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EDF et Areva se disputent Atmea, les Chinois rigolent


On ne peut pas dire que la nouvelle réjouisse EDF, qui n’a jamais caché son manque d’intérêt pour ce réacteur. Il y a une raison. « Nous avons commis un péché majeur, raconte un dirigeant d’Areva. Lorsque nous avons lancé le projet Atmea, nous n’y avons pas associé EDF. Mais il faut se rappeler les rapports exécrables qu’entretenaient, à l’époque, les dirigeants des deux groupes, Anne Lauvergeon et Henri Proglio. Le dialogue était impossible. Affront suprême, nous avons proposé à Gérard Mestrallet, patron de GDF Suez et ennemi juré de Proglio, d’en construire un, ensemble, dans la vallée du Rhône... »

Le marché jordanien en ligne de mire

Qui, du russe Rosatom ou du français Areva, remportera l’appel d’offres jordanien ? Le verdict tombera dans les prochains mois. Et l’heureux vainqueur gagnera sans doute le droit d’exploiter les 20 000 tonnes d’uranium des sous-sols jordaniens. Mais il sera également, à un moment ou à un autre, confronté à cette question : est-il raisonnable de bâtir une centrale nucléaire dans une région aussi sensible ?

Certes, ce pays est un « îlot de stabilité », pour reprendre les mots d’un négociateur impliqué dans ce dossier. Mais qui peut garantir qu’une centrale, même de troisième génération, résisterait à une attaque de missile ?Autre interrogation, l’absence totale de « culture nucléaire » d’un gouvernement qui, alors qu’il est sur le point de choisir le fabricant, ne s’est toujours pas doté d’une autorité de sûreté. Dans le monde du nucléaire, le sujet laisse pantois.

Et ce d’autant plus que toutes les pistes énergétiques n’ont pas été explorées. D’abord, le gaz naturel liquéfié. Il suffirait de construire un terminal portuaire pour que les méthaniers du Qatar accostent à Aqaba. Ensuite, l’énergie solaire : le potentiel est immense dans cette zone désertique. Combinées, ces deux sources pourraient largement satisfaire la demande électrique locale, en hausse de 7 % par an.

Lorsqu’il a pris la tête d’Areva, Luc Oursel n’a pas signé l’accord avec GDF Suez. Mais cela n’a pas suffi à apaiser le courroux d’EDF, qui aimerait bien ranger l’Atmea au placard...

Ce n’est pas le cas de son partenaire chinois, qui voit plutôt d’un bon oeil ce ménage à trois. Car il a tout à y gagner. « Partenaire à part entière, CGNPC n’aura pas besoin de licence pour acquérir nos technologies », maugrée un dirigeant d’Areva, qui commence à se demander si l’industriel français sortira vraiment gagnant de cette histoire. « Nous voulons bien leur transférer nos savoir-faire, à condition que nous récupérions des contrats industriels lorsque le consortium vendra des réacteurs, confie-t-il. Mais combien de temps les Chinois joueront-ils le jeu ? Nous savons qu’ils sont en train de développer leur propre filière de sous-traitance. Bientôt, ils n’auront plus besoin de nous pour construire leurs réacteurs. »

Les Chinois tentés de développer leur version

La situation est donc loin d’être claire. L’accord entre EDF et Areva n’a, du reste, toujours pas été signé. A EDF, on fulmine. Car on pense que le temps ne joue pas en faveur des Français. « Si on continue à tergiverser, CGNPC va se lasser de nos petites querelles hexagonales et se passer de nous », s’inquiète un cadre dirigeant.

C’est déjà le cas, répond, en écho, notre dirigeant d’Areva. « EDF ne s’en vantera jamais, mais les Chinois sont en train de développer une autre version de l’ACE 1000, totalement »sinisée« . A votre avis, quelle version présentent-ils dans les salons internationaux : celle qu’ils construisent avec EDF ou celle qu’ils développent seuls ? La leur, bien évidemment ! Ils ont déjà fait le coup avec l’AP 1000, un réacteur qu’ils construisent avec Westinghouse et Toshiba. On a vu apparaître un »AP 1400« , qui en est directement inspiré et que les Chinois comptent vendre à l’export sans en partager les droits. » Comment dit-on « être le dindon de la farce » en chinois ?


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