La Suisse a décidé de limiter les résidences secondaires

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26 avril 2012 / Claude Comet

Pour éviter le mitage des montagnes par des maisons vides, une votation suisse a décidé en mars de limiter la proportion des résidences secondaires dans les communes


Il y a des moments de grande jubilation. Alors je ne résiste pas à partager avec vous le succès que vient de remporter l’écologiste suisse Franz Weber qui, par le biais de sa fondation, a porté à la votation des citoyens suisses une initiative baptisée « Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires ».

Eh bien imaginez vous que, contre toute attente, les Suisses ont voté « oui » ! Oui, à 50,6% des voix. Oui, à la limitation du nombre de résidences secondaires à 20% de l’ensemble des logements d’une commune… avec, comme corollaire, dans les communes où ce taux est déjà dépassé, l’arrêt des constructions de résidences secondaires.

La sanction d’une « stratégie à courte vue »

En Suisse, le résultat de la votation a fait l’effet d’une bombe. Il faut lire l’éditorial de Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de La Tribune de Genève, qui stigmatise la réaction des Valaisans, très opposés à cette votation et qui, selon lui, « paient pour leurs abus ». Je veux vous en faire partager un passage… C’est tellement proche de ce que nous vivons en France !

« Crans, Verbier, Nendaz, ces villes ou banlieues à la montagne, pleines à craquer en hiver, vides l’été, sont les stigmates d’une stratégie touristique révolue et vouée à l’échec. On pensait qu’il suffisait de bâtir des résidences à touristes et la prospérité suivrait. C’est cette philosophie à courte vue qu’a sanctionnée hier le peuple, traçant une frontière claire entre une Suisse touristique et une Suisse urbaine. »

En effet, comme le montre le graphique publié par La Tribune de Genève, ce sont les urbains qui, attachés aux paysages traditionnels de la Suisse, ont dit « oui » en majorité. En tête de liste, Bâle-Ville à 62,1% des voix, suivie de Schaffhouse, avec 57,3%, et de Bâle-Campagne, avec 56,7%.

En Suisse romande, le soutien le plus marqué a été enregistré à Genève, avec 56% de citoyens favorables, suivie de Neuchâtel, avec 55,3%. Quant au « non » il triomphe en Valais (73,8%) et dans les cantons d’Uri (61,4%), d’Obwald (58,6%) et de Nidwald (58,1%).

Des lits « froids », voire « congelés »

En fait, c’est tout le problème des lits « froids » qu’évoque cette votation. Comment stopper cette course folle qui s’est emparée de nos massifs et qui conduit tout doucement au bétonnage de la montagne et à l’éparpillement des appartements et autres résidences de tourisme ? Des résidences soi-disant construites pour assurer la pérennité du modèle touristique, mais qui l’entraînent dans une spirale spéculative dont on ne peut attendre que du mal.

On dit qu’un lit est froid quand il n’est pas (ou peu) loué aux touristes. C’est le principe même des résidences secondaires qui ne sont occupées que quelques semaines par an, au mieux ! Quand elles ne restent pas fermées tout au long des saisons (on les dit alors « congelées »)...

C’est le cas des appartements jamais rénovés, qui sortent peu à peu du marché et ne peuvent plus être loués.

Pour remédier au problème, les sites touristiques construisent d’autres appartements, d’autres lits, à leur tour loués pendant quelques années avant de sortir à nouveau du marché. Comme en Espagne, ou comme dans de nombreuses destinations touristiques. Avec des risques majeurs d’implosion immobilière, et des risques majeurs pour les sites touristiques qui, pourtant, protestent avec véhémence quand on voudrait, en France notamment, mettre des freins à cet emballement absurde.

Et là, je ne vous parle même pas des impacts environnementaux, ainsi que du coût du foncier qui flambe et qui exclut les jeunes actifs et les saisonniers qui doivent trouver à se loger toujours plus loin.

En Tarentaise, les rêves d’un riche Ukrainien

Dernière folie en date – qui, je l’espère, ne trouvera pas d’écho auprès des élus locaux : en Tarentaise (qui compte déjà plus de 373 000 lits selon la DDT de Savoie (janvier 2008), quand la Tunisie n’en totalise que 241 000), un Ukrainien très riche offre à la commune de Bozel de payer une liaison par téléphérique avec Courchevel, en échange de la vente de terrains dans un site naturel situé à 1 600 m d’altitude. Notre ami ukrainien rêve d’y construire un groupe de chalets et une altisurface… Le tout relié par une route à la piste qui dessert le très joli site du refuge du Mont-Jovet.

Heureusement, en France, des voix de plus en plus fortes s’élèvent contre ce bétonnage à répétition. J’étais, par exemple, à la première réunion des signataires de l’Appel pour nos montagnes… Je vous en reparle bientôt. Mais pour le moment, notre pays continue de foncer dans le mur des lits froids et des résidences inoccupées.

En attendant quel plaisir de lire, toujours sous la plume de Pierre Ruetschi :

« Aujourd’hui, les régions alpines n’ont plus le choix. Les voilà forcées et contraintes de réinventer un modèle de développement touristique. Une aubaine en vérité. Car si la transition, certes abrupte, prévue par l’initiative sera difficile dans un premier temps, elle ne tient pas de la catastrophe annoncée. »

Espérons que la frontière n’empêchera pas cette mini révolution des consciences de passer par chez nous.



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Source texte et photo : L’ingénue des alpages

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