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Politique

Plan de relance : la technologie plutôt que l’écologie

Emmanuel Macron à Paris le 12 octobre 2021.

Les priorités du plan d’investissement de 30 milliards d’euros d’Emmanuel Macron ? Le nucléaire, l’agriculture numérisée, les voitures électriques et l’avion « vert ». Pour les ONG écologistes, le président privilégie le « tout technologique » plutôt que la sobriété.

Avion « vert », relance du nucléaire, robotisation de l’agriculture… Le plan de relance présenté mardi 12 octobre par Emmanuel Macron voit l’écologie comme un problème à résoudre par la technologie. Le président de la République veut mettre 30 milliards d’euros sur la table d’ici 2030 pour « décarboner l’économie » et relancer l’industrie. « Un enfumage autour d’investissements qui ignorent totalement les besoins réels de la transition écologique », assurent les Amis de la Terre dans un communiqué. « Une course à l’innovation et au productivisme qui ne doit pas servir de prétexte pour imposer des fausses solutions », estime Greenpeace. D’autant que « certaines ne sont qu’au stade de projet, sans réel impact sur la baisse de nos émissions de gaz à effet de serre ». La Fondation pour la nature et l’Homme écrit quant à elle qu’Emmanuel Macron « cède un peu plus au mirage du “tout technologique” supposé résoudre, comme par magie, les crises écologiques. Sa stratégie productive fait l’impasse sur la nécessaire sobriété. »

Un milliard d’euros pour les petits réacteurs atomiques

Premier objectif de son plan de relance : le développement des petits réacteurs atomiques (small modular reactorSMR), porté par un budget d’un milliard d’euros. De quoi préparer la France « à des technologies de rupture et de transformation profondes sur le nucléaire », selon Emmanuel Macron. Pourtant, cette nouvelle technologie est encore loin d’être aboutie. « Les SMR sont le nouveau mirage du nucléaire pour faire oublier le fiasco industriel et économique de l’EPR partout dans le monde », assure Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique chez Greenpeace, dans le communiqué sus-cité. Dans un rapport publié en juillet 2020, la Cour des comptes avait qualifié l’EPR « d’échec opérationnel ». La construction de ce réacteur de troisième génération accuse en effet un retard de dix ans. Les coûts de construction ont été multipliés par 3,3 et s’élèvent aujourd’hui à 12,4 milliards d’euros.

Le président veut également développer « l’hydrogène vert » d’ici à neuf ans. « Ce que nous devons faire absolument pour l’hydrogène, c’est ne pas répéter les erreurs que nous avons faites sur les énergies renouvelables. On a trop peu investi sur l’offre et la capacité à développer notre filière », a insisté le président. Pourtant, l’hydrogène est bien loin d’être une énergie « verte », qu’il s’agisse de son transport, de la délocalisation de sa production dans des pays pauvres ou encore du fantasme du stockage du carbone.

Autre promesse : investir 500 millions d’euros dans les énergies renouvelables — soit deux fois moins que pour le nucléaire. « Il fait un choix technologique à rebours de la tendance mondiale, qui est aujourd’hui largement favorable aux renouvelables », estime la Fondation pour la nature et l’Homme.

D’ici 2030, M. Macron espère construire le premier avion bas carbone en France

Quatre milliards d’euros vont être investis dans les transports. Le but : produire en France deux millions de voitures électriques et hybrides d’ici à 2030. Des véhicules qui sont pourtant loin d’être écologiques. Le président aimerait également fabriquer d’ici 2030 le premier avion bas carbone en France. « L’avion “vert” n’est rien de plus qu’une fiction pour le moment », a commenté Sarah Fayolle, chargée de campagne Transports chez Greenpeace France. Comme pour le transport routier, seule une baisse du trafic permettrait de limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Action de Greenpeace visant à « dénoncer le greenwashing du gouvernement et le manque d’ambition du projet de loi Climat » sur le volet aérien. © Denis Meyer/Greenpeace

« Peut mieux faire », cingle France Nature Environnement. L’association s’élève contre le fait d’« uniquement parier sur d’hypothétiques sauts technologiques pour le secteur aérien plutôt que réduire ce mode de transport » et critique également le fait de « hâter l’électrification automobile sans se questionner sur sa trop grande place et sans investir dans les modes de déplacement alternatifs en France ».

L’agriculture du futur : « le numérique, la robotique et la génétique »

Emmanuel Macron a promis deux milliards pour l’agriculture. Il souhaite « investir dans trois révolutions qui vont en quelque sorte être la suite de la révolution mécanique et de la révolution chimique qu’on a connues : le numérique, la robotique, la génétique ». Là encore, les ONG se désespèrent de cette vision passéiste. Prenons les engrais azotés. Le gouvernement souhaite améliorer le matériel d’épandage. « Les scientifiques soulignent l’inefficacité de ces outils qui ne s’accompagnent pas, généralement, d’une réduction de l’utilisation d’engrais, écrivent les Amis de la terre. Le Haut Conseil pour le Climat s’inquiète même d’un possible effet rebond. De surcroît, les agriculteurs sont de plus en plus dépassés par une mécanisation excessive en partie due à ce genre d’aides que la profession appelle des “aides pousse au crime”. »

Capture d’écran d’une vidéo promotionelle d’un outil numérique visant à aider les agriculteurs à épandre leurs apports d’engrais azotés. Yara Digital Farming

C’est son dernier objectif, mais il a particulièrement interrogé le Landerneau écologique. Emmanuel Macron souhaite « investir dans le champ des fonds marins », qui sont « un levier extraordinaire de compréhension du vivant et d’accès à certains métaux rares ». Bien qu’il ait précisé qu’il parlait d’« exploration » et non d’« exploitation », peu sont dupes, alors que les impacts prévisibles sur la santé des océans préoccupent de plus en plus les scientifiques. Maxime Combes, économiste et membre d’Attac, rappelle sur Twitter que la France s’est abstenue de voter le moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins proposé au Congrès mondial de la nature à Marseille.

Dans ces fonds marins se trouvent des minerais indispensables à la fabrication d’objets électroniques (smartphones, voitures électriques…) et d’équipements dédiés à la production d’énergie (panneaux photovoltaïques, éoliennes). Et justement, dans son plan de relance, le président a annoncé six milliards d’euros d’investissements pour « doubler » la production électronique de la France d’ici 2030 et « sécuriser » son approvisionnement en puces.

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Enfin, un budget de sept milliards d’euros va être débloqué dans le secteur de la santé avec l’objectif de produire vingt biomédicaments « contre les cancers, les maladies émergentes et les maladies chroniques dont celles liées à l’âge ». Et ce alors que l’hôpital public manque cruellement de moyens.

Au final, ce plan de relance est « en cohérence avec la vision économique ultra libérale qui a animé l’ensemble du quinquennat », assurent les Amis de la Terre.

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