« Un agriculteur, il gagne combien ? » Quand des collégiens discutent d’agriculture urbaine

12 mai 2017 / Émilie Massemin (Reporterre)



Des collégiens parisiens ont réalisé un reportage sur l’agriculture urbaine dans le cadre de notre projet « Écologie et quartiers populaires ». Et ils sont venus à la rédaction de Reporterre échanger avec le président de l’entreprise Cueillette urbaine.

« Quoi ? Tout le collège a lu notre article ? » Quand leur enseignante, Leslie Baudet, leur a appris que l’article « Des collégiens découvrent un potager sur les toits de Paris » avait été diffusé via la lettre d’information de l’établissement, les élèves n’en sont pas revenus. Cette classe de 5e du collège Pierre-Mendès-France, dans le XXe arrondissement de Paris, est venue à la Ruche, l’espace de travail partagé où sont installés les bureaux de Reporterre, mercredi 3 mai. L’occasion pour Victorine, Kévin, Rayan, Colin, Mamadou, Hassa, Mariam, Raphaël, Amine, Sofiane, Olivier et Jonathan de faire le bilan de l’atelier média du début de l’année, animé par notre journaliste Lorène Lavocat, et d’aller un peu plus loin dans la découverte du métier de journaliste et de l’agriculture urbaine.

La première halte a lieu dans le bureau du quotidien de l’écologie pour rencontrer l’équipe. Ensuite, rendez-vous au dernier étage de la Ruche, dans la cuisine, avec le président de Cueillette urbaine, Paul Rousselin. Cette entreprise propose à ses clients de cueillir eux-mêmes des fruits et légumes cultivés sur un toit de Paris, pour les transformer et les consommer sur place ou les emporter. « Il existe différentes méthodes de culture urbaine : sur les toits, les murs ou même grâce à l’aquaponie », développe Paul Rousselin. « On a déjà parlé de cette technique, approuve Leslie Baudet. Quelqu’un me rappelle à quoi servent les poissons ? » « À faire de l’engrais ? » hasarde un élève. Tout juste !

Les collégiens présentent à leur tour la particularité de leur établissement. « On a un jardin, commence un élève. C’est Simon, de l’association Veni verdi, qui le cultive. » Ses camarades complètent par bribes : « On y trouve des fruits et des légumes, de la salade, des piments… » ; « Simon en donne à des associations » ; « il y a aussi des poules et du compost ! » S’ils disent participer aux travaux de maraîchage, la réponse à la question « Aimez-vous jardiner ? » est unanime : non ! Sauf Rayan, qui trouve ça « trop bien ».

« Combattre la pollution en ville » 

Les adolescents évoquent ensuite leur visite sur le toit d’AgroParisTech. « Il sert à faire des expériences », se souvient un élève. L’intérêt de développer une agriculture urbaine leur échappe quand même encore un peu. « On ne va quand même pas transporter les légumes de la campagne jusqu’ici », estime un élève. « Les légumes peuvent pourrir sur le chemin », enchérit un autre. « Ou ils vont s’écraser », suggère une troisième. « Ça évite de les faire pousser à la campagne », propose Sofiane. Paul Rousselin secoue la tête en signe de dénégation. « C’est surtout pour des questions écologiques, de combattre la pollution en ville », explique-t-il. « Les expériences ont démontré que les cultures étaient bien moins polluées quand on cultivait en hauteur, sur les toits, plutôt qu’au niveau du sol », précise Lorène Lavocat.

Invité surprise, Geoffrey Couanon, réalisateur de documentaires, présente son film La Valeur de la terre, consacré aux projets d’aménagement (commerciaux, immobiliers) qui conduisent à l’artificialisation des terres agricoles. « Quand vous prenez la route, vous avez l’impression qu’il reste pas mal de champs. Mais en réalité, beaucoup de terres sont gaspillées par des centres commerciaux, des routes très grosses dont on n’a pas forcément besoin et des maisons individuelles », alerte-t-il.

Les élèves ont-ils déjà eu l’occasion de visiter une « vraie » ferme à la campagne ? « Oui, ma grand-mère a un jardin derrière chez elle et parfois je l’aide un peu », indique Kévin. Quelle différence avec l’agriculture urbaine ? « Ils peuvent mettre des bâches sur les champs », tente un élève. « S’il y a des vaches, elles peuvent faire du compost », souligne un autre. Quant à faire la différence dans l’assiette… « De toute façon, la nourriture qu’on mange ne vient pas d’ici », tranche Victorine. « C’est déjà bien de le savoir, dit son enseignante. Ensuite, en tant qu’adulte, on peut faire le choix de manger local. »

La clé des champs pourrait devenir une option 

Disposer d’un potager au collège est une chose ; envisager de devenir agriculteur, une autre ! Aucun n’est vraiment tenté. Amine préfère dessiner, Rayan voudrait devenir avocat et Olivier ne jure que par le foot. « C’est un métier dur, il faut tout connaître », redoute Raphaël. Kévin donne parfois un coup de main à sa mère, qui jardine sur le balcon, mais ça ne lui a « pas donné envie ». « Je voudrais un métier qui permet de gagner de l’argent », intervient Mamadou, en mimant le geste de plisser des billets entre ses doigts. « Un agriculteur, il gagne combien ? » s’interroge Colin. Du côté des filles, Hassa, Mariam et Victorine, pas de vocation non plus.

Pourtant, la clé des champs pourrait devenir une option pour ces titis parisiens. « Notre collège dispose de deux ateliers professionnels consacrés au bâtiment et à la restauration, explique Leslie Baudet. Notre projet est de créer des ateliers de jardinage pour développer une filière professionnelle de ce côté-là. »


Cet article a été réalisé dans le cadre de l’atelier média mené par des élèves de 5e du collège Pierre-Mendès-France, à Paris, accompagnés par Lorène Lavocat, dans le cadre du projet Écologie et quartiers populaires.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Quand des collégiens découvrent un potager sur un toit de Paris

Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Photo :
. chapô : Dans les locaux de Reporterre, Leslie Baudet, Lorène Lavocat et Paul Rousselin devant les collégiens de Pierre-Mendès-France. © Émilie Massemin/Reporterre

DOSSIER    Ecologie et quartiers populaires

17 octobre 2017
Le film qui sonne la fin du Roundup de Monsanto
À découvrir
17 octobre 2017
La pêche électrique tente de faire son retour en Europe
Info
16 octobre 2017
La dure loi de l’Eroi : l’énergie va devenir plus rare et plus chère
Tribune


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Ecologie et quartiers populaires





Du même auteur       Émilie Massemin (Reporterre)