New York attaque cinq pétroliers en justice pour leur responsabilité dans le changement climatique

11 janvier 2018 / Yona Helaoua (Reporterre)

ExxonMobil, Chevron, BP, Shell et ConocoPhillips, cinq géants pétroliers, sont attaqués en justice par la ville de New York, a annoncé son maire, Bill de Blasio. Qui retire aussi des fonds investis dans les énergies fossiles.

  • Washington (États-Unis), correspondance

Bill de Blasio, le maire de la plus grande ville des Etats-Unis, a annoncé mercredi 10 janvier que la cité avait porté plainte auprès d’une cour fédérale et demandé des réparations à cinq géants pétroliers : ExxonMobil, Chevron, BP, Shell et ConocoPhillips. Elle leur reproche leur responsabilité dans le changement climatique qui touche son territoire. En 2012, la tempête Sandy avait tué plus de 40 personnes et coûté plus de 42 milliards de dollars à l’État. New York leur demande aussi les milliards nécessaires pour se préparer à la hausse du niveau de la mer, à des tempêtes plus puissantes et à des températures plus élevées. "Alors que le changement climatique continue de s’aggraver, il est de la responsabilité des sociétés actives dans les énergies fossiles, dont la cupidité nous a mis dans cette situation, d’assumer les coûts nécessaires pour rendre la ville de New York plus sûre et plus résiliante", a expliqué Bill de Blasio.

Le quartier new-yorkais de Breezy Point en novembre 2012, une semaine après le passage de l’ouragan Sandy.

« ExxonMobil accueille favorablement toute tentative de répondre au changement climatique, a réagi le groupe pétrolier dans un communiqué. Ce type d’action en justice, (...) contre une industrie qui propose des produits sur lesquels nous nous reposons tous pour faire fonctionner l’économie et vivre au quotidien, n’en est pas une. »

Les associations environnementales, elles, ont salué cette initiative. "New York devient aujourd’hui une capitale de la lutte contre le changement climatique sur cette planète, a déclaré Bill McKibben, co-fondateur de 350.org. Avec ses communautés extrêmement vulnérables à la montée des eaux, la ville nous montre le tempérament pour lequel elle est célèbre : ne pas faire comme si travailler avec les producteurs d’énergies fossiles allait tant bien que mal sauver la situation, mais plutôt s’élever contre ces derniers, sur les marchés financiers et au tribunal."

L’activiste Naomi Klein a parlé d’annonce "historique" : "A partir d’aujourd’hui, tout le secteur des énergies fossiles est menacé par de fortes dépenses juridiques ainsi que par la fuite montante et globale des investisseurs. Cela signifie que peu importe le nombre de permis que l’administration Trump accordera pour le pétrole ou le charbon, les nouveaux forages feront de moins en moins sens économiquement. C’est une très bonne nouvelle."

Bill de Blasio annonce les décisions de New York, le 10 janvier 2018

Lors de sa conférence de presse, le maire de New York a par ailleurs annoncé que les fonds de pension de retraite des agents municipaux allaient céder leurs actifs investis dans des sociétés liées aux énergies fossiles. Cela représente environ cinq milliards sur les quelques 190 milliards de dollars d’actifs de ces cinq fonds. La décision n’a toutefois pas un effet immédiat, puisqu’elle doit être soumise à une analyse d’impact et à un examen juridique. Daniel Zarrilli, en charge du climat dans l’équipe de Bill de Blasio, a tempéré les ardeurs de ce dernier en conférence de presse, indiquant que le processus pourrait durer jusqu’à l’année 2022.

Le quartier new-yorkais de Breezy Point deux semaines après le passage de l’ouragan Sandy.

Bill de Blasio a souligné que New York était la première grande ville du pays à prendre une telle initiative, qui permet de se "mobiliser pour les générations futures". "Ces cinq dernières années, les conseils municipaux de plusieurs villes et villages ont décidé de se délester complètement de leurs investissements dans des sociétés actives dans les énergies fossiles", nuance Brett Fleishman, analyste senior pour l’association écologiste 350.org interrogé par Reporterre, avant de préciser qu’il s’agissait de budgets bien plus faibles qu’à New York.

Retirer les fonds investis dans les énergies fossiles

Le mois dernier, le gouverneur de New York avait lui aussi annoncé qu’il souhaitait que les fonds de pension publics de l’Etat se débarrassent de leurs investissements dans les énergies fossiles. En 2015, le parlement californien avait de son côté voté une loi contraignant les deux principaux fonds de pension publics de l’État à céder leurs actifs liés au charbon seulement. D’autres grandes villes, comme Seattle et San Francisco, ont aussi pris des décisions en ce sens mais ne sont pas encore passées à l’acte. L’organisme qui gère les pensions de retraite de San Francisco doit d’ailleurs voter le 24 janvier pour céder complètement ses actifs liés aux énergies fossiles. Brett Fleishman, de 350.org, s’attend à ce que la mesure soit approuvée.

Selon le comptage de 350.org, il existe désormais plus de 800 institutions dans le monde (administrations, organisations religieuses ou philanthropiques, universités, institutions culturelles, etc.) qui ont fait le choix de ne plus investir dans les énergies fossiles. Cela représente plus de six milliards de dollars qui ont été investis ailleurs. Pour l’instant, Bill de Blasio n’a pas précisé où les fonds new-yorkais seraient re-dirigés. "Mais il a beaucoup parlé de la nécessité d’investir dans le futur des énergies, pas le passé", relève Brett Fleishman.



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Source : Yona Helaoua pour Reporterre

Photos :
. chapô : le quartier new-yorkais de Manhattan plongé dans le noir lors du passage de l’ouragan Sandy, fin octobre 2012. Flickr (Stefan Leijon/CC BY-ND 2.0)
. East Village : Flickr (David Shankbone/CC BY 2.0)
. Bill de Blasio en conférence de presse lundi 10 janvier : City of New York
. Breezy Point une semaine : Wikimedia (The office of Public Advocate for the City of New York/CC BY-SA 2.0)
. Breezy Point deux semaines : US Nayv (CC0)

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