A Paris, des lycéens protestent contre les violences policières

Durée de lecture : 3 minutes

8 novembre 2014 / Matthieu Clavel (Reporterre)

Le mouvement de blocage lycéen initié jeudi s’est poursuivi vendredi, avec pour principal mot d’ordre la révolte contre l’expulsion d’un lycéen sans papiers et la mort de Rémi Fraisse.


- Paris, reportage

Le blocage des lycées parisiens a été moins suivi lors du deuxième jour de manifestation, avec une vingtaine d’établissements touchés vendredi 7 novembre dont trois totalement bloqués entre 7 h et 11h, selon le rectorat, contre cinq à six hier. À proximité de la place de la Nation, où les manifestants se sont donnés rendez-vous pour lancer le défilé, les lycées Boucher et Ravel ont connu des blocages importants alors que celui organisé à Arago n’a pas vraiment fonctionné.

Arrivés très tôt ce matin pour disposer des poubelles devant les différentes entrées de leurs établissements, la plupart des bloqueurs ont levé le siège vers 11h en rangeant eux-mêmes le matériel urbain ayant servi leur cause, avant de former un cortège de 250 à 300 personnes pour rejoindre République, et de se séparer dans le calme aux alentours de 13 h 30.

Le mouvement est parti spontanément d’un appel du MILI (Mouvement Inter Luttes Indépendant) lancé jeudi en réaction à la présentation d’un lycéen mauritanien mineur (17 ans), Yéro Sall, à l’ambassade du Sénégal mardi 4 novembre en vue de son expulsion. Le Sénégal, un pays qu’il ne connait pas, et où il n’a aucune attache familiale, mais dont il a acheté un faux passeport à un passeur pour venir en France, motif pour lequel il a été arrêté le 25 octobre.

Une expulsion injuste, selon Sepan, 17 ans, en 1re littéraire au lycée Turgot (3e arrondissement) : « Je suis 100% immigré, avec des parents iranien et vietnamien. Sans mes papiers français, j’aurais très bien pu être expulsé comme lui vers un pays que je ne connais pas ». Ses parents lui ont parlé du barrage de Sivens bien avant la mort de Rémi Fraisse, une injustice, encore, selon lui : « Quand ils reçoivent des cocktails molotov, les policiers avaient le droit de se défendre, mais je ne crois pas qu’ils aient le droit de tuer des militants pacifistes ».

La colère contre les forces de l’ordre, et les violences policières en particulier, était donc également présente au sein du cortège, douze jours après le décès de Rémi Fraisse sur la ZAD du Testet. Johnny [prénom changé], étudiant en histoire à Paris VII, et membre du MILI, l’explique : « Les violences policières sont là, dans nos quartiers, dans nos vies en général, au quotidien. Des tués et des mutilés il y en a des centaines, c’est pour ça que c’est important de faire le lien entre tout ça ». Pour Johnny, le combat doit continuer « jusqu’à ce que l’Etat et sa police arrêtent d’utiliser des armes qui tuent, et que les responsables de la mort de Rémi soient jugés ».

Yul, 16 ans, élève au lycée Dorian, met également en cause le comportement des policiers, plus que leurs armes en elle-mêmes : « On réclame l’arrêt des violences, des expulsions, on n’en peut plus. Et surtout on réclame l’abolition des armes létales, comme les flashballs, grenades. Ils appellent ça armes non-létales, mais si la police, comme elle le fait effectivement, vise les gens avec ces grenades, ces armes tuent. On ne peut pas permettre que la police assassine des gens ».

Des assemblées générales lycéennes doivent désormais décider de la poursuite ou non du mouvement, qui trouvera déjà une suite samedi, dans une manifestation ouverte à tous à 14 h sur la place de la Bastille. Artoise, 15 ans, en seconde au lycée Victore Hugo, ne compte pas non plus s’arrêter là : « Ce matin, il faisait froid et il pleuvait, mais beaucoup se sont levés très tôt pour que l’on parle de ces problèmes. La semaine prochaine, j’irai encore manifester, parce qu’il se passe trop de choses révoltantes ». De l’avis général, sur la place de la République, à l’heure du dispersement, l’objectif est de rester mobilisé.


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Source et photos : Matthieu Clavel pour Reporterre.

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