Hervé Kempf

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Pour rouvrir l’avenir, il faut que le PS disparaisse

Extrait de Tout est prêt pour que tout empire, voici le texte de la dixième ’Leçon pour éviter la catastrophe’ :

"La tentation est grande, face à la turpitude du système oligarchique et à sa constante hypocrisie, de délaisser totalement le jeu institutionnel de la démocratie dite représentative pour se concentrer sur les espaces autonomes, les luttes de terrain, l’approfondissement des expériences alternatives. C’est sans doute une erreur. J’avais eu la chance, en septembre 2011, au Chili – le pays le plus inégalitaire des pays membres de l’OCDE –, d’observer le déroulement des luttes étudiantes. Depuis des mois, elles se poursuivaient avec ténacité, appuyées par un mouvement d’ensemble de la société, qui reconnaissait dans le combat de ses enfants contre une nouvelle augmentation des frais d’inscription universitaires une impasse pour tout espoir d’émancipation. Malgré la force impressionnante de la lutte, elle ne parvenait pas à faire bouger le pouvoir, parce que le système institutionnel hérité de la dictature Pinochet était verrouillé et empêchait tout relais politique des revendications de terrain.

Dans le système oligarchique des pays occidentaux, le verrouillage est rarement aussi serré, et il subsiste dans le système institutionnel des instruments de droit, des moyens d’expression, des plages de liberté, qui sont autant d’armes à ne pas laisser à terre. Inoccupés, ces espaces seraient appropriés par les adversaires.

Mais celles et ceux qui s’engageraient sur le terrain qu’on appelle politique, comme si le reste des luttes populaires ne l’était pas, peuvent-ils rester insensibles aux séductions du pouvoir et de l’argent ? Ne vont-ils pas trahir comme tant d’autres ? La question, bien sûr, ne peut avoir de réponse définitive. En tout cas, dans la situation présente, une chose paraît certaine : pour autant qu’il faille occuper le terrain institutionnel, ce ne peut être qu’avec des forces et des représentants qui assument la radicalité de la lutte et la gravité de l’analyse. Ce qui signifie qu’en aucun cas on ne peut accorder la moindre confiance, sur ce champ politique institutionnel, aux partis sociaux-démocrates. Leur capacité de trahison n’est plus à démontrer, leur action est encore plus perverse que celle des partis se revendiquant ouvertement du néolibéralisme, puisque, en se prétendant « de gauche », ils démobilisent une large part de ceux qui se reconnaissent dans le camp de la justice sociale. Des grands partis ont souvent dominé leur époque avant de disparaître dans l’oubli : en Angleterre le Parti libéral, en France le Parti radical, qui étaient au premier rang, ont à peu près disparu. Qu’il en soit ainsi des partis sociaux-démocrates."


Lire aussi : « Le Parti socialiste doit disparaître pour laisser place à de nouvelles forces »








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