Compter avec les 3,63 % de l’Alliance Ecologiste

Durée de lecture : 4 minutes

12 juin 2009 / Michel Villeneuve



Comment assurer une présence des écologistes non seulement au Parlement de Strasbourg, mais aussi dans les instances nationales ?

Les écologistes, aussi bien ceux de la liste Cohn-Bendit que ceux de la liste de l’Alliance écologiste indépendante (dont la presse ne parle jamais), ont, à juste titre, le droit d’être satisfaits de l’élection européenne. Ce n’est en effet pas tous les jours que les écologistes bousculent des grandes formations comme le PS. Mais ils devraient être conscients de la vraie nature de ce vote s’ils ne veulent pas d’une victoire à la « Pyrrhus ».

Est-ce que cette poussée électorale veut dire que les français sont devenus écologistes en deux ans (Dominique Voynet n’ayant fait que 1.57% à la présidentielle de 2007) ou que c’est un vote de circonstance ? Pour cela, il faut tout d’abord bien regarder d’où viennent les voix et qui les a guidées vers le bercail écologiste. Il faut ensuite voir ce que cette « poussée de fièvre régulière » au moment des européennes (et qui retombe ensuite dans les élections nationales) dissimule.

En ce qui concerne les voix « de l’Alliance Ecologiste Indépendante » (pourcentage situé au dessus de 3.5%) elles viennent des écologistes indépendants traditionnels tandis que les voix de la liste « Europe Ecologie » viennent de l’électorat des Verts (3 à 6%) augmenté de celui des mécontents du PS et des sympathisants du « Modem » en désaccord avec la stratégie du chef.

Toutes ces voix errantes ont été guidées progressivement vers la liste de Daniel Cohn-Bendit par un mise en condition médiatique que l’on n’avait pas revue depuis les apparitions miraculeuses de Ségolène Royal lors de la présidentielle de 2007. Le but non avoué des sponsors de cette liste étant de faire chuter Bayrou sur l’obstacle vert au départ de la course pour la présidentielle de 2012.

Pour l’ « Alliance Ecologiste Indépendante » qui ne doit rien à personne (sauf à ses électeurs habituels) il y aura probablement une faible érosion dans les prochaines échéances tandis que pour le rassemblement de Daniel Cohn-Bendit il y a le risque que les voix les « empruntées » aux autres partis ne retournent à la maison. Cet électorat infidèle qui a abandonné le PS à plusieurs reprises (pour Brice Lalonde en 1992 et pour Bernard Tapie en 1994) retournera dans le giron du PS quand celui–ci affrontera des échéances nationales. En somme, ces électeurs volages envoient un « avertissement avec frais » à la direction du PS laquelle n’a pas retrouvé son équilibre depuis l’exil volontaire en île de Ré de L. Jospin.

Mais un deuxième danger plus grave encore menace les écologistes. Il ne faudrait pas, en effet, que l’électorat prenne l’habitude de considérer que le rôle de l’Union Européenne est de s’occuper principalement des questions d’environnement tandis que les questions économiques, sociales et sécuritaires seraient du ressort des élections nationales.

Bref, il serait dangereux pour la cause écologistes qu’il n’y ait des élus écologistes qu’au Parlement européen (dans l’espoir qu’ils ramèneront de Bruxelles des budgets suffisants pour éviter des taxes environnementales locales) et pas dans les municipalités (comme à Marseille où il n’y a pas un seul élu de la majorité au conseil municipal),dans les régions ou bine encore et à l’Assemblée Nationale. C’est un risque réel ; il n’y a qu’à regarder le nombre d’élus écologistes à l’Assemblée Nationale pour s’en convaincre.

Finalement le revers de la médaille décernée dimanche dernier aux écologistes par les électeurs serait leur exil à Strasbourg dans un temple dédié à l’environnement ce qui dédouanerait les citoyens de tout effort local en faveur de la Planète. Il ne faudrait pas que « l’écologisme » qui est un nouveau « système politique » soit rangé dans la catégorie « cause humanitaire » à laquelle on accorderait des voix aux élections européennes comme on donne son obole aux quêtes de la « Croix Rouge » et au Téléthon pour apaiser sa mauvaise conscience.

Si les écologistes de la liste « Europe Ecologie » prennent conscience qu’on peut leur retirer à tout moment l’échelle qui les a fait grimper dans les urnes, cette « poussée verte » aura servi à quelque chose. Si au contraire ils se reposent sur leurs nouveaux lauriers et refusent à nouveau toute alliance avec d’autres écologistes, on pourra dire qu’ils auront raté une fois encore une excellente occasion de fidéliser un électorat suffisamment important pour peser sur les choix nationaux et locaux.

Si les nouveaux députés verts se contentent d’envoyer des directives dont la non exécution par les gouvernements n’affecte que les contribuables, ils auront transformé la poussée écologiste du 7 juin 2009 en un show médiatique digne de la « star académie ».





L’auteur :
Michel Villeneuve est directeur de recherche au CNRS, à Marseille.

Le site de l’Alliance écologiste : http://www.alliance-ecologiste-inde...

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