En partenariat avec les Editions du Seuil, Reporterre édite une collection de documents sur des questions écologiques d'actualités
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Les néo-paysans

Un livre écrit par Gaspard d’Allens et Lucile Leclair

L'aventure se trouve tout près de nous, sur la route de l'inconnu, le pouce tendu pour le départ. Nous ne savions pas, en commençant le voyage, où il allait nous mener, mais nous avions une idée précise de ce que nous voulions vivre.

Voyager en stop, pour extraire le pur jus de la vie : le temps devant soi, les pluies battantes parfois, les rencontres surtout. Quand une route prend le visage de ceux qui la traversent, quand elle se colore de leurs histoires, c'est un peu plus qu'un trajet. Alors oui, on n'arrive pas toujours quand on voudrait... mais quelle sensation de liberté !

S'inviter chez les paysans, dormir dans la grange au dessus de l’étable ou sur le canapé du salon. Cuisiner avec eux leurs produits, travailler dans leur ferme. Biner les pommes de terre et demander où on range les outils. Aller chercher les chèvres mais pas y arriver. Jouer avec les mômes, aller boire un coup chez le voisin. Ecouter leurs vies et raconter les nôtres aussi !

Suivre le battement de la nature. Quand les saisons ne sont pas un ornement mais la loi du monde, alors seulement elles livrent ce qu'elles ont de meilleur : une relation de l'homme avec les éléments, une complicité. La peau rugueuse d'un arbre qu'on taille, la racine coriace d'un légume qu'on récolte, le flanc chaud d'une bête qu’on trait. S'offrir le plus blond des blés, pester un oiseau qui mange les graines à peine semées, entrevoir la lune qui monte, respirer l'odeur brute du foin fraîchement coupé.

Apprendre à écrire. Feuilleter le carnet, trouver des traces de boue dans la marge, recopier des notes. Ecrire et pas pouvoir tout dire. Difficile parfois, d'accepter ne pas parler de toutes les personnes que l’on a vu. Un défi aussi, de manier la plume à deux ! Le chemin pour y arriver a été corsé, l'énergie nous l'avons trouvée chez les gens qui nous ont accueilli : ils nous ont donné sans le savoir une belle leçon de persévérance et beaucoup de passion.

Nous pensons qu’aujourd’hui le journalisme subit les mêmes dérives que le productivisme agricole. Ces secteurs sont traversés par la même lame de fond. Il faut produire, produire toujours plus d’information ou d’alimentation, sans goût. La terre, les bêtes sont réduits à de la matière, la parole des gens à des données. On amasse, on défile, on avale. Le quantitatif l’emporte, on tweete, on like, on exporte.

Nous avons voulu vivre autre chose, à contre courant, pratiquer le journalisme qui nous fait vibrer. Le privilège du temps long à une époque où tout se zappe. Le plaisir de se fondre dans la vie des autres et non de la capter derrière un écran. Le choix assumé de l’engagement contre la façade lisse de la neutralité́. Nous sommes certains que pour faire exister la parole des gens, il faut croire en eux, il faut de l’amour.

Nous sommes plusieurs à Sciences Po Paris à avoir pris ces chemins de traverse. Les études finies, on se posait pas mal de questions, quel savoir-faire avait on entre les mains ? Etions nous vraiment destinés à aller s’enfermer dans les bureaux de la haute administration française ou dans les cabinets de consulting ?
Depuis, des copains, des copines sont devenus charpentiers, menuisiers, maraîchers, d’autres sillonnent les Zad. Nous sommes une génération qui veut de l’émotion, de l’engagement ! Sentir, pétrir, « être praticien et philosophe » comme l’écrivait Jean Jaurès.

Notre voyage s’inscrit dans ce mouvement, il est le début d’une lente métamorphose !

Les auteurs

Gaspard d’Allens
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Lucile Leclair
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