Grève, retraites : scénario ficelé pour figurants impuissants

Durée de lecture : 6 minutes

10 septembre 2010 / SuperNo

« La colère populaire n’existe plus que quand on perd au foot »


Je suis tellement en colère que je vais avoir du mal à exprimer de manière polie et ordonnée tout ce qui se bouscule dans ma pauvre tête…

En remettant dans l’ordre les quelques images que je retiens des derniers jours, j’ai de plus en plus l’impression d’un mauvais scénario bien ficelé dans lequel nous ne serions que des figurants impuissants. C’était couru d’avance. Sarkozy ne cédera pas. C’était la dernière mission que le patronat lui avait confiée, il devait la mener jusqu’au bout. Coûte que coûte. Avant la quille.

Dimanche, mon voisin de barbecue me disait « Bah, de toute façon, tous les autres pays l’ont fait, il faut bien qu’on le fasse aussi ». Hier soir à la télé, Jean-François Roubaud, qui dirige la CGPME (le MEDEF des PME), employait à peu près les mêmes mots, et les arguments massue (démographie, espérance de vie, 2 chômeurs pour un actif…). Les mêmes aussi qu’a bien appris l’armée de perroquets d’élevage bien entraînés à déverser leur propagande par mégatonnes dans toute la presse. Propagande complaisamment reprise par les éditorialistes des journaux qui appartiennent aux multinationales.

Nos « opposants », que ce soient DSK, Aubry ou Hollande, ont déjà dans le passé fait savoir qu’ils étaient d’accord avec les modalités générales de cette réforme. Et même si Aubry est revenue aujourd’hui en arrière pour de viles raisons électorales (et a même poussé la tartuferie jusqu’à claquer la bise à Thibault en tête de manif), le sentiment que cette réforme était inéluctable s’est installé.

Les grèves ne sont plus ce qu’elles étaient. Trop compliquées, trop risquées, trop chères. Et puis il y a le service minimum qui fait que les trains et les métros roulent quand même un peu. De la belle ouvrage. Hier, plus de deux millions de personnes dans les rues, à l’appel des syndicats, qui sont les seuls à décider quand on va dans la rue et quand on n’y va pas. Par exemple, hier, il fallait y aller. Affoler les compteurs. Mais aujourd’hui, non, surtout pas, malheureux ! Retournez bosser ! Ces journées uniques, sans lendemain, reproduites plusieurs fois par an, tiennent de plus en plus de la cérémonie folklorique. Ça fait partie du scénario.

L’affaire Woerth faisait-elle partie du scénario ? Même s’il n’est plus aujourd’hui qu’un pantin désarticulé, confondu par ses mensonges (même si les plus gros ne seront probablement pas révélés et encore moins jugés), même si cette affaire a mis en pleine lumière ce qu’on subodorait, à savoir que cette clique de rupins étaient copains comme cochons et que l’essentiel de la politique était orientée vers la satisfaction des envies de ce microcosme de nuisibles, elle a aussi permis d’éluder tout débat sur les retraites.

Sarkozy se marre. À croire qu’il avait écrit le script et réglé la mise en scène avec Chérèque et Thibault. Thèse d’autant plus crédible qu’il avait fuité, le scénario, puisque les quelques radios qui n’étaient pas en grève hier matin (Europe 1 par exemple) l’ont révélé sans complexe : aujourd’hui, il y a manif, demain Sarkozy fait des concessions mineures (les carrières longues, les polypensionnés, blablabla), les syndicats ronchonnent mollement, cependant que les députés godillots de la chambre d’enregistrement se dépêchent de boucler l’affaire et hop ! C’est plié. Sarko, Parisot, Roubaud, toute la finance et le CAC 40 sablent le champagne au Fouquet’s, Chérèque et Thibault touchent leur enveloppe kraft, et la presse sera déjà passée à autre chose (prédiction au hasard : la castration physique des violeurs récidivistes, leur déchéance éventuelle de la nationalité française, la comparaison des résultats de Laurent Blanc avec ceux de Domenech…).

Ces grèves sont trop policées, pas assez spontanées. Elles ne reflètent pas la spontanéité d’une colère populaire, qui n’existe d’ailleurs plus que lorsqu’on perd au foot. Et pourtant… Force est de constater qu’on s’est fait enculer ! À sec, avec une poignée de gravier. Et qu’en plus, c’est nous qui payons le gravier, au prix fort ! En un mot comme en cent, le déficit des caisses de retraites est uniquement dû, comme son cousin de la sécu, d’ailleurs, à l’affaiblissement organisé de ses recettes, sacrifiées sur l’autel de l’idéologique « baisse des charges », et du transfert sournois mais monstrueux des richesses des salaires vers les dividendes. Toutes choses simples à comprendre quand c’est bien expliqué, comme le font Bernard Friot (http://www.la-bas.org/article.php3?... il suffit d’écouter le premier quart d’heure, très didactique, après ça part un peu en vrille) ou Gérard Filoche. Attention toutefois, une partie de leurs arguments reposent sur une “croissance” économique continue jusqu’en 2050, hypothèse parfaitement farfelue.

Europe 1 nous apprenait aussi ce matin que Sarkozy va désormais consacrer toute son énergie à se débarrasser de son image d‘« ami des riches ». Allez, c’est parti ! Imaginez : Sarkozy réunit au “Rendez-vous des amis” sa femme Carla (caissière à temps partiel à monoprix, qui l’a initié au camping), ses potes Bettencourt (Rmiste), Bolloré (et sa barcasse de pêcheur), Proglio (qui vient de se faire couper l’électricité parce qu’il n’a plus les moyens de payer ses factures en hausse constante) Pérol (ruiné pour s’être fait fourguer des actions Natixis par le con-seiller de la Caisse d’Epargne en qui il avait toute confiance), Courbit (ruiné par excès de jeux en ligne), Fillon (un sacré déconneur), Hortefeux (sérieux et tolérant), Alliot-Marie (sympa mais timide et manquant d’autorité), Besson (socialiste), Kouchner (modeste et fuyant les caméras), Woerth (honnête et irréprochable), Estrosi (intelligent), Lagarde (syndicaliste décroissante), Wauquiez (chômeur de longue durée), Bertrand (digne de confiance), Morano (discrète et distinguée), Bachelot (qui ne dit jamais de conneries), Lefèbvre (toujours mesuré dans ses propos)… etc.

…et j’imagine qu’au bout de ce nouveau scénario, Sarko, nouvel ami des prolos, est triomphalement réélu…




Source : http://www.superno.com/blog/2010/09...

Lire aussi : Retraites vertes http://www.reporterre.net/spip.php?...

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