La télévision, c’est violent

Durée de lecture : 3 minutes

25 mai 2009 / Hervé Kempf



On ne pouvait pas attendre d’un des gouvernements les plus attentatoires aux libertés publiques depuis soixante-cinq ans une autre réponse à la « violence à l’école » : le ministre de l’éducation envisage des portiques de détection à l’entrée des écoles et la fouille des élèves. Le pas suivant est de proposer que des militaires en armes patrouillent dans les cours des collèges... Ah, c’est prévu ? Ce serait « une force mobile d’agents » ? Merveilleux.

Bon, restons calmes. Je déclare cette chronique libre et non violente.

Et plutôt que d’incriminer la violence des enfants, demandons-nous ce qu’elle nous dit.

Au Québec, en 2001, le Conseil supérieur de l’éducation annonçait que la proportion d’élèves du primaire montrant des « troubles du comportement » était passée de 0,78 % en 1984-1985 à 2,5 % en 1999-2000. Une des principales causes avancées était l’exposition répétée des jeunes à la télévision, exposition qui n’a cessé d’augmenter dans les dernières décennies.

Par ailleurs, il a été estimé qu’aux Etats-Unis un jeune de 18 ans avait déjà vu 200 000 actes de violence à la télévision. Et selon le chercheur Thomas Robinson (Arch Pediatr Adolesc Med, janvier 2001, p. 17), « plus de mille études » conduisent au consensus que « l’exposition à la violence dans les médias accroît les attitudes et comportements agressifs chez les enfants ».

Que se passe-t-il quand les enfants regardent moins la télévision ? Une expérience menée par M. Robinson a donné la réponse : l’abstention de télévision permet une baisse des manifestations agressives.

Au Québec, un pédagogue, Jacques Brodeur, s’emploie à généraliser cette expérience. Il a proposé à des dizaines d’écoles le « défi » : enfants, parents, professeurs tentent de vivre une ou plusieurs semaines sans télévision ni jeu vidéo. Le résultat ? Du bien-être, de la sociabilité, de la parole.

Tiens, Jacques Brodeur fait en ce moment une tournée de conférences en France. Et, à Strasbourg, deux écoles démarrent le 26 mai « Le défi des dix jours sans écran ».

Alors, ami ministre, oublie tes portiques et tes agents. Encourage ces expériences sans télévision. Pour la paix des écoles.

Au fait, on parle d’écologie, là ? Bien sûr que oui. Télévision, violence et surconsommation font système. Par le matraquage publicitaire, la télévision est le grand moteur de la frustration généralisée, de la rivalité ostentatoire et du gaspillage matériel. Elle isole les individus les uns des autres, les focalise sur le désir de consommer plutôt que sur le lien social.

Il n’est pas indifférent qu’elle se batte pour conserver le droit de transformer, par les réclames qu’elle diffuse, les enfants en bons consommateurs. Le Mouvement pour une alternative non violente a lancé une pétition pour qu’une loi interdise la publicité destinée aux enfants. Pas d’écologie sans liberté. Donc sans une lutte constante contre l’aliénation télévisuelle et publicitaire.





Source : Cet article est paru dans Le Monde du 24-25 mai 2009.

Pour aller plus loin :

- Sur Jacques Brodeur : « Pourquoi la télévision est-elle une prison ? » : http://www.reporterre.net/spip.php?...

- Campagne contre la publicité visant les enfants : http://www.reporterre.net//spip.php...

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