VIDÉO — À Notre-Dame-des-Landes, un anniversaire sous le signe de la reconstruction

Durée de lecture : 4 minutes

18 janvier 2021 / Héloïse Leussier, Kevin Accart et Alexis Martzolf (Reporterre)



Trois ans après l’abandon du projet d’aéroport à Notre-dame-des-Landes, les habitants de la Zad continuent de faire vivre un foisonnement d’initiatives. Pour l’anniversaire de la victoire, ils ont fêté dimanche 17 janvier le lancement de l’École des tritons, dédiés à la défense du vivant.

  • Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

Un anniversaire et une naissance. Dimanche 17 janvier, trois ans exactement après l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, ceux qui ont lutté contre ce projet et continuent de faire vivre le bocage ont marqué le coup, avec une levée de charpente collective et festive, sur le lieu dit des Planchettes. À cet endroit se trouvait l’une des premières maisons communes de la Zad, surnommée alors « la cabane très résistante », détruite par les forces de l’ordre lors de l’Opération César en 2012. Une nouvelle bâtisse est en construction. Elle doit abriter l’École des tritons, "Maison de l’écologie et de la résistance" dédiée à la défense du vivant.


  • Regarder le reportage vidéo :

« Une non-école pour inventer des façons d’apprendre ensemble »

« On s’est donné comme ligne de reconstruire les bâtiments historiques [de la lutte contre l’aéroport] et quoiqu’il arrive, on avance », résume Antonin, un habitant de la Zad. L’an dernier, l’anniversaire avait déjà été l’occasion d’une levée de charpente, à La Gaité, pour abriter des activités en lien avec la paysannerie. La série des reconstructions des lieux détruits en 2012 et 2018 se poursuit donc, en dépit de relations parfois « coincées » avec l’État, le département et les communes. Des baux agricoles ont été signés pour la plupart des terrains occupés, « mais on continue de se battre contre des plans locaux d’urbanisme (PLU) qui ne sont pas très adaptés, voire clairement en opposition à certaines de nos pratiques », explique Baptiste, un autre habitant. En résumé, les usages qui mêlent habitat et autres activités ne rentrent pas dans les cases. « Nous avons déposé vingt-huit permis de construire, pour le moment, seuls deux ont été acceptés », explique Antonin. À terme, les habitants de la Zad souhaiteraient acheter les terrains qu’ils occupent, via un fonds de dotation, mais pour l’heure les autorités ne souhaitent pas vendre.

Qu’importe, en attendant, ils continuent leurs multiples activités notamment autour de la forêt, de l’agriculture, de l’artisanat, de l’art et bien sûr de la préservation des vivants non humains. L’École des tritons devrait bientôt abriter des espaces de vie, une bibliothèque, une salle « très classe », ainsi qu’un jardin pédagogique, et tout ceci dès le mois de juin. « Ce sera aussi une non-école, pour inventer des façons d’apprendre ensemble. Un lieu ouvert, avec des nids d’abeilles, des nids d’hirondelles, un lieu de démarrage de balade... », énumère Jean-Marie, membre des Naturalistes en lutte. Ce collectif a commencé à répertorier les espèces végétales et animales présentes sur la Zad au moment de la lutte contre l’aéroport. Il continue d’organiser régulièrement des balades et activités sur place.

« Dans ce projet, rien n’est figé. Il y a plein de choses à inventer. En collectif, comme tout ce qui se fait ici », explique Solène qui habite sur la Zad depuis peu. La charpente de l’École des tritons a été construite avec du bois de la forêt de Rohanne, où les zadistes pratiquent une sylviculture très différente de celle de l’Office national des forêts. Le débardage a été fait avec des chevaux, lors d’un chantier-école de l’association Abrakadabois. Le bois a été coupé dans la scierie collective. Et c’est toujours en collectif que la construction de l’École des tritons se fait. Lors des chantiers, ouverts à tous, de nombreux débutants se mêlent à des charpentiers plus expérimentés. Pour l’achat des matériaux, un financement participatif auquel ont déjà participé plus de 180 personnes est en cours.

« On ne pourra pas être victorieux sans bouleverser nos rapports au vivant et sortir de l’hégémonie des rapports marchands »

Côté événement, dans les prochains mois, se préparent, à l’École des tritons, une soirée astronomique, une sortie ornithologique et une fête pour le solstice d’été. Le lieu doit aussi servir de base pour fédérer les autres luttes écologiques en cours, en France et dans le monde. « On ne pourra pas être victorieux dans les luttes sans bouleverser nos rapports au vivant, sans sortir de l’hégémonie des rapports marchands », affirme Benoît, un habitant de la Zad.

Les victoires, justement, il en était aussi question en cet anniversaire, avec les témoignages d’opposants au projet de Center Parc à Roybon, et au projet autoroutier A45 entre Lyon et Saint-Étienne, tous deux abandonnés en 2020. Ici, les zadistes espèrent qu’il y aura d’autres victoires similaires en 2021, en Loire-Atlantique contre le projet industriel au Carnet, contre l’entrepôt d’Amazon à Montbert, ou encore pour la préservation des terres agricoles à Gonesse, en Île-de-France.

Pendant que les politiques renâclent à enrayer le déclin dramatique de la biodiversité, il s’agit d’inventer un autre rapport au vivant, qui ne sépare pas l’humain des autres, un rapport « non-utilitariste ». Vaste sujet sur lequel on pourrait parler pendant des heures. Ce sera bientôt possible sur les bancs de l’École des tritons.





Lire aussi : Le festival Zadenvies relance les luttes pour l’écologie et contre la 5G

Source : © Héloïse Leussier pour Reporterre

Vidéo : © Kevin Accart et Alexis Martzolf pour Reporterre

DOSSIER    Notre-Dame-des-Landes

21 janvier 2021
Cinq propositions pour sortir la montagne du tout-ski
Tribune
20 janvier 2021
Culture du café : la technologie contre les paysans
Tribune
3 mars 2021
La première Zad suisse veut faire plier l’industrie du ciment
Reportage


Dans les mêmes dossiers       Notre-Dame-des-Landes