Notre Dame des Landes : la Vache Rit est assiégée

Durée de lecture : 3 minutes

21 octobre 2012 / Anthony Fouchard (Le Télégramme)



Ce ne sont pas d’irréductibles gaulois mais des militants anti-aéroport, piégés depuis cinq jours dans une grange, à proximité de Notre-Dame-des-Landes. Sur place, la résistance s’organise mais la vie est de plus en plus difficile


20 octobre

On accède à la Vache Rit comme dans un camp retranché. Perdue au beau milieu de la Zad (Zone à défendre), la grange a été transformée en quartier général parles opposants anti-aéroport. Isolés du reste du monde depuis le début des opérations d’expulsions, mardi, les militants organisent leur « survie » et assurent les relais sur les barricades, érigées plus tôt dans la semaine.

« Nous sommes bloqués ici. Le comble, c’est qu’on peut sortir mais il sera très difficile, voire impossible, de revenir », explique Marie (*). Et pour cause, les gendarmes mobiles, venus en nombre (500 CRS dépêchés sur place), ont installé des barrages à tous les carrefours menant au domaine. C’est seulement de nuit, et à pied, qu’il est possible de se faufiler entre les mailles du filet. On pénètre dans la bâtisse en deux temps. La première pièce est comparable à un poste de commandement. Des cartes IGN du secteur sont accrochées au mur et des brouillons de tracts jonchent la table. C’est par une petite porte que l’on entre dans la « pièce à vivre ».

Pénurie de chaussettes !

Ils sont quatre-vingt dans la grange où s’entassent, pêle-mêle, pancartes, affiches et bois de chauffage. Sur la gauche, une pile de vêtements trône sur une table en bois. Chacun peut piocher dedans à loisir. Seulement, pas mal de pièces sont introuvables. « Pénurie de chaussettes », plaisante, amèrement, Marie. Impossible d’avoir les pieds au chaud. Alors, les opposants entourent leurs chaussures de film plastique.

À l’intérieur, l’ambiance est particulière. Mi-complot, mi-festif. L’heure est au bilan de la manifestation, organisée en début de soirée devant la préfecture de Nantes. « Ce n’était pas mal, ona été efficace. Maintenant, il faut être de plus en plus nombreux, chaque soir », gesticule François. Pieds nus, emmitouflé dans une polaire tachée et déchirée, il encourage les troupes, restées sur place. À côté des « dortoirs » (en réalité des matelas posés à même le sol), deux jeunes femmes plaisantent : « J’aimerais bien connaître le coût de leur opération. Réquisitionner des hôtels pendant une semaine, y’a pas à dire, nos impôts sont utiles ! »

Des commissions gèrent le ravitaillement

« On va passer aux commissions maintenant ». D’un seul tenant, les opposants se placent en cercle. Une femme, pieds nus elle aussi, prend la parole : « On va faire le point sur les médicaments. Qu’est ce qui manque ? ». « Des cachets pour les maux de ventre », lance-t-on sur la gauche. « Pour les maux de têtes, aussi ! ». « Il y a des génériques pas trop chers en pharmacie, je pourrai y passer demain », propose un jeune homme, assis sur une chaise.

Chacun a un rôle bien précis pour assurer le ravitaillement en eau, vêtements secs et nourriture. « Qui apporte à manger aux barricades ce soir ? ». Un petit groupe de volontaires se forme rapidement. Tous partent pour Le Sabot. Là-bas, les habitants n’ont pas encore été expulsés. Ils sont les prochains sur la liste. Aussi, les soutiens affluent. « Dès 4h30, on se réveille avec les odeurs de lacrymo. On sait qu’on ne va pas pouvoir résister indéfiniment mais on les emmerdera le plus longtemps possible  », explique, laconiquement, Jean, rejoint par le doyen, surnommé affectueusement « papy ».

23h30. La pluie redouble d’intensité sur le toit de la grange. Les lumières s’éteignent dans le dortoir improvisé. Certains vont veiller encore un peu autour du feu, en attendant l’aube et les premiers assauts des gendarmes mobiles.

*Tous les prénoms ont été changés.






Source : Le Télégramme

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