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Politique

Programme de Macron : pour l’écologie, on repassera

Emmanuel Macron lors de son discours le 17 mars 2022.

Le président, candidat à sa réélection, a enfin dévoilé les mesures principales de son programme. Il a notamment été question d’indépendance agricole et d’importance du nucléaire, sans grandes annonces.

Pour celles et ceux qui espéraient en savoir plus sur le programme d’Emmanuel Macron concernant l’écologie, c’est raté. Jeudi 17 mars, à seulement vingt-cinq jours du premier tour de l’élection présidentielle, le président de la République a endossé son costume de candidat le temps d’une conférence de presse aux Docks de Paris, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Durant quatre heures, il a dévoilé un « projet présidentiel pour la France », un programme qu’il a présenté comme « nourri des crises », « ancré avec le retour du tragique dans l’histoire », référence à la guerre en Ukraine et à la pandémie de Covid.

Mais dès son propos liminaire, Emmanuel Macron a assumé « de ne pas être exhaustif ». À la tête des sujets sacrifiés, ceux relatifs à l’environnement. Le candidat a ainsi prévenu qu’il ne développerait pas tout de suite sa politique pour la biodiversité ou encore les forêts. Il s’est contenté de rappeler la nécessité d’accompagner de grandes transformations comme la crise climatique, « une urgence de nos sociétés ».

Deux sujets abordés, l’agriculture et l’énergie, mais sans annonces

Face à la pandémie et à la guerre en Ukraine, le président a insisté sur sa volonté de « faire de notre pays une nation plus indépendante ». Il a abordé la question de l’avenir de la profession : « L’un des défis qui est le nôtre, c’est la transition démographique du monde agricole et les cinq, dix ans qui viennent sont des années de transition très profondes, où beaucoup de nos exploitants en arrivent à un âge où ils vont devoir prendre la retraite », a-t-il dit. Il entend ainsi renforcer la formation des exploitants. Emmanuel Macron a aussi évoqué le développement du plan protéines au niveau européen et une adaptation de la stratégie européenne dite « Farm to fork » (« de la ferme à la fourchette »). Il a de nouveau parlé de la loi d’orientation sur l’installation, le foncier, la formation et l’accompagnement des agriculteurs qu’il avait promue devant les représentants de la filière lors d’une visite éclair au Salon de l’agriculture, le 26 février.

Lire aussi : Macron veut transformer les fermes en « start-up de la tech »

Pour favoriser l’indépendance énergétique du pays tout en étant « la première grande nation à sortir de la dépendance au gaz, au pétrole », Emmanuel Macron a confirmé son intention de relancer le nucléaire. Jeudi 10 février, en déplacement à l’usine General Electric de Belfort, Emmanuel Macron avait déjà annoncé la construction de six EPR2 — la version simplifiée de l’EPR de Flamanville —, ainsi que le lancement d’études pour la construction de huit EPR2 « additionnels ». « Si on ne fait pas du nucléaire, on importe du fossile venant de l’étranger, a-t-il justifié à nouveau. On doit continuer d’électrifier nos usages et, de manière intermittente, il n’y a pas mieux que le nucléaire. » Quant au parc actuel, il a réaffirmé sa volonté de prolonger tous les réacteurs qui peuvent l’être. Ce programme comprend aussi des investissements dans le renouvelable — « cinquante parcs éoliens en mer seront déployés d’ici 2050 », « la puissance solaire sera multipliée par dix » —, « la baisse de la consommation » et les « changements de comportements » — avec 700 000 logements rénovés par an et un plan de leasing public pour permettre aux précaires de rouler en véhicule électrique. Là encore, rien de neuf par rapport à son discours de Belfort.

Lire aussi : « Le chantier du siècle » : Macron relance le nucléaire

Ce projet se fonde, selon lui, « sur la base du rapport de RTE ». Lorsqu’il a dévoilé ses six scénarios énergétiques pour 2050 le 25 octobre 2021, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité haute tension avait en effet présenté comme plus faciles à mettre en œuvre et moins coûteux ceux prévoyant la construction de nouveaux réacteurs à partir de 2035. Mais la présentation était biaisée : seuls les scénarios reposant sur une baisse modérée de la consommation énergétique finale ont été présentés par RTE, et non ceux dits de « sobriété » et de « réindustrialisation profonde », qui ont été dévoilés mi-février. De plus, comme l’a montré Reporterre, le président-candidat a écarté des analyses provenant de l’Agence de la transition écologique (Ademe) parce qu’elles n’allaient pas dans le sens de l’atome à tout-va.

L’EPR de Flamanville (ici en 2014) n’a toujours pas démarré et accuse dix ans de retard. © Charly Triballeau/AFP

Le bilan climatique du quinquennat, aussitôt évoqué, aussitôt démonté par les ONG

Faute de programme plus précis pour un éventuel prochain quinquennat, M. Macron a tenté de défendre son bilan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, « deux fois plus rapide qu’auparavant », avec la rénovation des bâtiments et la fermeture des centrales à charbon. Ce chiffre s’appuie sur la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), la feuille de route climatique de la France, qui indique que, si la diminution des émissions de gaz à effet de serre était 1 % par an entre 2012 et 2017, elle a atteint 2 % dès 2019. Mais ce chiffre ne tient pas compte des émissions liées aux importations de la France — qui augmentent.

« Le programme climatique d’Emmanuel Macron, c’est son bilan qui en parle le mieux : ni fait ni à faire », a commenté sur Twitter Clément Sénéchal, porte-parole climat de Greenpeace France. Un constat partagé par le Réseau Action Climat (RAC), qui a publié le mercredi 26 janvier un bilan fouillé du quinquennat d’Emmanuel Macron, concluant que « la plupart des indicateurs sont dans le rouge » sur l’écologie. L’association regrettait notamment que les grands projets de loi portés par le gouvernement n’aient pas été mis « en cohérence » avec les objectifs climatiques, méprisant notamment les 149 propositions de la Convention citoyenne pour le climat, « édulcorées, décalées dans le temps, voire purement et simplement supprimées ».

En matière agricole, comme l’a montré Reporterre en février 2022, le quinquennat Macron a surtout été celui du financement des mégabassines, des reniements sur les pesticides, de l’instauration de la cellule de gendarmerie Déméter… Les arbitrages du gouvernement ont favorisé l’agriculture intensive aux dépens des fermes biologiques. De plus, l’agriculture a continué de subir une crise humaine sans précédent, avec de moins en moins de terres pour les jeunes paysans. Au niveau des droits sociaux des agriculteurs et agricultrices, deux maigres avancées sont à noter : une petite revalorisation des retraites agricoles et l’allongement du congé maternité.

Manifestation contre le retour des néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles » devant le Conseil d’État, le 9 mars 2021. © NnoMan/Reporterre

S’il est resté quasiment muet sur de nouvelles mesures écologiques, l’actuel locataire de l’Élysée, largement en tête dans les sondages, s’est en revanche montré intarissable sur les piliers de son projet néolibéral. Il a notamment détaillé les « quatre grands pactes » autour desquels il souhaite articuler un éventuel nouveau quinquennat : un « pacte européen », un « pacte entre les générations », un « pacte productif » pour l’emploi et un « pacte républicain ». Au programme, le durcissement de l’attribution du RSA, avec l’obligation de « quinze à vingt heures » d’activité par semaine ; le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans ; le versement automatique « à la source » des prestations sociales, pour « éviter la fraude » ; la transformation de Pôle emploi en « France Travail » ; la création d’un métavers européen, ou encore le renforcement de la protection des frontières et une réforme du droit d’asile « pour mieux maîtriser l’immigration ».

Le programme d’Emmanuel Macron est paru quelques heures après son discours. Estimé à « 50 milliards d’euros par an d’ici à 2027 » par Emmanuel Macron, il est disponible en ligne ici.

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