Plus de 500 institutions du monde entier renoncent à leurs investissements carbonés

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2 décembre 2015

Plus de 500 institutions du monde entier représentant 3.400 milliards de dollars d’actifs ont renoncé à tout ou une partie de leurs investissements dans les énergies fossiles, révèle le mouvement 350.org, mercredi 2 décembre. Elles n’étaient que 181 en septembre 2014. Parmi les dernières à s’être engagées, on retrouve les villes de Lille, Bordeaux, Dijon, Rennes, Upsala, l’assureur Allianz et l’Église protestante de la région allemande de Hesse-Nassau.

Pour accompagner cette annonce, une dizaine de militants de 350.org ont organisé un happening ce mercredi à midi sur le site du Bourget, où se déroule actuellement la COP 21. Vêtus de pulls orange, ils ont brandi une banderole affichant « Divest – Keep it in the ground », débarrassons-nous en, gardons-le dans le sol ») avant de se regrouper autour d’un énorme ballon argenté symbolisant la bulle carbone.

Une demi-heure plus tard, au cours d’une conférence de presse, le président du Rockefeller Brothers Fund, Stephen Heinz, a apporté son soutien à l’initiative. En septembre 2014, suite à la marche du peuple pour le climat qui avait rassemblé plus de 300.000 personnes dans les rues de New York, l’homme d’affaires avait décidé de réduire ses investissements dans le charbon et les sables bitumineux au profit des énergies renouvelables. Un acte hautement symbolique, dans la mesure où ce fonds a bâti sa fortune sur le pétrole. « C’est à la fois un impératif moral et de la rationalité économiques », a-t-il expliqué, rappelant que « les actifs carbonés sont des actifs risqués ».

« Le mouvement de désinvestissement, d’abord limité aux universités et aux fondations philanthropiques, s’étend à des acteurs plus conventionnels », observe Pascal Canfin, ancien ministre du développement, directeur exécutif de WWF France et conseiller au World Resources Institute. Pour expliquer le phénomène, il se réfère au « risque juridique » évoqué fin septembre par le gouverneur de la banque d’Angleterre. D’après ce dernier, les assureurs pourraient subir des pertes liées à des poursuites judiciaires contre leurs dirigeants qui n’agiraient pas pour atténuer le changement climatique, n’informeraient pas sur leur impact environnemental ou ne respecteraient pas les réglementations.

Il reste cependant du chemin à parcourir avant d’éliminer tout soutien public ou privé aux énergies fossiles. Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rendu public le 21 septembre révèle que les États subventionnent la production et la consommation de ces énergies polluantes à hauteur de 500 milliards de dollars par an.

Dans un autre rapport publié ce mardi, les Amis de la Terre, BankTrack, Urgewald et Rainforest Action Network calculent que 257 milliards de dollars ont été alloués au charbon par les plus grosses banques internationales entre 2009 et 2014 – contre 105 milliards de dollars à destination des énergies renouvelables. Sept d’entre elles (Bank of America, BNP Paribas, Citigroup, Crédit agricole, Morgan Stanley, Société générale et Wells Fargo) se sont engagées à réduire leurs soutiens au secteur du charbon, mais aucune n’a signé le Paris Pledge et ne s’est engagée à mettre un terme à ces subventions d’ici à 2020.

À lire aussi sur Reporterre :
- « Pour sauver le climat, ils s’attaquent à la finance »
- « Quel peut être l’effet de la campagne de désinvestissement des énergies fossiles ? » (« une minute, une question » à Yannick Jadot, député européen écologiste)
- « Pourquoi la campagne de désinvestissement du fossile ? » (« une minute, une question » à Nicolas Haeringer, animateur France de 350.org)

Source : Émilie Massemin pour Reporterre




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