Fontainebleau, symbole de la remontée des incendies vers le nord
Les fumées de l'incendie dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), le 13 juillet 2026. - © Jérôme Gilles / NurPhoto / AFP
Les fumées de l'incendie dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), le 13 juillet 2026. - © Jérôme Gilles / NurPhoto / AFP
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L’incendie qui ravage la forêt de Fontainebleau a atteint une ampleur jamais vue dans la région. Ce drame est le symbole d’une nouvelle donne : presque tous les territoires français doivent désormais se préparer à lutter contre le feu.
« C’est un déchirement pour tous ceux qui ont à cœur de préserver la forêt. » L’émotion traverse la voix de Mélody Deneve, référente du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) de la forêt de Fontainebleau, quand elle évoque le drame qui frappe le domaine forestier. Depuis dimanche 12 juillet, l’emblématique forêt de la Seine-et-Marne brûle. Plus de 800 de ses 24 000 hectares ont été réduits en cendres. Si la piste de l’acte criminel a été évoquée par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, toutes les conditions étaient réunies pour aboutir au plus grand feu de l’histoire moderne de la forêt.
L’incendie frappe principalement la forêt des Trois Pignons, dans l’ouest du massif forestier de Fontainebleau. « C’est majoritairement une forêt de pins, des résineux qui s’enflamment très rapidement, avec un sol sableux qui est drainant et ne retient pas beaucoup l’eau », décrit Mélody Deneve. En tombant, les aiguilles de pin deviennent un combustible naturel, qui acidifie un sol déjà asséché par trois canicules successives. « Tout est fait pour que l’on soit dans des situations catastrophiques », soupire-t-elle.
Selon le GNSA, la situation a été aggravée par la gestion locale de l’Office national des forêts : « L’ONF coupe massivement des arbres feuillus, comme les hêtres, des arbres qui renvoient plus d’humidité et brûlent moins vite que les pins, qui grandissent plus vite et prennent leur place. »
Un risque admis, mais nuancé par Guillaume Peghaire, adjoint au délégué national aux risques naturels à l’ONF : « Une forêt diversifiée sera toujours plus résistante au risque d’incendie, mais dès qu’on a les mauvaises conditions de température, de vent et de sécheresse, malheureusement, toutes les végétations brûlent. »
Remontée du risque vers le nord
L’incendie exceptionnel de Fontainebleau reste « un phénomène d’une ampleur absolument exceptionnelle, qu’on n’a jamais vu », décrit Mélody Deneve. Si la forêt avait déjà connu des feux de plus modeste ampleur, c’est la première fois que des Canadair y sont appelés pour lutter contre les flammes. Un cas symptomatique des « nouveaux territoires du feu », constate Pauline Vilain-Carlotti, directrice d’études risque d’incendie de forêt au sein du bureau d’études Warucene.
« Si, pendant des décennies, les incendies frappaient principalement le pourtour méditerranéen, on assiste depuis 2020 à une remontée du risque vers la partie septentrionale de la France », analyse la géographe. Désormais, les feux frappent également le Centre, le Nord-Ouest et l’Est du pays. Cette extension géographique est aussi temporelle, souligne Guillaume Peghaire : « Il y a quelques années, la saison des feux durait de fin juin à mi-septembre. Aujourd’hui, ils commencent en mai et se poursuivent jusqu’à fin octobre. »
La multiplication de ces « nouveaux territoires du feu » est une conséquence directe du changement climatique. « L’augmentation des températures, les vagues de chaleur successives et les conditions de sécheresse des sols favorisent la dessiccation des végétaux, qui fournissent donc un matériau combustible pour la propagation des incendies de végétation », détaille Pauline Vilain-Carlotti.
« Ils sont en train de vivre des situations qu’ils pensaient voir arriver à horizon 2030-2050 »
Tous les territoires ne sont pas prêts à faire face à ce nouveau danger. « Les populations, les politiques publiques et les services de secours ne s’attendaient pas à vivre des épisodes comme celui de Fontainebleau aussi précocement, observe Pauline Vilain-Carlotti. Ils sont en train de vivre des situations qu’ils pensaient voir arriver à horizon 2030-2050. Tous n’ont pas eu le temps d’acquérir la culture du feu et de la préparation contre les incendies. »
« Inaction climatique des gouvernements successifs »
À l’ONF, Guillaume Peghaire assure que les moyens ont été mis en œuvre pour faire face à ces nouveaux risques. « Il y a eu une prise de conscience en 2022 avec les incendies en Gironde. Nos moyens d’action et nos patrouilles ont été multipliés par deux et nos capacités de contrôle des obligations légales de débroussaillement par six, décrit-il. À l’époque, nos moyens d’action étaient concentrés sur 15 départements du pourtour méditerranéen. Aujourd’hui, on les met en œuvre dans 86 départements. »
Pour Pauline Vilain-Carlotti, faire face aux incendies doit également passer par « repenser l’aménagement du territoire de manière systémique et globale ». Notamment par « la limitation des interfaces habitat-forêt, c’est-à-dire par un encadrement strict dans les plans locaux d’urbanisme et dans les plans de prévention des risques », décrit la géographe.
« C’est également dû à l’inaction climatique des gouvernements successifs, qui ne prennent pas suffisamment de mesures pour lutter contre le dérèglement climatique et qui, au contraire, mettent des grands coups de pied dans le droit de l’environnement », soupire Mélody Deneve.