Des enfants, par milliers, à Notre Dame des Landes

Durée de lecture : 3 minutes

4 janvier 2013 / Serge Quadruppani

« La forêt de Rohanne, c’est sûrement, pour des jeunes filles, un des lieux les plus sûrs existant à l’heure actuelle sur le territoire français, tant y sont peu tolérés, par principe, les comportements sexistes et machistes »


Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

Rimbaud, « Les poètes de 7 ans »

On était partagé entre la rage et l’hilarité en tombant par hasard à la télé sur le feuilleton de fin d’année, cette invraisemblable mobilisation des médias avec envoyé spécial en direct de Notre Dame des Landes, racontant aux téléspectateurs une histoire de fugue avec parents affolés.

Ces géniteurs peu avisés se comportaient comme si leurs filles avaient été enlevées par une secte, alors qu’elles avaient décidé, plutôt que d’aller traîner en boîte ou de se tripoter le portable, de mener à bien un excellent projet de formation politique et culturelle en se rendant sur la ZAD.

Et les commentaires les plus crasseux de traîner sur internet, invoquant un fantômatique détournement de mineures sans aucun fondement juridique ou daubant la présumée étourderie de ces jeunes filles alors que leur détermination raisonnée a été reconnue par le procureur lui-même…

Notons au passage que la forêt de Rohanne et alentours, c’est sûrement, pour des jeunes filles, un des lieux les plus sûrs existant à l’heure actuelle sur le territoire français, tant y sont peu tolérés, par principe, les comportements sexistes et machistes. La rage l’a emporté quand on a entendu, sans que personne n’y trouve apparemment à redire, que la jeune fille de 17 ans (à un an de la majorité, donc !) a eu droit, à la demande de la justice, à un transport à l’hôpital, à un entretien avec un psychiatre et à un interrogatoire par la police judiciaire.

Manquait plus que le test de virginité. Pour finir, les médias ont mis une sourdine quand Valls a avoué que "ce serait dangereux pour les gendarmes d’essayer d’aller chercher" la demoiselle de 16 ans qui n’a pas voulu se soumettre à l’ordre parental.

Pour calmer la colère et la garder pour des jours plus propices, on a commencé à rêver : et s’il en venait de plus en plus, des "fugueurs" et des "fugueuses", et de plus en plus jeunes ?

Et si Notre Dame des Landes était l’occasion de renouer avec une histoire qui va des croisades des enfants et des pastoureaux aux manifs lycéennes d’aujourd’hui en passant par celles des lycéens au XIXe siècle (plus de 200 mutineries en France dans ce siècle-là) et celle des écoliers anglais en 1911* ?

Imaginons : des centaines, bientôt des milliers d’enfants sortant des établissements scolaires, parcourant le pays, et convergeant vers le bocage nantais pour y construire une autre vie… Les vieux de 20 ans bientôt dépassés et ravis… Les zéros du gouvernement s’arrachant ce qui leur reste de cheveux…

…le beau slogan du Front de Libération de la Jeunesse de 1970 réapparaissant sur les banderoles entre les arbres :

Nous ne sommes pas contre les vieux mais contre ce qui les a fait vieillir.

A vous d’imaginer la suite…

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* Voir le superbe article de Danièle Rancière ici

"Libérer les enfants ? Mais ce serait plus beau que d’ouvrir les cabanons !"
Roger Gilbert-Lecomte




Source : Quadruppani Blog

Illustration : Northwestern university

Lire aussi : Voici pourquoi la jeunesse aux Etats-Unis ne se révolte pas

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