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Reportage — Présidentielle

Sandrine Rousseau : « Les graines semées vont continuer à pousser »

Sandrine Rousseau le soir des résultats de la primaire écologiste, le 28 septembre 2021.

Avec près de 49 % des voix à la primaire écologiste, Sandrine Rousseau est arrivée derrière Yannick Jadot. Dans son QG mardi soir, ses partisanes et partisans attendent que le candidat intègre leurs thèmes. Et l’ex-candidate « ne lâchera rien sur ces sujets ».

Pantin (Seine-Saint-Denis), reportage

Les yeux rougis par le chagrin, Benjamin, la trentaine, serre un de ses amis dans ses bras. Il est 17 h 30, les chiffres viennent d’apparaître sur le téléphone de tous les militants : Sandrine Rousseau a perdu la primaire des écologistes. L’économiste a récolté 48,97 % des voix, contre 51,03 % pour le député européen Yannick Jadot. Seuls quelque 2 000 votes ont séparé les deux finalistes, sur plus de 104 000 participants au scrutin.

Regroupés dans le restaurant Les Relais solidaires à Pantin (Seine-Saint-Denis), les partisans de Sandrine Rousseau ont accusé le coup, mardi 28 septembre. Entre deux accolades, Benjamin a séché ses larmes. « Je suis déçu forcément, mais fier aussi, a expliqué ce soutien de la première heure, foulard rouge à pois blancs noué autour du cou. On a accompli quelque chose de fort : on a donné une voix aux personnes les plus précaires, qui n’en ont pas d’habitude dans les débats. » Plus loin, un verre de vin à la main, Clémence a tenu le même discours : « Bien sûr qu’on est déçus. Mais pendant un mois, on a parlé de l’écoféminisme sur tous les plateaux télé : c’est quand même énorme ! » Sandrine Rousseau a aussi semblé voir le verre à moitié plein. « Ne soyez pas tristes ce soir. Ce qu’on a semé là, ce sont des graines qui vont continuer à pousser », a-t-elle assuré à ses partisans, avant de s’élancer avec eux sur la piste de danse.

Il n’empêche qu’une question reste en suspens : et maintenant ? Dans le restaurant, certains militants n’hésitaient pas à exprimer leurs réticences à soutenir le gagnant Yannick Jadot — comme le veut la règle de la primaire. « Je crois moins à sa stratégie », a grimacé Kévin. « Il rassemblera moins les gens qui ne vont pas voter d’habitude », a ajouté Mélanie. « Si je vais le soutenir ? D’emblée, je dirais non, a affirmé Robin. Mais cela dépendra des signes qu’il envoie. S’il trouve une manière d’intégrer la belle équipe que nous avons été, peut-être que je le soutiendrai. »

Sandrine Rousseau applaudie par ses soutiens, dont Alice Coffin (à d.). © Anna Kurth/Reporterre

« On ne peut pas balayer 49 % des électeurs d’un revers de la main »

Des signes, il n’y en a pourtant pas eu beaucoup durant la soirée. Quelques minutes après l’annonce des résultats, Sandrine Rousseau s’est dirigée vers le quartier général de son rival, établi sur une péniche. Là, les deux finalistes ont échangé quelques mots, étouffés par l’agitation autour d’eux. La séquence n’a duré que quelques minutes : une accolade, des félicitations de rigueur, pas plus. Dans son discours de victoire, Yannick Jadot a ensuite remercié brièvement Sandrine Rousseau, au même titre que les candidats malheureux du premier tour, Delphine Batho et Éric Piolle.

Il en faudra davantage pour convaincre les 50 000 électeurs de Sandrine Rousseau de s’investir dans sa campagne. « On ne peut pas balayer 49 % des électeurs d’un revers de la main, a estimé Thomas Portes, le porte-parole de Sandrine Rousseau. Les cartes sont maintenant dans les mains de Yannick Jadot : on attend de voir ce qu’il mettra dans son programme, quelles propositions de Sandrine Rousseau il reprendra. »

 Très émue, Sandrine Rousseau est soutenue par ses partisans après sa défaite. © Anna Kurth/Reporterre

Les militants espèrent voir apparaître chez l’eurodéputé un discours plus tranché, « assumer qu’il va falloir prendre des décisions qui ne contenteront pas tout le monde », et davantage de propositions sociales. L’objectif ultime — remporter l’élection présidentielle — reste dans tous les esprits. « La question centrale, c’est comment faire pour que Yannick Jadot et ses équipes bénéficient de l’élan et de la dynamique provoqués par Sandrine Rousseau ? » s’interrogeait la conseillère de Paris, Alice Coffin.

Après s’être éclipsée pour se reposer, Sandrine Rousseau est revenue parmi ses partisans, l’air fatigué mais déterminé. Verre de vin à la main, ton calme, elle a rappelé que personne n’aurait parié sur son score de 49 % il y a quelques mois. « On a créé un truc vrai, profond, une dynamique importante. Je veux que Yannick Jadot entende l’originalité de ma candidature et les thèmes qu’elle porte », a-t-elle dit. Et de poursuivre : « La manière dont il les reprendra, ça dépendra de lui. Mais je ne vais rien lâcher sur ces sujets, c’est mal connaître mon parcours de croire que je le ferais. »

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