Tournesol va au cinéma

Durée de lecture : 4 minutes

15 janvier 2010 / Laurent Ayrault

Le bisséma parle de plus en plus d’éthologie, et c’est une bonne dose. Vous voulez dire... ?


Professeur Tournesol, vous avez fréquenté assidûment les salles obscures en 2006. Y avez–vous décelé une prise de conscience environnementale ?

Une prise de confiance ? Au contraire, certains films commencent à défendre l’idée que l’homme ne peut plus prendre de haut la nature. C’est le cas de The Host, film de genre coréen où un crime écologique engendre un monstre marin effrayant (le film interroge aussi le passé dictatorial de la Corée du Sud et l’ingérence américaine). Vu la volonté des écologistes d’anticiper, il est naturel de retrouver leurs préoccupations dans des films d’anticipation. Par exemple, dans Les Fils de l’homme, de Alfonso Cuaron, on se place en 2027, et l’humanité est littéralement stérile depuis 2009, année de la dernière naissance humaine. Seule l’Angleterre résiste au chaos mondial provoqué par le désespoir, en protégeant ses frontières. Pourtant, l’espoir de l’humanité pourrait reposer sur les épaules d’une « immigrée irrégulière », enceinte. Ce récit pose de façon radicale la question des générations futures et du respect des réfugiés.

Même sans l’accentuer, la réalité est inquiétante. Dans Une vérité qui dérange, Al Gore porte notamment sur ceux qui entretiennent allègrement le doute un regard ironique…

Mais nul besoin d’être onirique, la réalité suffit ! Solidement argumenté, Une vérité qui dérange s’adresse à tout le monde, en premier lieu à ceux qui ne sont pas convaincus d’avance. Malgré (ou grâce à, c’est selon) les ambiguïtés du parcours d’Al Gore lui–même, ce documentaire, pour une première approche, n’est pas mal du tout.

Mis à part quelques fictions d’anticipation ou des documentaires, peu de films en chair et en os traitent ce genre de problématiques. Faut-il se tourner vers des films animés ?

Des cimes anémiées ? Non ! On peut s’adresser à tous les publics, y compris par des films d’animation. Je pense en particulier à deux films d’animation japonais sortis en 2006 sur les écrans français. Pompoko, réalisé par Isao Takahata en 1994, est une fable qui raconte la lutte pour leur survie des tanukis, créatures mythiques au Japon qui ont un don transformiste, dont le biotope (la forêt) est menacé par l’étalement urbain. Et Nausicaä de la vallée du vent, réalisé par Hayao Miyazaki en 1984, pointe la responsabilité des humains dans les guerres et les destructions des écosystèmes. Sans niaiserie : faune et flore se montrent tour à tour menaçantes et protectrices. Autre exemple : le film français d’animation (et d’anticipation) Renaissance, qui se passe à Paris en 2050. Des questions éthiques s’y posent, sous la menace d’une puissante firme privée qui monopolise de géants panneaux publicitaires dans la capitale. Le danger totalitaire vient en effet principalement de multinationales hyper – puissantes désormais.

Effectivement, mais il n’y a plus de risque antidémocratique du côté des politiques ?

Des lobbies piquent … le pouvoir aux citoyens, vous voulez dire ? Effectivement, mais certains films n’oublient pas l’histoire, et la vigilance que l’on doit sans cesse renouveler, face à un trop grand éloignement de la sphère politique dirigeante vis à vis de ses sujets (la Cour ridiculement fastueuse de Marie–Antoinette, de Sofia Coppola) ou de ses électeurs (Jardins en automne, de Otar Iosseliani), ou à une trop grande proximité de cette sphère avec les milieux d’affaires (Le Caïman, de Nanni Moretti).

Quelle conclusion tirer pour le cinéphile citoyen ?

Quelle confusion ? Désolé. Pour finir, n’oublions pas que les questions sociales et environnementales sont indissociables. Sur les deux plans, les politiques actuelles de développement sont insoutenables. A titre d’exemple, le productivisme engendre des comportements de harcèlement moral, y compris dans des PME (Sauf le respect que je vous dois, de Fabienne Godet). Et les politiques d’ajustement structurel prônées par les institutions financières internationales freinent le développement au Sud (comme l’expliquent Les délibérations de Bamako, d’Abderrhamane Sissako). L’accumulation de richesses (surtout par une minorité de plus en plus restreinte) ne fait pas le bonheur. A titre d’illustration, les personnages d’Alain Resnais, qui ont les moyens d’habiter le nouveau 13è à Paris, ont les Cœurs en hiver, alors que celui de Lady Chatterley s’épanouit en relation harmonieuse avec la nature …

Propos recueillis par Laurent Ayrault (et très vaguement inspirés du personnage de Hergé).




Source : Courriel à Reporterre

Lire aussi : Le film Avatar, plus anticapitaliste que Cohn-Bendit http://www.reporterre.net//spip.php...

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