ils ont déserté le marché du travail, lâché leur appartement pour se réapproprier les gestes essentiels : se nourrir, renouer avec les saisons, travailler le vivant.

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Les néo-paysans sortent du système qui les maintenait hors-sol, décidés à mener une existence plus simple, en accord avec leurs convictions. Exercer un métier qui a du sens, quitte à perdre en sécurité et parfois en revenu. Au contact des éléments, ils vont déterrer leur vocation paysanne tapie sous des années à côtoyer le béton.

Parfois la serre se déchire dans la bourrasque, les voisins ferment les volets, le tracteur peine à redémarrer mais ils persistent, avec l'innocence de ceux qui ont tout à apprendre, le bonheur de ceux qui découvrent un nouveau monde.

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Une révolution silencieuse est en train d'éclore dans nos campagnes. Les néo-paysans sont chaque année quelques milliers à faire le pas de côté. Ils représentent 30% des installations agricoles, soit deux fois plus qu'il y a dix ans. Une relève devenue indispensable à la profession, les enfants d'agriculteurs n'étant plus assez nombreux pour reprendre le flambeau.

Le retour à la terre ne date pas d'hier. Déjà en 1905, Jules Méline – le premier ministre de l'Agriculture sous la IIIe République – appelait à revenir dans les campagnes pour lutter contre l'exode rural. Plus tard, Jean de Florette sous la plume de Marcel Pagnol, contribua au folklore, comme les tentatives communautaires qui fleurirent après 1968.

Aujourd’hui le phénomène prend un éclat inédit, nourri par une crise économique qui fait rage, une conscience écologique grandissante. Chaque jour, les désillusions du consumérisme se font plus fortes et, avec elles, le besoin de construire autre chose, ailleurs. En s'emparant de l'identité paysanne, son imaginaire et ses savoir-faire, des gens ordinaires tracent le chemin des transitions à venir.

Plus qu'une lubie d'écolo, nous y avons vu l'esquisse d'un mouvement de fond qui transcende les catégories sociales et invente un nouveau grand récit. « La liberté est née dans les villes, mais maintenant pour vivre, elle est obligée d'en sortir », disait le philosophe Bernard Charbonneau.

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Pétris d'idéaux, ces citadins arrivent dans un monde qui se craquèle, à mille lieux de leurs fantasmes. Derrière la salle de traite, alors que le camion de la coopérative vient de partir, l'éleveur a la gorge sèche. Il a vendu son lait à 34 centimes le litre, « Si ça continue, on va crever. »

Abandon, détresse, résignation. En France, 200 fermes disparaissent par semaine, un retraité sur deux n'est pas remplacé, un agriculteur se suicide tous les deux jours. Les mots du leader syndicaliste Bernard Lambert résonnent encore, « L'agriculteur perd de plus en plus le contrôle de sa production. En d'autres termes, il se prolétarise. »

Le système conventionnel, étranglé par le productivisme, est dans l'impasse. Les nouveaux venus ne veulent pas le reproduire. Ils privilégient les circuits courts, l'agriculture biologique, les installations collectives. Leurs projets à taille humaine s'opposent aux dérives actuelles de l'agrocapitalisme et ses ferme-usines, 1 000 vaches, 23 000 cochons, 690 000 volailles, des chiffres qui donnent le vertige, la nausée devant l'assiette.

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Au cours du périple, nous avons rencontré de nombreux fils et filles d'agriculteurs résistants, critiques de la « Révolution verte » dans laquelle leurs parents s'étaient engouffrés. Loin de nous l'idée de les oublier, notre choix s'est cependant porté sur les néo-paysans car ils sont « une goutte d'eau pour voir la mer. »

Ils éclairent autant le monde qu'ils quittent que celui qu'ils vont explorer. Le milieu agricole souffre de ses contradictions, partagé entre la nécessité de se renouveler et l'inertie de son modèle. Par leur regard novice, leurs difficultés, ces outsiders interrogent les règles tacites et les schémas établis alors que l'agriculture reste, à nos yeux, un continent souvent méconnu.

Dans notre livre, vous trouverez les trajectoires d'une vingtaine d'entre eux. Ils habitent près de chez vous, partout en France... Les néo-paysans sont une espèce qui gagne du terrain ! Leurs expériences s'assemblent pour donner à l'agriculture un nouveau visage, porteur d'espoir.

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Les auteurs

Gaspard d'Allens
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Lucile Leclair
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