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En brefPêche

Pêcheurs violentés, animaux amputés : la réalité de l’industrie du calmar

Trois grandes pêcheries fournissent près de 60 % du calmar mondial.

L’industrie mondiale du calmar est minée par des pratiques destructrices pour l’océan et les humains. C’est ce que montre l’Environmental Justice Foundation (EJF) dans un long rapport publié le 4 juin, basé sur le témoignage de plusieurs centaines de pêcheurs indonésiens et philippins ayant œuvré à bord de 249 navires de pêche hauturière.

Le rapport se focalise sur trois des plus grandes pêcheries de calmar (l’Atlantique Sud-Ouest, le Pacifique Sud-Est et le nord-ouest de l’océan Indien), qui fournissent près de 60 % du calmar mondial. Elles sont dominées par des navires de pêche industriels battant pavillons chinois, taïwanais et coréen, et opérant dans un « vide règlementaire » quasi total. La Chine, premier exportateur mondial de calmars et de seiches, joue un rôle central dans la zone. Ses senneurs sont équipés de dispositifs lumineux pour piéger les calmars.

Violences physiques, morts en mer, confiscations de passeports, recours à la servitude pour dettes (une technique consistant à inciter quelqu’un à contracter une dette afin de pouvoir ensuite le forcer à travailler)… Le rapport met en lumière les conditions de travail déplorables dans lesquelles les pêcheurs de calmar opèrent. L’un d’eux, interrogé par l’EJF, a par exemple perdu plusieurs doigts après avoir travaillé dans le congélateur d’un navire sans protections ; d’autres racontent avoir été régulièrement frappés, et avoir assisté à des passages à tabac de collègues.

Sur le plan environnemental, les entorses sont aussi légion. D’après les témoignages recueillis par l’EJF, 60 % des navires chinois pêcheraient régulièrement des requins et découperaient leurs ailerons avant de les rejeter, vivants et amputés, à la mer. 53 % captureraient des espèces vulnérables, notamment des tortues, des phoques ou des dauphins, et 18 % pratiqueraient des pêches non autorisées. Un pêcheur philippin ayant travaillé sur un senneur chinois raconte avoir reçu de l’ordre de son capitaine d’utiliser une tortue comme appât : « Elle est restée là pendant près de trois mois, gravement blessée. La tortue attirait beaucoup de calmars et de poissons, et nous avons réalisé d’excellentes prises », témoigne-t-il.

D’après une récente enquête de l’ONG Oceana, l’Europe importe 79 % de son calmar. La Chine fait partie de ses principaux fournisseurs, après le Pérou, l’Inde, et les îles Falkland. Ce marché est en progression dans le monde, et en France. D’après les chiffres de l’EJF, son taux de croissance annuel pourrait augmenter de 4 % dans le pays d’ici à 2035.

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