Macron, le bouffon de l’écologie

Durée de lecture : 4 minutes

13 février 2020 / Hervé Kempf (Reporterre)



M. Macron joue l’intérêt pour l’écologie en allant voir fondre la Mer de glace sous l’œil des caméras. Mais si le thème est électoralement porteur, la réalité est que l’action du gouvernement fait régresser la protection de l’environnement et du climat en France.

M. Macron prend tellement tout le monde pour des imbéciles qu’il continue à vouloir faire croire que la question écologique le concerne vraiment et qu’il veut agir à ce propos. On va donc ce jeudi 13 février le voir observer gravement la Mer de glace à Chamonix et l’entendre pontifier sur la biodiversité devant un parterre de fonctionnaires convoqués à grands frais pour faire la claque. Et les caméras de filmer le président et les éditorialistes de commenter « le défi écolo de Macron » (Aujourd’hui, journal du milliardaire Bernard Arnault).

Au risque de lasser, puisque l’exercice est hélas répétitif, il faut dire que, non seulement le gouvernement de M. Macron ne fait pas avancer la France sur le terrain écologique, mais qu’il la fait reculer :

  • la France ne respecte pas ses engagements sur le climat, comme l’a révélé Reporterre ;
  • l’Office national de la biodiversité (OFB), lancé à grands sons de trompe à Chamonix, démarre avec un budget en baisse par rapport aux organismes qu’il réunit ;
  • autre outil public essentiel de la protection de la biodiversité, l’Office national des forêts (ONF) est en voie de privatisation, comme l’a révélé Reporterre, et se voit orienté vers la productivité au détriment de l’équilibre écosystémique des forêts ;
  • les normes environnementales sont continûment et souterrainement affaiblies, au nom de la « simplification » ;
  • la rénovation énergétique, outil essentiel de l’indispensable transition énergétique, reste dramatiquement en retard ;
  • l’artificialisation des sols se poursuit avec le soutien du gouvernement, qui encourage par le biais des autorisations préfectorale la majorité des projets inutiles, du port de Port-la-Nouvelle aux entrepôts d’Amazon, du « grand contournement ouest » de Strasbourg à l’autoroute Toulouse-Castres, du Terminal T4 de Roissy au Charles-de-Gaulle Express ; en fait, dans les dizaines de projets destructeurs des terres agricoles que recense notre Carte des luttes à travers la France, les préfets sont presque toujours en appui du bétonnage ;
  • et l’on pourrait énumérer des mesures moins frappantes, qui toujours révèlent un choix au détriment de l’environnement : mise en péril de Terre de liens, soutien à l’importation d’huile de palme par Total, report de l’interdiction du plastique à usage unique à 2040, etc.

Tout n’est pas absolument négatif dans ce que fait le gouvernement. Et l’annonce par Mme Borne le 12 février, à l’issue du Conseil de défense écologique, de la prise en compte de la montée du niveau des mers sur les habitations côtières est utile et pertinente. Mais il ne s’agit que de réparer, alors que la prévention reste absente ou anecdotique. Souvent, la mesure est un faux-semblant pour dissimuler l’inaction : ainsi la ministre a-t-elle annoncé « la réduction de l’utilisation de l’avion pour les déplacements professionnels » des fonctionnaires. Mais comme l’a relevé la députée européenne écologiste Karima Delli, il serait plus urgent et efficace de taxer le kérosène, de favoriser le train de nuit et d’empêcher l’extension des aéroports.

En fait, en matière de politique écologique, et au regard de la gravité de la situation, on peut qualifier M. Macron de « bouffon ». Bouffon, nous dit le dictionnaire, signifie « Comédien qui joue la farce, la pantomime ». C’est bien la comédie que jouent ce président et les sbires qui lui tiennent lieu de cour, de gouvernement et de majorité parlementaire : prétendre prendre à cœur l’écologie, alors que la politique en la matière régresse.

Dans les éléments de langage de la majorité macronienne –- le texte de la farce qu’ils vont continuer à jouer —, il y a, comme l’a avancé le député LREM Jean-Charles Colas-Roy sur Public Sénat le 12 février, les décisions du gouvernement sur Notre-Dame-des-Landes, EuropaCity et la Montagne d’or en Guyane. L’argument est très intéressant : car si le gouvernement a cédé sur ces points, c’est parce qu’il y a eu une lutte tenace, obstinée, unie, d’activistes, de citoyens, d’élus, pour empêcher la destruction. C’est la leçon à tirer : il n’y a rien à attendre de spontané chez les bouffons, il faut leur arracher les gestes nécessaires. L’écologie n’avancera pas par en haut, mais par la lutte pour la vie et contre la destruction du monde.





Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo :
. chapô : Emmanuel Macron à l’École de guerre, le 7 février 2020. Élysée sur Twitter.

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