Digulleville - La Hague (Manche)

19 octobre 2018 / par Emilie Massemin (Reporterre)

Usine de retraitement de La Hague ;
Centre de stockage de la Manche ;
Fosse « Attila » de La Hague ;
Installation Elan II B de La Hague

Usine de retraitement de La Hague

  • Date de mise en service : 1966
  • Exploitant : Orano

L’établissement de La Hague, exploité par Orano, est destiné au retraitement des combustibles irradiés dans les réacteurs de puissance (uranium naturel graphite gaz [UNGG] puis réacteur à eau sous pression [Rep]). Les premières installations ont été mises en service en 1966. L’usine est autorisée à retraiter annuellement près de 1.700 tonnes de combustibles nucléaires usés, français et étrangers. Les déchets conditionnés dans l’usine sont soit les déchets directement issus des combustibles usés qui y sont traités (produits de fission, structures des assemblages de combustibles), soit les déchets liés à l’exploitation des usines de traitement des combustibles et conditionnement des déchets UP2-800 et UP3, soit ceux issus des opérations de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement et de reprise et de conditionnement des déchets de la première usine de traitement des combustibles irradiés UP2-400.

Inventaire radioactif

Avant d’être retraités, les combustibles usés à base d’oxydes d’uranium refroidissent dix à quinze ans dans les piscines d’entreposage de La Hague. Fin 2013, 8.230 tonnes de ces combustibles y étaient entreposées.

Ensuite, ces combustibles subissent un traitement à l’issue duquel sont obtenus :
- de l’oxyde de plutonium (PuO2). Fin 2013, 41 tonnes de plutonium étaient entreposées à La Hague, dont 16 appartenaient à des clients étrangers ;
- de l’uranium de recyclage issu du traitement (URT), envoyé pour entreposage sur le site du Tricastin (Drôme, 27.000 tonnes entreposées fin 2013).
- des produits de fission et actinides mineurs qui sont des déchets ultimes, conditionnés en colis vitrifiés. 15.747 colis vitrifiés contenant des produits de fission étaient entreposés à La Hague fin 2016, et 1.352 mètres cubes de solutions de produits de fission et de concentrats d’effluents de rinçage restaient à conditionner.
- des matériaux métalliques radioactifs provenant de la structure des assemblages de combustible, qui sont des déchets ultimes, conditionnés en colis standards. 16.499 colis de déchets métalliques étaient entreposés à La Hague fin 2016.

Par ailleurs, l’usine de La Hague entrepose plusieurs types de combustible nucléaire usé qu’elle ne retraite pas :
- du Mox (mélange d’oxydes mixtes d’uranium et de plutonium) usé, fabriqué à partir de plutonium issu du traitement et d’uranium appauvri issu du processus d’enrichissement de l’uranium. En France, 24 réacteurs sur 58 sont autorisés à charger du Mox (22 l’utilisent effectivement). Fin 2013, 1.200 tonnes de Mox usé étaient entreposées en piscine à La Hague.
- de l’uranium de recyclage enrichi (URE) usé, fabriqué à base d’uranium de recyclage issu du traitement réenrichi, utilisé par le passé dans la centrale nucléaire de Cruas (Ardèche). Fin 2013, 310 tonnes d’URE usé étaient entreposées en piscine à La Hague.
- des rebuts de combustible Mox non irradiés qui n’ont pas pu être recyclés à l’usine Melox (Gard) de fabrication du Mox. Fin 2013, 234 tonnes de ces rebuts étaient entreposées à La Hague.
- du Mox pour réacteurs expérimentaux à neutrons rapides (Phénix, etc.). Fin 2013, 38 tonnes de ce combustible était entreposé pour partie à La Hague et pour partie à Marcoule (Gard)
- des combustibles usés issus de réacteurs de recherche (Rus à Strasbourg, Siloé, Siloette, Ulysse et Scarabée du CEA). Fin 2013, 3,8 tonnes de ces combustibles étaient entreposées à La Hague.

L’usine de La Hague entrepose également dans ses silos n° 115 et 130 1.100 tonnes de déchets de graphite provenant du traitement de combustibles de la filière uranium naturel graphite gaz, entre 1966 et 1990.

Enfin, le fonctionnement des différents atelier produit ses propres déchets :
- Traitement des eaux de piscine : 4.352 mètres cubes de résines, diatomées et zéolithes entreposées sous eau dans des décanteurs, 188 mètres cubes de résines broyées entreposées en silos, etc.
- Exploitation et maintenance des ateliers : 7.676 conteneurs béton cylindriques et 257 fûts métalliques de déchets technologiques cimentés ainsi que 419 conteneurs et 12.123 fûts à reconditionner, 234 conteneurs de résines cimentées, 27 fûts de cendres de minéralisation de solvants cimentées, 447 fûts de boues à reconditionner, 6.555 mètres cubes de terres, boues, ferrailles, plomb et gravats de très faible activité à conditionner, etc.
- Traitement des effluents : 11.798 fûts d’enrobés bitumineux, 3.867 tonnes de boues anciennes de moyenne activité à conditionner, etc.

  • Sources : Inventaire national des matières et déchets radioactifs de l’Andra, p. 381 ; Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs 2016-2018, pp. 58, 61, 68, 71-72, 74-78, 143, 145-146, 148-149, 158-160, 171-172, 229

Centre de stockage de la Manche

  • Date de mise en service : 1969 ; date de fin d’exploitation : 1994
  • Exploitant : Andra

Mis en service en 1969, le centre de de stockage de la Manche (CSM) dédiée au stockage de déchets de faible et moyenne activité à vie courte en surface fut le premier centre de stockage de déchets radioactifs exploité en France. Il a été de 1969 à 1994. Au total, 527.000 mètres cubes de colis de déchets y ont été stockés. Les travaux de couverture se sont déroulés de 1991 à 1997 et le centre est entré en phase de surveillance en janvier 2003.

En 1976, la nappe d’eau circulant sous le centre a été contaminée par du tritium. Les déchets à l’origine de cette contamination ont été retirés mais la contamination de la nappe est toujours significative, même si elle décroit régulièrement. L’évolution de cette contamination fait l’objet d’un suivi attentif.

La phase de surveillance, qui a débuté en 2003, est prévue conventionnellement pour une durée de 300 ans. En 1996, sur la base des conclusions de la Commission d’évaluation de la situation du centre de stockage de la Manche (dite « Commission Turpin »), il a été pris acte que « le site ne pourra pas être banalisé » après cette période de surveillance. L’Andra a donc retenu la nécessité de conserver, et à terme, de transmettre la mémoire du site.

Inventaire radioactif : 1,477 million de colis stockés (538.717 provenant de l’aval du cycle du combustible, 331.929 des centrales nucléaires de production d’électricité, 191.176 de l’amont du cycle du combustible, etc.) ; déchets entreposés en attente d’expédition (un fût de 200 litres de déchets technologiques de très faible activité et boues de très faible activité conditionnées en big-bags).

  • Sources : Inventaire national des matières et déchets radioactifs de l’Andra, p. 379 ; Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs 2016-2018, pp. 137-138 et 228.

Fosse « Attila » de La Hague

  • Dates des dépôts : 1969-1981
  • Exploitant : Orano

Dans la fosse Attila, implantée sur le site de l’établissement Orano de La Hague, ont été déposés de 1969 à 1981 des fûts de déchets provenant de la cellule Attila du Centre d’Etudes CEA de Fontenay-aux-Roses (cellule de retraitement d’assemblages combustibles irradiés) et de l’installation RM2 du Centre d’études CEA de Fontenay-aux-Roses (laboratoire d’examen d’assemblages combustibles irradiés). Des actions sont en cours afin de caractériser l’ensemble des déchets.

Inventaire radioactif (estimé en 2005) : 84 fûts de 200 litres de déchets solides de faible à moyenne activité et 84 fûts de déchets solides de moyenne activité contenant du strontium 90, du césium 137, du plutonium 239 et 240 et de l’américium 241 issus de la cellule Attila, 42 fûts de déchets solides de faible à moyenne activité et 42 fûts de déchets de moyenne activité contenant du strontium 90, du césium 137, du plutonium 239 et 240 et de l’américium 241.

  • Source : Inventaire national des matières et déchets radioactifs de l’Andra, p. 380

Installation Elan II B de La Hague

  • Date de mise en service : 1970 ; date de fermeture : 1973
  • Exploitant : Orano

Installation destinée à la fabrication de sources scellées de césium 137 et de strontium 90, mise en service par le CEA sur le site de La Hague en 1970 et arrêtée en 1973. Le démantèlement de l’installation a débuté en 1981 et a été interrompu en 1992 ; des études sont actuellement en cours pour le redémarrage du démantèlement.

Inventaire radioactif : 4 colonnes d’élution de moyenne activité contenant du césium 137 ; 15 capsules de titanate de strontium de haute activité contenant du strontium 90 et de l’yttrium 90.

  • Source : Inventaire national des matières et déchets radioactifs de l’Andra, p. 381



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