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En Egypte et en Tunisie, le défi des questions écologiques reste entier

Durée de lecture : 4 minutes

25 février 2011 / Hervé Kempf

Alors que la situation politique reste incertaine en Egypte et en Tunisie, les questions que vont devoir résoudre les prochains gouvernements émergent peu à peu. Parmi celles-ci figure le problème crucial de la situation écologique.


L’Egypte, entre forte densité démographique, intense tension hydrique et pollution importante, semble cumuler les pires handicaps de la région, recensés dans le rapport sur l’« Etat de l’environnement et du développement en Méditerranée », publié en 2009 par le Plan bleu, un observatoire international de l’environnement en Méditerranée.

La pollution du Nil, artère vitale, est intense. Selon le Plan bleu, les eaux usées de l’équivalent de 20 millions d’habitants y sont déversées sans traitement. La pollution atmosphérique est importante au-dessus de toutes les grandes villes, en raison d’une circulation automobile intense : « Chaque automne, témoigne Hoda Kamel, correspondante au Caire du magazine écologiste libanais Bada’el, un nuage noir de pollution atmosphérique se forme au-dessus du Caire et du delta du Nil. »

La gestion des déchets au Caire est chaotique, tandis que l’urbanisation se développe de manière incontrôlée alors que la superficie des terres arables est très limitée. Enfin, le changement climatique est une préoccupation majeure, tant en ce qui concerne la possibilité de sécheresses accrues que de l’élévation du niveau de la mer.

Tous ces problèmes sont bien étudiés par les universitaires et les experts. Mais le régime de M. Moubarak a échoué à les résoudre. « Le problème des déchets, dont la quantité augmente d’année en année, empire du fait d’une bureaucratie confuse, avec de nombreuses administrations impliquées, sans qu’aucune ait vraiment la responsabilité », dit Rami El-Sherbiny, professeur à l’université du Caire.

La confusion institutionnelle se retrouve dans le domaine de l’eau, qui relève d’une dizaine d’administrations. Mais l’impéritie de l’ex-gouvernement découlait surtout de la corruption : « Par exemple, dit Hoda Kamel, il y a cinq ans, un rapport parlementaire a identifié précisément 21 sources de grave pollution au bord du Nil. Mais rien n’a été fait. Les propriétaires d’usine préfèrent corrompre les autorités plutôt que d’installer des équipements antipollution. C’est contre la corruption qu’on a fait la révolution. Il faut que les têtes changent : pour l’instant, les ministres et les directeurs sont les mêmes. L’armée faisait partie du régime, elle est très impliquée dans la corruption. »

Revanche sur la dictature

En Tunisie, les problèmes semblent comparables, même si la gestion de l’eau, des déchets et des réserves naturelles était mieux suivie par une administration installée dès l’époque du président Habib Bourguiba (de 1957 à 1987).

Mais les efforts ne doivent pas se relâcher : « La question de l’eau est critique, dit Rafik Missaoui, un consultant énergie et environnement basé à Tunis. Nous sommes en situation de stress hydrique, avec 500 m3 d’eau par habitant et par an. Les nappes sont exploitées à 108 % de leur capacité. Par ailleurs, la Tunisie perd 1 % de ses terres cultivables chaque année, avec la désertification, l’érosion marine et l’urbanisation. Enfin, le changement climatique entraîne une élévation du niveau de la mer déjà observable. »

Dans les dernières années du régime Ben Ali, les responsables des administrations ont souvent été nommés pour leur diligence à satisfaire les souhaits de la famille du dictateur - par exemple, en fermant les yeux sur la construction d’immeubles de rapport dans des zones protégées.

Pendant la révolution, des interdictions antérieures ont été transgressées, comme dans les parcs nationaux de Bouhedma et de Chaambi, dont les clôtures ont été détruites pour y introduire des animaux domestiques, comme une revanche sur la dictature. « Ces parcs dataient d’avant Ben Ali, regrette un responsable qui requiert l’anonymat. Nous y avions réintroduit des animaux sauvages, des oryx, des addax, des gazelles, des autruches. »

Selon Rafik Missaoui, « on peut craindre que la question environnementale soit oubliée, et que la démocratie favorise un libre accès aux ressources naturelles, comme de creuser des puits partout. Durant cette phase de transition, l’Etat est très faible, et sur les questions d’environnement, la société civile est atrophiée. Mais on peut se remettre rapidement, parce qu’on a une administration valable. »

Les questions d’écologie sont donc très politiques. La Tunisie et l’Egypte montrent-elles la voie aux autres Etats de la côte sud de la Méditerranée ? La forte pression démographique est en tout cas une incitation à agir sur les leviers environnementaux : « D’ici à, 2030, on attend 75 millions d’habitants supplémentaires dans les pays riverains de la Méditerranée dont les deux tiers au sud et à l’est », note Henri-Luc Thibault, directeur du Plan bleu.



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Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 23 février 2011.

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