Quand les enfants imaginent un monde sans voitures

5 février 2016 / Marie Astier (Reporterre)



Après plusieurs semaines d’atelier avec Reporterre, un reportage, des interviews et un article, le grand moment est arrivé pour les enfants de la maison de quartier du Haut-Pantin : présenter le résultat de leur travail et de leur réflexion aux parents.

Depuis dix jours, déjà, l’affiche est sur la porte de la maison de quartier du Haut-Pantin (à Pantin, en Seine-Saint-Denis) : « Trop de voitures dans la ville ! Les enfants de la maison de quartier du Haut-Pantin vous invitent. » Rendez-vous était pris le vendredi 27 novembre pour une nouvelle rencontre Reporterre, dans le cadre du projet Climat et quartiers populaires.

Petit à petit, la salle se remplit : parents et même frères et sœurs arrivent. Aïcha, Isra, Sirine, Safa, Douga, Adem, Khadija, Malik, Ilyesse, Ranime et Maya entourent avec des feutres de couleur leurs répliques dans le texte qu’ils ont préparé ensemble. Ils ont de 6 à 10 ans. Difficile de mettre autant de présentateurs sur la petite scène improvisée, on se dispute les meilleures places sur les bancs. Chacun cherche du regard dans le public, pour s’assurer qu’un des membres de la famille est bien présent.

Isra commence : « Mesdames et Messieurs, bonjour ! Nous avons fait un reportage sur les voitures en ville. » « Nous allons donc vous présenter les interviews et les photos que nous avons faites, dans la ville de Pantin », poursuit Safa. Le micro passe de mains en mains, certains l’utilisent pour la première fois, mais aucun ne se laisse décontenancer. Première étape, la présentation des interviews sonores réalisées avec des passants dans les rues de Pantin. Savoureuses, les questions des enfants : « Mais pourquoi vous ne prenez pas le vélo pour aller au travail ? » « Respirez-vous la pollution quand vous ouvrez un carreau de votre voiture dans les embouteillages ? »

Que des filles pour parler voiture

Pendant l’écoute, le public continue d’arriver. La petite salle est désormais pleine. Près d’une cinquantaine de personnes sont finalement venues.

Aïcha reprend la main. C’est le moment de poursuivre le débat avec les invitées. Pour parler voitures, il n’y a que des filles : Lorelei Limousin, chargée de la question des transports pour l’ONG Réseau action climat, ainsi que Marielle et Marie, deux représentantes d’une association locale pour apprendre à réparer son vélo, la Cyclofficine de Pantin.

« Est-ce que la voiture pollue plus que le reste ? » interroge Safa. « Plus que le vélo, le bus, le métro, le train, mais moins que l’avion, répond Lorelei Limousin. Et il faut aussi rappeler que marcher ne pollue pas du tout ! »

« Pourquoi réparez-vous les vélos ? » poursuit Ilyesse. « C’est pour que les gens utilisent un mode de transport presque gratuit et qui ne pollue pas », explique Marielle. « Dans beaucoup de cas, le vélo peut remplacer la voiture, poursuit Lorelei. Beaucoup de trajets en ville font moins de trois kilomètres. » « C’est souvent même plus rapide que les transports en commun. Et on peut aussi transporter des choses lourdes avec un vélo », complète Marielle.

« Utiliser des chevaux et des ânes »

Après les questions, les enfants ont préparé une surprise. Douga et Adem entrent en piste. Attention, le public va devoir participer et répondre à un quizz ! « Combien y a-t-il de voitures en France ? » commence Douga. 20, 30, 40 millions ? Plus ! Moins ! Le public joue le jeu et trouve la réponse : 38 millions de voitures. « Les gens prennent plus la voiture que le métro à Paris », poursuit Adem. Vrai ? faux ? les mains se lèvent… « Faux ! tranche l’apprenti animateur, seulement 10 % des trajets se font en voiture... »

Bien chauffé, le public est désormais prêt à participer plus activement. On se sépare en groupes d’une petite dizaine de personnes. Les chaises sont déménagées pour former des cercles. Dans un joyeux brouhaha, les enfants mènent ces débats autour d’une question qu’ils ont choisie : « Que feriez-vous si la voiture n’existait plus ? » La première partie de la soirée a déjà donné quelques idées. Chacun y va de sa proposition, la discussion permet d’en sélectionner une ou deux par groupe. Puis au bout d’une vingtaine de minutes, il est temps de mettre en commun les réponses de chaque groupe. Les chaises sont ralignées.

Parmi les propositions : développer les vélobus et un système de location de vélocargos pour aller faire ses courses ; utiliser des chevaux et des ânes ; mettre plus de transports en commun ; utiliser la Seine pour se déplacer ; avoir des commerces mobiles en charrettes ; développer des réseaux d’entraide et de transport pour les charges lourdes, etc.

Idées transmises à la mairie de Pantin – et aux autres, si elles lisent cet article.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : « Bonjour, vous mettez un peu de pollution dans votre voiture ? » 

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos : © Matthieu Clavel/Reporterre

Reporterre donne la parole sur le climat à ceux qui n’ont jamais la parole. Le projet Climat et quartiers populaires est soutenu par la Fondation de France, par la Fondation La Luciole et par le Conseil régional d’Ile-de-France.

DOSSIER    Climat et quartiers populaires

THEMATIQUE    Pédagogie Education
30 septembre 2016
Grenoble lance un nouvel outil démocratique pour rendre la parole aux citoyens
Alternative
29 septembre 2016
Deux milliards de dollars : ce que coûte l’éclatement d’un seul fût de déchets nucléaires
Info
29 septembre 2016
« L’Homme qui plantait des arbres » : quand l’œuvre de Giono s’enracine au pied de La Défense
À découvrir


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Climat et quartiers populaires



Sur les mêmes thèmes       Pédagogie Education





Du même auteur       Marie Astier (Reporterre)