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Croissancistes atterrés

Durée de lecture : 3 minutes

13 octobre 2010 / Hervé Kempf


La bataille des retraites porte sur la répartition des richesses. Il s’agit de savoir quelle part de la population portera le poids de la crise économique. Le « Manifeste d’économistes atterrés » (1) a expliqué combien le discours néolibéral qui proclame la nécessité de « l’austérité » au nom de la dette est biaisé.

En effet, la fiscalité sur les hauts revenus et sur les entreprises a été systématiquement réduite depuis une trentaine d’années. Ainsi, expliquent les économistes atterrés, « avec l’argent économisé sur leurs impôts, les riches ont pu acquérir les titres de la dette publique émise pour financer les déficits publics provoqués par les réductions d’impôts »... Et il faudrait maintenant payer aux riches les intérêts de la dette !

Le coeur du rééquilibrage de la politique économique est donc la refonte de la fiscalité et, plus largement, la reprise de contrôle public du système financier. Mais cela ne répond pas complètement à la question, qui porte sur la projection dans l’avenir de l’équilibre des comptes ; un avenir qui doit être jaugé en fonction du paramètre toujours occulté de la fin écologiquement nécessaire de l’expansion matérielle.

Une autre source du refus populaire de la réforme des retraites provient de la contradiction que représente la volonté d’allonger la période de travail des plus âgés quand le chômage des jeunes est important. La retraite à 60 ans apparaît comme un moyen de partager le travail, alors que les perspectives de croissance pérenne sont incertaines, en raison de la crise écologique et de la saturation matérielle des sociétés occidentales. Mais l’analyse économique ne s’est pas encore adaptée au fait que la croissance est devenue un astre mort.

Le « Manifeste d’économistes atterrés » illustre parfaitement ce constat : il décrit avec sagacité l’illusion idéologique de l’efficience des marchés et l’emprise démesurée des intérêts financiers sur la politique économique. Mais il reste bloqué sur l’idée de l’impératif croissanciste. La faute du capitalisme actuel serait de « brider la croissance ».

Ce manifeste n’est cependant qu’une étape sur la voie de la redéfinition d’une politique adaptée à notre époque. Presque en même temps paraissent plusieurs ouvrages d’économistes tout aussi critiques du dogme néolibéral, mais raisonnant, eux, en fonction de la nouvelle donne écologique. Geneviève Azam (2), Jean Gadrey (3), Tim Jackson (4) et Serge Latouche (5) explorent ainsi les voies d’une société libérée de l’obsession productiviste et visant au plein-emploi dans le respect de l’écologie. Il est urgent que ces « post-croissancistes » discutent avec les « économistes atterrés ».

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Notes :

(1) Le Manifeste : http://www.reporterre.net/spip.php?...

(2) Geneviève Azam, Le temps du monde fini, éd. Les liens qui libèrent.

(3) Jean Gadrey, Adieu à la croissance, éd. Les Petits Matins. http://www.alternatives-economiques...

(4) Tim Jackson, Prospérité sans croissance, éd. de Boecke. http://superieur.deboeck.com/titres...

(5) Serge Latouche, Sortir de la société de consommation, éd. Les Liens qui libèrent. http://www.editionslesliensquiliber...




Source : Cet article a publié dans Le Monde du 13 octobre (non paru en raison de la grève).

Lire aussi : Retraites vertes http://www.reporterre.net/spip.php?...

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