Faire un don
19333 € récoltés
OBJECTIF : 80 000 €
24 %
Pour une presse libre comme l'air ! Soutenir reporterre

Après Cahuzac... il faut s’investir en politique !

Durée de lecture : 6 minutes

10 avril 2013 / Didier Harpagès

"Dans une telle atmosphère, l’indignation a plus fière allure que la résignation ! Les questions sociales et environnementales, plus que jamais indissociables, imposent à chacun l’impérieuse nécessité de se comporter en citoyen afin de faire de la politique « à temps plein » dans la mesure de ses disponibilités."


Sale temps pour l’oligarchie française ! Tel un boxeur sonné, elle se voit contrainte de mettre un genou à terre sous les coups sévères, répétés mais légitimes, d’une justice encore indépendante qui s’est autorisée la mise en examen de Nicolas Sarkozy et Jérôme Cahuzac. A n’en pas douter, nombre de journalistes d’investigation, attachés à la liberté de la presse, apporteront dans les prochains jours d’autres révélations précieuses. En soulevant le tapis des apparences trompeuses, ils dénicheront quelques mensonges poussiéreux amassés depuis plusieurs années et dévoileront quelques vérités qui dérangeront les puissants.

La démocratie sortira-t-elle grandie à la suite de ces affaires et de l’indispensable condamnation des responsables politiques incriminés ? Espérons-le mais rien n’est moins sûr !

Dans nos sociétés « égoïstes de masse », égalisation des conditions et dépolitisation vont de pair. L’illusoire démocratie consumériste a pris le pas sur la nécessaire démocratie politique. Pourtant, le démocrate, héritier des Lumières et des multiples poussées révolutionnaires nationales et étrangères, devait, en toutes circonstances, demeurer debout et combatif. Sa douce négligence a fait de lui un paresseux, un lâche s’accommodant bien volontiers de tutelles politiques et économiques suite à la démission de son intelligence.

Conduite d’autant plus regrettable que, simultanément, le capitalisme libéral triomphant, appuyé solidement sur une concurrence sauvage, dénature, fragilise l’ordre politique en le subordonnant plus étroitement à l’ordre économique. La démocratie est sans aucun doute malade de notre immobilisme, de notre apathie.

Beaucoup pensent qu’il convient, bon gré mal gré, de s’en remettre à des experts, des personnages télégéniques et narcissiques, acteurs majeurs d’une vie politique authentiquement mise en scène, en sons et en images par d’habiles conseillers en communication et pour laquelle l’alternance des forces en présence, fragile et inefficace, est devenue le seul enjeu. La politique spectacle, le spectacle de la politique occultent LE politique.

La classe politique, plus précisément celle qui exerce ses fonctions dans les hautes sphères institutionnelles, est désespérante. Le ministre du budget agit en fraudeur. Un ex-Président de la République, celui-là même qui prétendait moraliser le capitalisme se retrouve mis en examen pour abus de faiblesse. Il aurait voulu profiter impunément de « l’argent de la vieille » sans redouter, le moins du monde, le regard et les propos accusateurs d’un juge pugnace.

Alors, la tentation serait grande de tourner le dos à cette « société du spectacle », à cette mascarade et, par voie de conséquence, de déchirer sa carte d’électeur. Souvenons-nous, toutefois, que le droit de vote est une conquête majeure des sociétés démocratiques. Il faut sans doute s’en convaincre pour ensuite ardemment la préserver !

Néanmoins, l’abstention peut-être vue également comme l’expression de ma liberté. Mais est-ce que la liberté c’est l’inaction ? Est-ce que je suis totalement libre quand je ne fais rien ? Evidemment, je peux décider librement, souverainement de ne rien faire, cependant je risque très probablement de me replier sur moi-même et de me détourner de la chose publique, l’abstention en sera sûrement la conséquence.

Il n’est désormais plus nécessaire d’être un politologue averti, un observateur scrupuleux de la vie politique française pour anticiper la montée vertigineuse du taux d’abstention lors des prochaines échéances électorales, notamment dans les espaces déshérités du champ social où bon nombre de personnes ont le sentiment amer de ne pas exister politiquement et d’être dans la file d’attente des préoccupations politiques.

De même, nul besoin d’être devin pour prévoir, malgré les éclaboussures de l’affaire Cahuzac, l’insupportable poussée des idées de l’extrême droite en général et de celles du Front National en particulier. Nauséeuse formation observant en coulisses, avec délectation, les mises en examen des ténors d’une double majorité politique institutionnelle dont elle attend le désaveu populaire afin de lui succéder au plus vite. Une gauche antilibérale, anti-productiviste, écologique, prometteuse saurait-elle empêcher l’accomplissement de ce funeste projet ?

Pourtant, dans une telle atmosphère, il nous faut redire combien l’indignation a plus fière allure que la résignation ! Les questions sociales et environnementales, plus que jamais indissociables, imposent à chacun l’impérieuse nécessité de se comporter en citoyen afin de faire de la politique « à temps plein » dans la mesure de ses disponibilités.

La sortie de la religion de la croissance, de l’économie, de l’économisme, le cheminement vers la sobriété et une société de décroissance, débarrassée des scories du scientisme, du progressisme et du productivisme, dépendent, expressément, de notre réappropriation de tous les enjeux politiques. Est-ce possible ? C’est en tout cas souhaitable car l’action politique n’appartient pas qu’aux élus.

La vie associative pourrait sans nul doute répondre à ce défi. La réactivité et la pugnacité de beaucoup d’associations (écologiques notamment) leur permet d’être bien souvent aux avant-postes de la dénonciation et de la revendication. Elles obligent alors les partis politiques à leur emboîter le pas.

De même, ainsi que le suggère Serge Latouche, « des aménagements de la représentation, comme le droit de révocation des élus, l’organisation d’états généraux, le référendum d’initiative populaire et le recours à la participation directe dans certains cas (les budgets participatifs de Porto Alegre, par exemple), le bon usage des conférences de citoyens » peuvent constituer assurément des initiatives heureuses. De plus, la garantie de la liberté et de l’indépendance des médias conférera à ceux-ci le pouvoir d’arrêter le pouvoir des oligarques scandaleusement juchés au dessus des lois.

Tout pouvoir appelle donc un contre-pouvoir que nous pouvons organiser en prenant nos responsabilités et en ne cédant pas à la facilité du « nombrilisme » passif et conformiste. Une fois le désir de démocratie revivifié, la délégation de pouvoir, au demeurant nécessaire et légitime, ne suffira plus et ne garantira plus l’exercice de notre souveraineté. Une participation active de toute la population doit favoriser la transformation de nos sociétés afin de les rendre autonomes et responsables, conviviales, et solidaires.

A la verticalité vieillissante, desséchante et probablement bientôt obsolète du pouvoir politique, les indignés, et en priorité les plus jeunes d’entre eux, oseront lui substituer son horizontalité libératrice, émancipatrice, novatrice. Une vie démocratique "par en bas" enfin restructurée, ranimée, restaurée ! Pourquoi ne pas espérer, chez les hommes, un sens social aussi intense que celui des abeilles ? Plus celles-ci sont nombreuses, plus elles sont heureuses !




Source : Didier Harpagès pour Reporterre

Photo : Parti pour la Décroissance

Ecouter par ailleurs : Après Cahuzac : oui, il faut une VIe République

6 décembre 2019
De la Maison du peuple à l’hôpital, une journée de mobilisation à Saint-Nazaire
Reportage
28 novembre 2019
Le climatoscepticisme reste présent dans la classe politique
Enquête
7 décembre 2019
VIDÉO - Thomas Piketty : « Il va y avoir des crises sociales extrêmement violentes »
Entretien




Du même auteur       Didier Harpagès