Nous, collégiens, en avons marre que la question climatique soit négligée

Durée de lecture : 6 minutes

24 juin 2019 / Les élèves engagé.e.s du collège Honoré-de-Balzac

Les auteurs et autrices de cette tribune, élèves de collège, revendiquent un droit équitable à l’accès à l’information environnementale. Cette compréhension du devenir de la Terre fonde l’exigence que « les paroles se traduisent en mouvement et le mouvement en actions ».

Les autrices et auteurs de cette tribune sont élèves au collège Honoré-de-Balzac, à Paris.


Pendant le mouvement des jeunes pour le climat une prise de conscience importante est née chez les collégien.ne.s de Balzac (Paris). Cette prise de conscience a aussi impliqué de grands questionnements et de grands doutes sur notre avenir. Elle a réveillé en nous une peur et une colère par rapport à l’inaction de nos politicien.ne.s sur les questions climatiques.

À notre âge on se questionne beaucoup sur notre place dans la société et après de nombreux débats, assemblées générales, discussions entre amis, lectures, documentations nous avons compris une chose : si nous voulons assurer un avenir vivable pour nous et les générations futures, notre devoir aujourd’hui est de lutter contre l’inaction climatique, lutter contre les inégalités qu’engendre et engendrera le changement climatique, préserver ce qu’on peut encore sauver en ressources naturelles et en biodiversité ou même éviter une 6e extinction de masse qui marquerait la fin de l’espèce humaine.

Nous avons lancé il y a quatre mois une enquête de « non expert.te.s » sur les installations écologiques (déchets de cantine, composts, isolation, chauffage, jardin, nourriture) présentes dans notre établissement scolaire pour montrer que nous pouvons faire changer les choses de manière concrète car montrer son désaccord est une chose mais faire évoluer la cause en est une autre. Pendant le lancement de ces divers projets, nous avons trouvé un intérêt énorme chez les élèves mais d’un autre coté très peu de soutien au niveau de la direction de l’établissement, qui nous a notamment interdit les assemblées générales à l’intérieur de l’école et nous a très peu écoutés. Les profs, quant à eux, ont été très enthousiastes et heureux de voir des initiatives collégiennes ainsi que lycéennes et nous ont pour la plupart soutenu. Nous remarquons aussi l’effort qui est fait par la cantine du collège, qui achète des produits majoritairement bio à un lycée agricole de Bougainville (Somme). Mais ce n’est pas suffisant, notamment sur les besoins d’éducation sensibilisés à l’écologie et à l’urgence d’agir dans sa vie quotidienne.

Nous en avons marre 

Nous en avons marre de cette Éducation nationale qui interdit l’accès aux débats sur le climat aux collégiens.ne.s (le débat national sur le climat du 15 mars). Nous en avons marre de la présence beaucoup trop importante des climatosceptiques dans les médias. Nous en avons marre de cette utilisation abusive du greenwashing par les multinationales pour vendre des produits tous plus inutiles et polluants les uns que les autres et qui pervertissent dès la naissance notre rapport à la consommation.

Nous en avons marre des remarques incessantes faites aux jeunes écologistes : « Vous devriez allez travailler plutôt que de sécher les cours » ; « Vous vous faites manipuler par de faux articles destinés à faire le buzz » ; « Ce n’est pas comme ça que vous réussirez vos vies » ; « En fait, vous n’y connaissez rien ! » disent-ils tous.tes, mais, au fond, nous n’avons jamais voulu de cet avenir et ce n’est pas nous mais nos parents et grands-parents qui auraient pu, qui aurait dû agir ! Mais nous vivons dans le moment présent et nous en voulons à ceux et celles qui ont aujourd’hui la possibilité d’agir mais qui ne le font pas.

Au lieu de rester dans nos divergences politiques et de nous enfermer dans nos désaccords, nous nous battons, comme ces militants de longue date, comme ces villageois d’Ungersheim (village complètement autosuffisant) ou ceux de Correns (village totalement bio), comme ces jeunes dans les rues, comme ces habitants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes, comme Fatima Ouassak, qui mène un combat pour des cantines avec des repas végétariens et contre l’inégalité de la répartition de l’information sur des sujets écologiques, comme ces chercheur.e.s qui étudient la biodiversité et qui tirent la sonnette d’alarme sur la disparition des ressources naturelles, comme ces journalistes qui parlent de questions écologiques et sociales sans tomber dans des clichés et qui couvrent sans relâche les mobilisations citoyennes…

Si nous pouvons aujourd’hui vous parler de notre engagement, c’est parce que nous avons le privilège de disposer d’un accès à l’information, mais cet accès n’est pas réparti équitablement. Pour que ce droit puisse être partagé par tous et toutes, nous exigeons un budget des ministères de l’Écologie et de l’Éducation pour un enseignement plus approfondi sur les problèmes environnementaux, et ce dès la primaire. Le droit à l’information est un droit essentiel et fondamental et la connaissance sur notre avenir sur Terre ne devrait pas être réservée aux plus privilégiés d’entre nous.

On ne peut pas produire à l’infini dans un monde fini

Arrêtons ce dogme de l’énergie fossile qui, par définition, ne peut pas être utilisée indéfiniment, on ne peut pas produire à l’infini dans un monde fini. Nous exigeons des transports en commun fonctionnant aux énergies renouvelables et nous sommes contre un greenwashing sur les transports privés électriques qui envahissent nos espaces publics.

Depuis l’arrêt de l’exportation de déchets européens vers la Chine, les pays autour, trop faibles pour résister aux poids des pays européens, vont être engloutis par les déchets, donc nous exigeons l’arrêt du projet d’exportation de plastiques vers la Turquie et l’Inde, et imposons une véritable transparence au niveau du traitement de nos déchets en France et en Europe.

Comme l’écologie est une lutte pour tous et toutes le gouvernement doit baisser ces taxes sur le bio et le local pour que des produits sains et sans trace carbone trop importantes soient accessibles à plus de gens. Il n’est pas normal qu’un produit local, sans pesticide, ni hormone, ni herbicide, ni perturbateur endocrinien soit taxé de la même manière qu’un produit qui en contient et qui a fait deux fois le tour du globe en avion.

Nous pourrions parler des heures et des heures des nécessités écologiques et de nos revendications, mais, au fond, une demande, ou plutôt une exigence persiste : celle d’être entendu, celle qui transforme la parole en mouvement et le mouvement en actions, celle qui est à la base de la démocratie, la voix du peuple. Alors, faisons non pas une minute de silence, mais une minute de bruit pour ceux et celles aux quatre coins du monde qui n’ont pas les moyens de faire porter leurs voix et n’ayons pas peur de croire en nos convictions !



Lire aussi : Des collégiens manifestent pour le climat : « C’est pour notre futur, il faut sauver la planète »

Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : manifestation des jeunes pour le climat, le 24 mai 2019, à Paris. © Mathieu Génon/Reporterre
. panneau : © Justine Guitton-Boussion/Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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