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Monde

Une féministe écologiste présidera la Convention constitutionnelle au Chili

La nouvelle présidente Maria Elisa Quinteros et la présidente sortante Elisa Loncon (au centre) accompagnée du vice-président Jaime Bassa.

Maria Elisa Quinteros et Gaspar Dominguez, jeunes, féministes, écologistes et défenseurs des LGBT, superviseront la rédaction de la nouvelle Constitution jusqu’au référendum de sortie, en août 2022.

Valparaíso (Chili), correspondance

Féministe, écologiste, de gauche : Maria Elisa Quinteros, 40 ans, est la nouvelle présidente de la Convention constitutionnelle chargée de rédiger une nouvelle constitution au Chili. Six mois après le début des travaux de l’Assemblée constituante, la présidente indigène Mapuche Elisa Loncon a donc cédé son siège, comme prévu par les textes. Issue de la société civile, la nouvelle présidente, docteure en santé publique, se définit comme « épidémiologiste environnementale » et fait partie de la coalition des « éco-constituants ». Elle sera appuyée par le nouveau vice-président Gaspar Dominguez, 32 ans, médecin de campagne et représentant des personnes lesbiennes, gays bi et/ou trans (LGBT). Tous deux sont jeunes, n’ont jamais été encartés et incarnent la nouvelle ère politique chilienne.

Leur mission est de coordonner la deuxième phase des travaux jusqu’au référendum que Gabriel Boric, le nouveau président de gauche élu le 19 décembre dernier, devra organiser au deuxième trimestre 2022.

Il aura fallu plus de vingt-quatre heures de séance et neuf votations dans le salon d’honneur du Congrès de Santiago pour que Maria Elisa Quinteros obtienne les 78 voix requises. Depuis la révolte sociale d’octobre 2019, qui a donné naissance au processus constitutionnel, les constituants ont eu de grandes difficultés à trouver des alliances. La biologiste spécialiste des déserts de sel, Cristina Dorador, candidate pressentie depuis des jours, en a fait les frais. Après avoir obtenu 72 voix sur 78, elle a retiré sa candidature à 4 h du matin en avouant émue que « c’est difficile d’être indépendante en politique » et que selon elle, « les mouvements sociaux devaient prendre cette place » de présidence. Son vœu s’est exaucé le lendemain, quand sa collègue s’est assise à la tribune présidentielle sous un tonnerre d’applaudissements et un soulagement général, à 16 h. « L’élection a été longue mais dans notre histoire, nous avons été privés de dialogue pluriel et démocratique, et c’est ce que nous apprenons dans cette Convention » a-t-elle dit à la sortie.

« Une nouvelle forme de démocratie »

À mi-parcours, la Convention constitutionnelle, autoproclamée socioécologique, est désormais dotée d’un règlement interne et de sept commissions thématiques. Elle est prête à délibérer les normes constitutionnelles et rédiger les articles de la nouvelle Constitution qui devrait mettre fin à celle adoptée sous Pinochet (1973-1990). « Si le Chili est le berceau du néolibéralisme, il sera aussi son tombeau », avait lancé Gabriel Boric.

Les partisans de Gabriel Boric ont fêté sa victoire dans les rues du Chili. © Marion Esnault / Reporterre

Dès ses premières heures de fonctionnement, en juillet 2021, la Convention constitutionnelle avait annoncé une présidence rotative. « Nous sommes partis de zéro et nous sommes émus d’avoir su, en six mois, mettre en place cette nouvelle institution », a confié le vice-président sortant, Jaime Bassa, avant de passer la parole, trémolo dans la voix, à l’ex-présidente Elisa Loncon. Celle-ci a remercié chacun pour ses efforts pour élaborer « une nouvelle forme de démocratie » et a réitéré ses critiques au gouvernement sortant [de Sebastian Piñera] qui « a été peu collaborateur ». Elle s’est ensuite adressée à Gabriel Boric — qui prendra ses fonctions le 11 mars prochain — en le remerciant par avance de son « engagement pour assurer la pleine autonomie » de la Convention et son appui « pour assurer de meilleures conditions de travail ».

Gabriel Boric devra composer avec un Parlement divisé, et donc marcher main dans la main avec la Convention constitutionnelle pour mener les changements structurels promis : une éducation et une santé publiques et gratuites, des pensions de retraite dignes ou encore des droits à la nature.

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