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Tribune —

Palabre ou révolte ?

« Si le nucléaire, Notre Dame des Landes ou le gaz de schiste sont des épines dans le pied des puissants, ce n’est pas le résultat de concertations, mais de luttes tenaces sur le terrain. »


Le gouvernement dit socialiste, ayant proclamé tout le bien qu’il pense de l’énergie nucléaire, des projets aéroportuaires et de l’exploration du gaz de schiste, convoque une conférence environnementale. Celle-ci se tiendra les 14 et 15 septembre. On se réunira dans les locaux du Conseil économique, social et environnemental, la plus impuissante des institutions de la République, ce que les augures interprètent défavorablement.

Comment conjurer les mânes du Grenelle, réunion mythique du temps où le prédécesseur honni de M. Hollande se targuait d’écologie ? En affirmant que les promesses qui en étaient issues se sont évaporées avec le temps. Aujourd’hui, on discutera normalement, sans mise en scène ni falbala, sans rien promettre, pendant cinq ans. Car la conférence ne sera que le départ de nombreuses réunions.

Quid ?, s’interrogent les organisations dites écologistes, fort marries de ne savoir sur quel pied danser. Cette concertation ne risque-t-elle pas de nous piéger dans des discussions sans fin, alors qu’on a évacué nombre de sujets sensibles ? Ne suit-elle pas la méthode de l’ectoplasme, pratiquée brillamment par M. Hollande quand il dirigeait le Parti socialiste, et consistant à discuter indéfiniment pour concilier tout le monde, sans prendre de position tranchée ? Mais, se demandent les mêmes, secrètement flattées de la considération dans laquelle on fait mine de les tenir, ne manquerions-nous pas à tous nos devoirs en délaissant ces réunions dont peut-être il pourrait sortir un bien ?

De surcroît, la présence au gouvernement de membres du parti dit écologiste neutralise, selon les uns, toute velléité de bousculer cette enième version du comité Théodule, soutiendra, selon les autres, les orientations qui finiraient par être adoptées.

On verra bien, pensent les ricaneurs, qui jamais ne se mouillent. Mais cette incertitude digne des grenouilles qui demandent un roi révèle une désagréable vérité. De mouvement écologique, il n’y a point, mais des forces désunies et éparpillées, quoique méritantes. Et venir à la table du politique ne sert de rien si l’on méconnait la seule règle que suit le politique : le rapport de forces. Le nucléaire, Notre Dame des Landes ou le gaz de schiste sont des épines dans le pied des puissants. Ce n’est pas le résultat de concertations, mais de luttes tenaces sur le terrain. Où, dès lors, investir une énergie humaine rare ? Dans la palabre, ou dans la révolte ?


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