A Bruxelles, des logements super économes en énergie... et à l’achat

Durée de lecture : 4 minutes

7 avril 2014 / Yves Heuillard (DD Magazine)

Non, l’économie d’énergie n’est pas forcément coûteuse. C’est ce que démontrent à Bruxelles des architectes innovateurs qui bâtissent des logements très peu consommateurs d’énergie et bon marché à la construction.


Dès le 1er janvier 2015, tous les nouveaux bâtiments de la région Bruxelles-Métropole seront au standard passif. Voici une opération emblématique qui montre que construire passif n’est pas plus cher.

Sebastian Moreno-Vacca est architecte, président de la Plate-forme Maison Passive belge, et enseignant à l’Université libre de Bruxelles. Il est l’un des chef de file d’un mouvement qui s’opére en Belgique depuis quelques années et qui consiste à faire valoir, qu’après tout, construire passif, n’est pas plus cher (autrement dit c’est moins cher en coût global).

Le projet que nous prenons en exemple ici, dont l’agence A2M de Sebastian Moreno-Vacca est le maître d’oeuvre, est représentatif de la politique de développement durable de la région bruxelloise qui compte déjà près de 800 000 m² de bâtiments passifs.

Il s’agit de la restructuration d’un des fleurons de l’architecture industrielle locale, la brasserie Belle-Vue à Molenbeek-Saint-Jean, et de sa transformation en hôtel associée à la construction attenante d’une tour de logements.

L’hôtel, ses 170 chambres, son centre d’événements et ses locaux administratifs ont été rénovés avec un objectif de trés basse consommation. Selon le moteur PHPP (le moteur de calcul du standard Passivhaus), l’énergie primaire nécessaire pour chauffer le bâtiment est de 29 kWh/m².an. Ajoutons que 520 m² de panneaux photovoltaïques en toiture (77 kW) couvrent 30% des besoins énergétiques du bâtiment.

La tour de 14 logements est passive. Toujours selon le moteur PHPP, sa consommation n’est que de 15 kWh/m².an pour le seul chauffage.
La construction ou la rénovation de l’ensemble, bien que passive ou presque passive, est réalisée en matériaux permettant de limiter les coûts du projet. La tour de logement est réalisée pour 1 100 € HT /m² ; l’hôtel est rénové pour un montant de 987 € HT /m².

Le luxe ultime d’un hôtel (presque) sans chauffage

Le groupe hôtelier Meininger est l’exploitatant de l’ancienne brasserie restaurée. Vous ne connaissez pas Meininger, normal, c’est un jeune groupe hôtelier de 15 hôtels créé il y a seulement dix ans par des jeunes entrepreneurs sur un concept jeune, chic et pas cher. Sebastian Moreno-Vacca a été associé au projet dès son origine par le développeur Nelson Canal.

L’intelligence a été d’investir dans les performances énergétiques du bâtiment, et pas dans une décoartion luxueuse. L’agence d’architecture d’intérieur Stephen Williams Associates a choisi de conserver le style industriel du bâtiment avec ses murs bruts, la grande cheminée d’usine en briques et même les oeuvres de grapheurs des rues du temps où l’immeuble était en déshérence. Résultat, c’est simple et beau, l’inverse d’un cinq étoiles mais avec tout le confort et de grands volumes communs conviviaux.
La tour de logement a permis l’équilibre financier de l’opération malgré des prix de vente raisonnable : 2500 euros brut le m² (tous les appartements ont été vendus en 2 mois).

Le secret de cette simplicité et de cette intelligence bruxelloise résulte de la confiance dans les talents et d’un usage pragmatique de l’économie de marché au service de l’intérêt général. Bruxelles-Métropole montre, s’il était nécessaire, que la résolution de la problématique environnementale est à la fois marrante et économiquement vertueuse.

Fiche technique

- Hôtel : Isolation intérieure des murs : 20 à 30 cm de ouate de cellulose, membrane hygrovariable Pro clima Intelo, brique extérieure traitée par un hydrofuge ouvert à la vapeur d’eau mais imperméable. Toiture : 25 cm de polystyrène expansé (EPS). Sol : 20 cm de polyuréthane projeté sur les dalles + 6 cm de béton léger. Chauffage : au gaz par radiateur à eau (pratiquement pas de besoin de chauffage). VMC double flux centralisée adiabatique (permet de refroidir en été par pulvérisation d’eau). Protections solaires automatisées. ECS au gaz. Éclairage < 8W/m².

- Immeuble de logements : Isolation extérieure : 30 cm de PIR (polyisocyanurate). Sol : 20 cm polyuréthane projeté sur les dalles + 6 cm de béton léger. VMC double flux individuelle. Chauffage par PAC sur air extrait (quelques jours par an). ECS au gaz. Enduit extérieur synthétique Sto, panneaux coulissants en tôle perforée.


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Source et photos : DD Magazine.

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