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Climat

Les précipitations extrêmes sont bien causées par le changement climatique

Une rue inondée à Hanoï, au Vietnam, après des pluies torrentielles en 2008.

Les activités humaines, par les émissions de gaz à effet de serre, jouent un rôle déterminant dans la survenue de précipitation extrêmes, selon une étude parue dans « Nature Communications ». Un signal anthropique a été identifié dans tous les records de précipitation étudiés de 1982 à 2015.

Des stations de métro inondées, des toits et des arbres arrachés, des avenues transformées en lac… Tel est le spectacle auquel a assisté impuissante la population moscovite, le 28 juin dernier, après un violent épisode de pluie. Plus de 50 millimètres d’eau sont tombés sur la capitale russe en l’espace d’une journée. Cet évènement est loin d’être un cas isolé : de nombreux épisodes de précipitations extrêmes ont été observés à travers le monde au cours des dernières années. Une étude, publiée le 6 juillet dans Nature Communications, montre que ces évènements ne sont pas uniquement dus à la variabilité naturelle du climat. Les activités humaines, et en particulier les émissions de gaz à effet de serre, ont joué un rôle déterminant.

De nombreux modèles avaient déjà montré que le réchauffement climatique devrait entraîner une intensification des précipitations dans les années à venir. Jusqu’à présent, les scientifiques éprouvaient cependant des difficultés à prouver que cela avait été le cas historiquement. « Étant donné que le monde s’est déjà réchauffé de plus d’un degré Celsius depuis la révolution industrielle, il est logique que des changements dans le cycle de l’eau aient commencé à se produire », dit à Reporterre Gavin Madakumbura, doctorant à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et coauteur de cette étude.

À mesure que l’air se réchauffe, la quantité de vapeur d’eau qu’il contient augmente

D’autre part, la majorité des études publiées précédemment sur le sujet n’avaient identifié un lien de causalité entre les activités humaines et les précipitations extrêmes qu’à une échelle régionale, et non mondiale. « Afin de détecter une influence humaine, les méthodes utilisées auparavant nécessitaient des bases de données couvrant plusieurs décennies, précise le chercheur. Mais ces bases de données sont rares, et limitées à quelques régions seulement. »

C’est en utilisant un réseau de neurones artificiels (un système informatique inspiré du fonctionnement du cerveau humain) que l’équipe de scientifiques est parvenue à surmonter ces limites. « Cela nous a permis de ne pas nous focaliser uniquement sur les tendances à long terme, et d’utiliser des bases de données relativement plus courtes », précise Gavin Madakumbura. Leurs résultats sont sans appel : un « signal anthropique » a pu être identifié dans l’ensemble des records de précipitation étudiés (datant de 1982 à 2015). Autrement dit, les épisodes de pluie et de neige extrêmes s’intensifient à mesure que les pressions des humains sur leur environnement augmentent.

Un panneau routier submergé lors d’une inondation. Pixabay/CC/DistelAPPArath

Le fait que le réchauffement du climat entraîne des précipitations plus violentes peut sembler contre-intuitif. Le changement climatique peut pourtant « non seulement rendre les endroits plus secs, mais également intensifier les précipitations », selon Gavin Madakumbura. À mesure que l’air se réchauffe, la quantité de vapeur d’eau qu’il peut contenir augmente. « Ce mécanisme peut rendre les tempêtes plus violentes. Et cette intensification devrait être plus ou moins homogène spatialement dans le monde. »

« Ces résultats confirment l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre » 

Si cette étude a le mérite de prouver l’existence d’un lien entre précipitations extrêmes et activités humaines, certains aspects de la question doivent encore être précisés : « Nous n’avons pas quantifié dans quelle mesure chaque type d’activités humaines contribue aux précipitations extrêmes, dit Gavin Madakumbura. Les émissions de gaz à effet de serre, les aérosols et les changements d’usage des sols peuvent tous avoir une influence. »

Quel que soit le rôle précis de chacun de ces facteurs, cette étude exhorte à réduire rapidement notre pression sur l’atmosphère. « Ces résultats confirment l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin d’éviter des effets encore plus importants dans les années à venir », a indiqué par courriel à Reporterre Alex Hall, directeur du Centre pour la science climatique de UCLA et coauteur de cette étude. Sans réduction drastique et rapide des émissions de gaz à effet de serre, l’intensification des précipitations devrait en effet se poursuivre, ce qui pourrait avoir de graves conséquences pour l’espèce humaine : érosion du sol, augmentation des pertes agricoles, multiplication des inondations… Comme le souligne l’étude, les conséquences sociétales de ces évènements pourraient être « dévastatrices ».

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