Paris à l’heure du coronavirus

Durée de lecture : 1 minute

21 mars 2020 / Hervé Kempf et Mathieu Génon (Reporterre)

Paris silencieuse, Paris désertée, Paris à l’arrêt ! On a été voir. Reportage photographique.

Paris vide ? Inimaginable. Il fallait aller voir à quoi ressemble cette ville, une des plus belles du monde, mais aussi une des plus animées, quand voitures et gens l’ont presque totalement désertée. Dûment muni d’une attestation de travail, nous avons roulé à vélo dans la capitale presque silencieuse.


Rue du Faubourg du Temple, à deux pas de la place de la République, le grand calme, comme partout. Un cycliste, les magasins fermés, presque pas de voitures, des passants au loin. Plongée dans la torpeur, la ville vit au ralenti, mais présente une netteté nouvelle car les sons surgissent de partout : cliquetis du vélo roulant, oiseaux chantant, pas des marcheurs sur le macadam, bruissement des feuilles sous le vent... La disparition du vacarme automobile révèle les bruits cachés de la cité.
Place de la République, un jeune skateur. « Je viens ici parce que tous les autres lieux de skate sont fermés. Le collège aussi. »
On n’a jamais vu autant de joggueurs qu’en temps de confinement ! Ils font partie des nouveaux personnages de cette ville où les foules anonymes ont disparu. Les êtres, comme les bruits, prennent un relief nouveau, particulier.
Le « trou des Halles », un des plus grands centres commerciaux d’Europe, est fermé. Le temple de la consommation, déserté par ses fidèles, sera-t-il l’autel abandonné d’une religion défunte ?
Sauf que des travailleurs sont encore là, à faire briller le clinquant du marché en déshérence.
Un homme, assis sur un plot, épuisé, il dort tant bien que mal, la tête dans les bras posés sur les genoux. Les SDF, les migrants, les sans abri de tout poil et de toute misère sont les habitants les plus visibles de la ville abandonnée, ils n’ont nulle part où se réfugier.
Dans les jardins des Halles règne une grande paix en ce jour de printemps tout neuf. Sur des bancs, ici et là, des gens sont assis, lisent, dorment ou regardent leur téléphone. Un homme a disposé son tapis de prière et prie sereinement.
Les policiers rencontrés sont détendus et aimables. « C’est du jamais vu ! », s’exclament-ils, comme tout un chacun en ces temps extraordinaires. Le confinement n’en est qu’à son troisième jour et l’attitude reste tolérante : « Il faut être compréhensif, mais pas laxiste. La plupart des gens jouent le jeu, mais beaucoup n’ont pas encore conscience du danger ».
La Seine est en crue ! On ne la voyait plus. Pas grand monde sur les quais à sec, où gamins en trotinettes ou en vélo s’amusent comme jamais. Mais le haut-parleur d’une voiture de police municipale rappelle la règle : « L’exercice physique est autorisé, mais à proximité de chez soi ».
Sur la dalle Masséna, un grand ensemble du quartier Italie, tout est fermé est calme. Quelques promeneurs, et des enfants. Ici comme ailleurs, du fait de l’absence des voitures et de la foule, l’oeil n’est plus distrait par le mouvement des véhicules et des gens au sol, les bâtiments se distinguent mieux. On les regarde...
Impossible de garder tout le temps les enfants enfermés. On joue dehors, avec prudence.
Souvent, ici et là, on croise des gens qui vont mal. Une dame tourne en rond sur la place, obstinément, ses écouteurs sur les oreilles. Cette autre, assise accablée, fume d’un air triste en dodelinant de la tête. Une personne, dans la rue, crie on ne sait quoi d’un air de colère. Le confinement, c’est aussi la solitude, la tristesse qu’on ne peut plus partager pour l’atténuer, l’anxiété. Ou le temps vide.

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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos : © Mathieu Génon/Reporterre

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