Oui, on peut vivre sans pesticides ! La vidéo de la Rencontre de Reporterre

4 avril 2015 / Emilie Massemin et Thomas Baspeyras (Reporterre)



Ils dévastent tout sur leur passage, les mauvaises herbes mais aussi les coccinelles et les oiseaux, les agriculteurs et les consommateurs. Comment se débarrasser de ces saletés de pesticides ? C’était le thème de la soirée organisée lundi 30 mars par Reporterre et Générations futures. En voici les meilleurs moments en vidéo.

Dix jours - du 20 au 30 mars – et dix bougies au compteur de la semaine pour les alternatives aux pesticides, organisée par l’association Générations futures !

Ce fut une période de travail intense pour Reporterre, qui a enquêté sur les dangers des pesticides pour les agriculteurs, les hôtesses, les ouvriers et les dockers et pour chacun d’entre nous, et révélé qu’il est possible de s’en passer chez nous comme dans les espaces verts communaux.

Quelle meilleure manière de clôturer cette période de réflexion, qu’une rencontre avec nos amis de Générations futures ? Nous investissons donc l’auditorium de la Mairie de Paris, lundi 30 mars à partir de 19 h 30, pour une soirée d’échange intitulée « Osons l’avenir sans pesticides ! ».

Histoire de mettre le public en jambes, Hervé Kempf (Reporterre) et Nadine Lauverjat (Générations futures), qui animent les débats, commencent par un petit quizz. La France est la première consommatrice de pesticides d’Europe, vrai ou faux ? La consommation ne cesse de diminuer, exact ou inexact ? Manger bio, cela coûte-t-il vraiment plus cher ? Des votes à main levée révèlent un public déjà bien informé...

Après ce jeu ponctué par les notes de nos amis musiciens de Scrabble n’C°, nous écoutons les témoignages de nos invités.

François Veillerette : « Tant qu’un ministre dira d’agriculteurs FNSEA qu’ils sont les meilleurs écologistes de France, ce ne sera pas possible d’avancer »

François Veillerette, porte-parole de Générations futures, commence par brosser un rapide panorama des progrès obtenus ces dernières années. « Il y a vingt ans, nous étions considérés comme de dangereux huluberlus, se souvient-t-il. Aujourd’hui, notamment grâce au rapport Inserm de 2013, les risques sont connus. »

Mais il reste difficile de passer aux actions concrètes, observe-t-il. « Tout le monde se renvoie la balle. Les représentants FNSEA, défavorables à la réduction des pesticides, disent que c’est le boulot des industriels de leur fournir des produits inoffensifs. Mais les industriels soulignent que leurs produits sont homologués par... l’État. »

Valérie Murat : « Mon père, décédé d’un cancer, a utilisé de l’arsenic de sodium toute sa carrière sans jamais être alerté sur ses dangers »

La rencontre se poursuit avec le témoignage émouvant de Valérie Murat, administratrice à l’association Phyto-Victimes. Son père, viticulteur dans le Bordelais, est décédé en 2012 d’un cancer des poumons lié à l’utilisation d’arsenic de sodium.

Depuis, elle lutte pour que les pesticides les plus dangereux soient interdits. « L’arsenic de sodium n’a été interdit qu’en 2001 en France, quarante ans après la Grande-Bretagne. Il fait toujours l’objet d’une dérogation en viticulture. On laisse les professionnels s’empoisonner puis on compte les cercueils », fulmine-t-elle.

Raoul Leturcq : « Montrer qu’on est performants, dans un modèle culturel où rien ne doit dépasser des champs »

Puis Raoul Leturcq, agriculteur bio dans l’Oise et secrétaire général de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), expose les raisons qui l’ont poussé à renoncer aux pesticides : les trois cancers de son père, agriculteur lui aussi, la mortalité des oiseaux dans son exploitation, et la mention « l’utilisation des produits phytosanitaires relève de la responsabilité des agriculteurs » sur les palettes de produits.

Depuis, au sein de la Fnab, il cherche des solutions pour protéger les agriculteurs et les encourager à se convertir au bio. Mais c’est difficile. « Il y a une compréhension spécifique au monde paysan, observe-t-il. Il faut montrer qu’on est performants, dans un modèle culturel où rien ne doit dépasser des champs et où il faut remplir chaque année des remorques de plus en plus grosses. »

Joël Labbé : « La politique, voilà comment ça marche »

Joël Labbé, sénateur Europe Écologie – Les Verts (EE-LV) du Morbihan, rappelle que la politique a son rôle à jouer pour une modification à grande échelle des comportements.

Pour preuve, la « loi Labbé » visant à mieux encadrer l’utilisation des produits phytosanitaires sur le territoire national a été promulguée le 6 février 2014. Elle interdit entre autre les collectivités locales d’utiliser des pesticides dans les espaces verts qu’elles entretiennent, à partir de 2017. Joël Labbé est revenu sur sa genèse.

Cathy Biass-Morin : « Il faut remettre le jardinier au cœur de son métier »

Il est possible de changer ses habitudes. Pour le prouver, Cathy Biass-Morin, responsable des espaces verts pour la mairie de Versailles, revient sur la manière dont elle sevré des pesticides cette ville de près de 90 000 habitants.

« Avant, on traitait les arbres de nuit, les riverains qui dormaient la fenêtre ouverte se récupéraient tous les produits chez eux, se souvient-elle. Aujourd’hui, les coccinelles mangent les ravageurs et on fait 17 000 euros d’économies ! »

Les questions fusent !

Participation citoyenne, rôle des médias dans le processus de sensibilisation, responsabilité de l’administration... Le public tient à intervenir sur les sujets qui lui tenaient à cœur, pendant la deuxième partie de la rencontre.

François Veillerette en profite pour souligner le manque de réaction des politiques face aux problèmes sanitaires causés par les pesticides. « On minimise systématiquement les risques », déplore-t-il.

Puis la discussion se tourne résolument vers les alternatives aux produits phytosanitaires, et aux moyens de mobiliser agriculteurs et citoyens. Raoul Leturcq souligne le travail mené par la Fnab auprès des revues agricoles.

Potagers dans les écoles, jardins partagés zéro phytos, Fête des plantes... Cathy Biass-Morin décrit les actions menées à Versailles pour sensibiliser les habitants.

Quant à Valérie Murat, elle évoque ses interventions dans les lycées agricoles. « Mais on enseigne encore trop souvent une agriculture qui repose sur les intrants, notamment en viticulture », soupire-t-elle.

Avant de quitter la salle, les spectateurs sont invités à sélectionner une des quinze propositions de lutte contre les pesticides proposées par les organisateurs. L’interdiction de la mise sur le marché de toute molécule dangereuse remporte près d’un quart des suffrages.

Le renoncement au TAFTA et l’information des consommateurs sur la présence de résidus de pesticides dans les aliments remportent également de nombreux votes (respectivement 13 et 12 suffrages sur 63). Alors, qu’est-ce qu’on attend pour passer à l’action ?




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Source : Emiliie Massemin et Thomas Baspeyras (video) pour Reporterre

Photos : © Eric Coquelin pour Reporterre

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