Sans pétrole et sans pollution, la traction animale est une technique d’avenir

Durée de lecture : 3 minutes

23 février 2015 / Anne Wanner (Campagnes Solidaires)



Paysan dans l’âme depuis qu’il a quatre ans, Philippe Kuhlmann est éleveur de bovins en Alsace. Mais sa passion, c’est la traction animale, du dressage à la conception de nouveaux outils, en passant par la pratique sur la ferme, bien sûr...

Philippe Kuhlmann a toujours rêvé d’avoir un troupeau de vaches. Fils de négociant en vin, il découvre les bovins et la traction animale durant son enfance grâce à son oncle, paysan dans la vallée de Munster.

Après des études en sylviculture, Philippe travaille quelques temps à l’Office national des forêts dans la vallée de Masevaux. Il fait la connaissance de paysans montagnards vivant en complète autonomie alimentaire et énergétique, pratiquant l’attelage bovin dans le Sud de l’Alsace. Philippe est fasciné par leurs savoir-faire qu’il découvre, et séduit par leur démarche éthique.

En 1981, il reprend une ferme à Soultzeren, dans la vallée de Munster. Il y élève des vaches en vendant directement son lait localement. Philippe utilise un tracteur mais s’en défait progresivement. Il commence par dresser boeufs et taureaux, puis fait ses foins et travaux agricoles grâce à la traction animale.

Quelques années plus tard, il s’établit dans le Massif Central où il se spécialise dans le débardage forestier avec des boeufs, taureaux et chevaux. Il débardera ainsi quelque 35 000 stères de bois.

1999 : retour dans sa région natale, avec entre autres une expérience de conducteur d’attelage à l’écomusée d’Alsace, avec ses boeufs dressés.

Aujourd’hui, Philippe est réinstallé, avec son épouse, à Soultzeren. Ils élèvent un troupeau de bovins vosgiens et le paysan excelle dans l’attelage et le débardage. Plus qu’une passion, le dressage des bovins est devenu son gagne-pain. Il comptabilise quelque 140 bêtes domptées depuis ses débuts de bouvier, ce qui lui permet de vendre des animaux dressés pour les travaux agricoles.

Une technique d’avenir

Philippe explique : « Après guerre, il fallait vendre un boeuf pour s’acheter un tracteur. Aujourd’hui , il en faut 60 à 80 ! » Il sélectionne ses bêtes en fonction de leur fiabilité, détectée par le contact quotidien pendant les trois à quatre premiers mois de vie et visible lors des déplacements au collier des veaux. Le tempérament de l’animal est un indicateur pour la facilité du dressage.

Sur sa ferme, un boeuf a une valeur optimale entre trois et cinq ans, soit par la qualité du travail soit pour la vente pour l’attelage. L’éleveur a huit à dix bovins en dressage en permanence : « Au début, le débourrage se fait par des travaux légers comme le hersage des prairies. Les animaux effectuent des travaux plus »lourds« par la suite, tels la traction de charette, les travaux de fenaison, l’épandage de fumier ou le débardage de bois. »

Pour Philippe, « la traction animale est économiquement rentable, même si de nombreux aspects ne sont pas quantifiables ». Le tassement et l’érosion du sol sont inexistants ; l’implantation des plantes à enracinement superficiel est favorisée ; l’aménagement de chemin porteur n’est pas nécessaire et lors de la fenaison, l’altération des légumineuses est largement réduite. Quant aux frais d’assurance, de mécanique et de carburant, ils sont néants !

Afin de moderniser la traction animale, l’éleveur fait de la recherche en autodidacte pour la mise au point de matériels, tels un élevateur ou un joug avec une matelassure incorporée, un rateau faneur ou une faneuse à fourche. Il attèle ses deux boeufs habitués en une minute, et les outils sont réalisés de manière autonome en bois, cuir et métal, avec deux artisans locaux. Il se considère comme un « passeur de mémoires », entamant la rédaction d’un manuel complet sur l’attelage des bovins.

Enfin, il souhaite transmettre ses connaissances à toute personne intéressée par sa démarche. Philippe Kuhlmann estime que les petites structures agricoles, comme les fermes maraîchères, pourrait utiliser la traction animale comme « autonomie hybride » : une vache peut fournir la motricité, mais aussi la viande (par son veau), le lait, le fumier et sa présence animale.





Lire aussi : La vigne au rythme des sabots

Source : Article transmis amicalement à Reporterre par Campagnes Solidaires.

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